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Entre John Fante et Bukowski, un ovni littéraire acide et culte.

> Nos sélections > On ne boit pas les rats-kangourous d'Estelle Nollet

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Entre John Fante et Bukowski, un ovni littéraire acide et culte.

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On ne boit pas les rats-kangourous

d'Estelle Nollet


Un no man’s land désespérant, des personnages farfelus, une écriture envoûtante : trois ingrédients qui font du premier roman d’Estelle Nollet, On ne boit pas les rats- kangourous, une savoureuse réussite.

Estelle Nollet
On ne boit pas les rats-kangourous
Albin Michel
août 2009
336 pages / 19,50 €
www.albin-michel.fr/

L’endroit n’a pas de nom. Ce pourrait être le désert de Mojave, une pampa sud-américaine ou l’Andalousie profonde : l’air y est si sec que même respirer fait mal. Les villageois échoués là - florilège de canailles hardies et de marginaux déchus - ont bien essayé de partir, mais les montagnes sont impénétrables et les chemins sont circulaires. Après vingt ans, ils ont fini par renoncer. Pour tromper ce temps qui rechigne à passer, ils éclusent chez Dan, l’unique bar du hameau et véritable lieu de vie.
Will, 25 ans, n’a connu que ça. À force d’oisiveté et de gueule de bois prolongée arrive le moment où la révolte est une question de survie. Aidé par son ami Doug, simplet lunaire qui creuse des trous sans relâche, et Blanca, jeune femme fanée par l’appétit sexuel des brutes locales, il sonde les contours de cette prison naturelle. Un à un, les secrets des habitants tombent, des explications s’ébauchent, de vieux rêves renaissent. Mais la curiosité se paie et  vient le jour où l’abnégation n’est plus un choix : on ne boit pas les rats-kangourous.

Dans ce roman musical et maîtrisé, Estelle Nollet déroule des phrases sans virgules et sans issues, qui sonnent aussi arides que les paysages qu’elles décrivent. Ses mots sont crus et sales mais ne tâchent jamais : son écriture est d’une justesse rare.
Elle rend également un bel hommage à la volonté, cette force intime qu’on enterre trop souvent. Car On ne boit pas les rats-kangourous ne raconte pas que le combat de Will, mais celui de n’importe quelle survivance. Allégorique, il effleure l’idée selon laquelle il n’y a pas de fatum ; que le destin s’interroge et qu’en conséquence, il est modelable. C’est un roman où les alcooliques s'en sortent, où les tyrans abdiquent, où les débiles sauvent des vies. Où les issues s’inventent.


Salomé Kiner

Edité le : 25-08-09
Dernière mise à jour le : 27-08-09

vos commentaires

3 commentaire(s)

excellent | polly

07.10.2009 - 14h56

Un roman à vous cisailler de partout, et cette critique renforce mon propre ressenti.

jusqu'à la troisième capucine | Naomi Corbeil

04.09.2009 - 22h35

Magique critique qui donne envie de se répéter ces mots dans moultes situations de notre petite existence si modulable.

moi pareillement | Carole

29.08.2009 - 14h48

Rien à dire d'autre, l'analyse me semble parfaite et correspond totalement à mon ressenti. Les personnages poursuivent le lecteur une fois le livre refermé tant la force d'évocation est prégnante puis, peu à peu, s'installe en l'esprit,comme une évidence, la grande leçon du roman utile à chacun d'entre nous. Une belle réussite.

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