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Gallimard, le Roi Lire

À l’occasion du centenaire des Éditions Gallimard, William Karel revient sur l’histoire de cette grande maison, la personnalité de son fondateur et les figures qui ont marqué la littérature française du XXe siècle : Proust, Céline, Sartre... Captivant.

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À l’occasion du centenaire des Éditions Gallimard, William Karel revient sur l’histoire de cette grande maison, la personnalité de son fondateur et les figures (...)

Gallimard, le Roi Lire

18/03/11

"Pourquoi le eBook va changer la donne" par Frédéric Filloux

Pourra-t-on échapper au livre numérique ? Pour Frédéric Filloux, journaliste et fondateur de l’incontournable lettre d’information Monday Note, les résistances disparaissent petit à petit. Décryptage.

Le livre électronique a de l'avenir. La confiance n'est plus uniquement le fait de technophiles fascinés par les centaines d'ouvrages qu'ils peuvent transporter dans leur eBook (mais qu'ils ne liront guère). Le livre électronique séduit désormais une grande partie de ceux qui dévoraient de la page papier. Aux États-Unis, où le marché est le plus avancé, le livre électronique atteint désormais 10 % du chiffre d'affaires d'une grande maison d'édition comme Random House (détail des parts de marchés 2009). Et pour le géant Amazon, juge et partie dans la mesure où il commercialise Kindle, le plus vendu des lecteurs, les ventes de eBooks surpassent aujourd'hui celles des livres de poche.

Les résistances à l'adoption du livre électronique (dans le public en tout cas), s'amenuisent. Il y a six mois, une étude réalisée par la firme de conseil Bain & co listait les obstacles au déploiement du livre numérique. Dans l'ordre, les sondés mentionnaient leur réticence à abandonner le livre papier, le prix des liseuses, l'inconfort de la lecture sur écran, le prix des eBooks, leur complexité et leur fragilité. Ces arguments fondent sous le double effet des changements générationnels et de la technologie. Pour Patrick Behar et Laurent Colombani, les deux auteurs de l'étude de Bain, l'attrait de « l'expérience papier » est déconnecté du facteur âge : tous les groupes apprécient le livre sous sa forme classique – ce qui en soit garantit une certaine coexistence entre les deux objets. Toutefois, personne ne se fait d'illusions sur la capacité de ceux qu'on appelle les digital natives, qui n'auront connu que l'ordinateur et plus encore le smartphone, à se contenter d'un écran pour lire – à leur façon, c'est-à-dire en picorant des formats de plus en plus courts.

L'autre facteur de mutation vers le eBook est l'amélioration des liseuses. L'inconfort de l'écran ne sera plus qu'un souvenir lorsque fusionneront les écrans rétro-éclairés comme celui de l'iPad avec l'encre électronique d'un Kindle où la notion de pixels (ces minuscules carrés luminescents qui forment l'image) a disparu. Quand au prix, il est en baisse constante. L'iPad reste cher en raison de sa construction assez luxueuse, mais surtout des marges confortables (de l'ordre de 40 %) qu'Apple entend préserver. Quant au Kindle d'Amazon, il est tombé à 139 dollars aux États-Unis, (100 euros), alors qu'il reste de loin plus confortable pour lire du texte ; à ce tarif-là, Amazon est même en-deçà de son prix coûtant (176 dollars), mais tel l'héritier du bon M. Gillette, il vise essentiellement à vendre des contenus avec son appareil, lequel représente environ 80 % du marché…

Ce type de modèle économique pourrait même être poussé bien plus loin. D'ici la fin de l'année 2011, le coût d'une tablette numérique fonctionnant sous le système Android développé par Google pourrait tomber si bas qu'il va devenir pertinent de la subventionner comme c'est le cas pour les téléphones mobiles. Une entreprise quelconque – par exemple un opérateur de téléphonie mobile, un groupement d'éditeurs de presse ou de livres – offre une tablette de ce type en échange d'un abonnement sur deux ans pour des journaux en ligne ou des livres. Les grands clubs de livres regardent cela de près...

Les modes de lectures risquent aussi de se trouver considérablement modifiés, mais de façon variable en fonction des types de produits éditoriaux. La lecture essentiellement utilitaire sera la première locomotive du eBook. À commencer par les livres scolaires auxquels il offre un prix, une compacité, une capacité de mise à jour permanente, qui seront précieuses pour des étudiants. Des caractéristiques auxquelles s'ajoute l'efficacité de la lecture d'un livre numérique où l'on peut reconstituer sa propre table des matières, son propre indexage en surlignant les passages intéressants, où l'on peut obtenir la définition, le contexte d'un mot à tout moment. Dès lors que le livre est utilisé comme une référence, le format électronique prend tout son sens.

Pour les documents (non-fiction), de nouveaux formats vont apparaître suivant un large spectre, allant des « petits » ouvrages de moins de cent pages et vendus deux ou trois euros, aux livres enrichis. Les premiers offrent des caractéristiques précieuses par les temps actuels : alors que l'espace pour les sujets longs se raréfie dans la presse, que le temps disponible se trouve dispersé par un excès de stimuli et que les blogueurs n'ont pas de modèle économique viable donc pas les moyens (ni le savoir-faire d'ailleurs) pour travailler de façon approfondie, le mini-livre électronique offre soudain des débouchés inédits.
Pour les livres enrichis d'éléments multimédia, la question n'est plus technique mais économique. Introduire de la photo, de l'infographie ou de la vidéo se paie au prix fort en termes de droits d'auteurs. Dès lors, l'équation prix/volume devient délicate: on sait que sur le numérique, les lecteurs s'attendent à des prix bas, d'où la nécessité de parier sur des ventes abondantes pour des produits d'édition difficiles à concevoir pour des formats encore hésitants.

Le livre numérique se trouve dans une situation assez paradoxale où c'est la demande qui risque de tirer l'offre. À ce titre, il est de plus en plus à craindre que les éditeurs – au sens large (presse, livres) – loupent le coche comme ils l'ont fait sur une grande partie de l'Internet d'information, où de médiocres pure-players comme le Huffington Post ont pu prendre des places importantes – un succès dû davantage à leur capacité à faire gonfler les audiences qu'à la profondeur de leur contenu. Dans un pays structurellement conservateur et rétif à la prise de risques comme la France, les maisons d'éditions évitent de trop regarder en direction du numérique en espérant que leur ignorance en contiendra l'expansion. Malheureusement pour eux, même si l'édition papier résiste encore, son déclin est inévitable.

Frédéric Filloux
Ancien directeur de la rédaction de Libération et fondateur de 20 Minutes en France, Frédéric Filloux édite une lettre d'information de langue anglaise, Monday Note, spécialisée sur les business models des médias, dans le contexte de leur évolution vers le numérique.

Edité le : 17-03-11
Dernière mise à jour le : 18-03-11