Taille du texte: + -
Accueil > Monde > ARTE Journal

ARTE Journal

Le journal de l'actualité européenne

> > Inde : Dow Chemical et les oubliés de Bhopal

ARTE Journal - 27/07/12

Dow Chemical et les oubliés de Bhopal

Si c'est aujourd'hui l'ouverture officielle des Jeux de Londres, des "Jeux olympiques spéciaux" débutent également en Inde, une manifestation sportive placée sous le signe de la protestation. La cible des critiques est un des sponsors officiels des JO 2012, c'est le groupe américain Dow Chemical, géant de la chimie. Vingt-huit ans après l'accident de Bhopal, les organisateurs de l'événement, les survivants et leurs descendants reprochent à la compagnie de vouloir blanchir ses crimes.

C'est la plus grande catastrophe chimique de l'histoire. Le 3 décembre 1984, près de 40 tonnes d'isocyanate de méthyle, un pesticide, s'échappe d'un réservoir à Bhopal, la capitale de l'état de Madhya Pradesh. 8.000 personnes périssent dans la catastrophe et 15.000 vont mourir de ses conséquences dans les années qui suivent. Environ 100.000 autres personnes vont développer des affections chroniques : cécité, lésions cérébrales, paralysie, oedème pulmonaire, cardiopathie, infécondité... Et ce drame fait aujourd'hui encore des victimes. Des enfants naissent avec des malformations, près de trente personnes sont emportées chaque mois par une affection contractée suite à l'accident.

Les victimes exigent des indemnisations
L'exploitant de l'installation de Bhopal était à l'époque la société américaine Union Carbide, qui a ensuite été rachetée par Dow Chemical aujourd'hui sous le feu des critiques. Après de longues tractations, la direction de l'entreprise a fini par accepter de payer une indemnisation de 470 millions de dollars en 1989, son chiffre d'affaires était alors de 9,5 milliards de dollars (source : Wikipedia). L'état indien, qui exigeait à l'origine 3 milliards de dollars, ne versait qu'au compte-gouttes les indemnités aux victimes. De plus, Dow Chemical a, jusqu'à aujourd'hui, toujours refusé de dépolluer le site industriel, fortement contaminé, exploité par Union Carbide. Il subsiste de nombreuses substances toxiques et cancérogènes dans l'air et les nappes phréatiques. D'où la colère de la population locale. Mais avec le paiement de ces indemnisations qui prévoyait l'abandon de toutes poursuites pénales, Dow Chemical estime désormais ne pas avoir à répondre à d'autres revendications.

Les responsables vivent aux Etats-Unis sans être inquiétés
La justice indienne a déjà envoyé plusieurs demandes d'extradition aux autorités américaines, pour pouvoir juger le responsable de la catastrophe. Toutes ces demandes ont été rejetées. Ce n'est qu'en juin 2010, soit plus de 25 ans après l'accident, que huit cadres dirigeants locaux ont été reconnus coupables de "mort par négligence" par un tribunal indien. Ils ont chacun été condamnés à deux ans de prison ferme et à une amende de 1.800 euros. Le tribunal a justifié son jugement par des manquements graves à la sécurité, l'absence d'un plan d'urgence et la négligence des responsables.

Thomas Simmon pour ARTE Journal
(Source : Le Monde)
Traduction Manuel Dantas


Edité le : 27-07-12
Dernière mise à jour le : 27-07-12