S’il était déjà difficile d'affirmer que le gouvernement Berlusconi saisissait les enjeux et les opportunités de l’Union européenne, les derniers mois sont marqués par une certaine disparition de l’Italie de la scène internationale en général.
Pourtant, l ‘agriculture représente un enjeu majeur pour l’Italie, en termes de population active dans le secteur aussi bien qu’en termes de volume de production : il serait très difficile d’imaginer un débat sur les perspectives financières dans lequel le pays ne défendrait pas le maintien d’une Politique agricole commune (PAC) forte. Pour l’instant, les seuls échos concernant cette politique communautaire proviennent du ministère de l’Agriculture, qui est concentré sur la réforme de la politique elle-même plutôt que sur la seule question budgétaire.
En effet, les deux questions sont très fortement imbriquées, et les spécialistes du secteur sont d’accord sur le fait qu’il faut d’abord redéfinir la PAC à l’horizon 2013, avant de discuter des moyens budgétaires à lui allouer. De son côté, pour l’instant, la Commission européenne a juste ouvert une consultation sur l'avenir de la Politique agricole commune. Sur le front du nouveau cadre financier, ni même sur la révision à mi- parcours, rien n’est encore sorti du Berlaymont.
Quelle PAC donc pour l’Italie après 2013? S’alignant sur la position française, le pays essaie de mettre l’accent sur l’importance du secteur agricole dans la stratégie de relance de l’économie Europe 2020, en soulignant le rôle des agriculteurs comme producteurs de biens publics. Il est évident que cette prise de position réaffirme le caractère prioritaire de la PAC dans le budget européen, surtout par rapport à son deuxième pilier concernant le développement rural. (Le premier portant sur le soutien des marchés et des prix agricoles). Par rapport à ce dernier, l’Italie s’était exprimé en 2007 en faveur d’un cofinancement au niveau national des fonds européens, hypothèse aujourd’hui rejetée par les voisins français.
Sur cette même ligne, les derniers débats au Parlement européen semblent s’accorder sur la nécessité de maintenir la nature communautaire de la politique agricole; les citoyens, de leur côté, ont montré dans des sondages Eurobaromètre l’importance qu'ils attachent à la PAC, ce qui, aux yeux de certains, légitime un poste budgétaire important. Une re-nationalisation de la PAC semble donc être en dehors des champs du possible, ce qui met le groupe des États membres emmenés par la France (y compris l’Italie) dans une position de force.
Sur la base des éléments à disposition aujourd’hui, il semble clair que l’Italie n’est pas encore prête à intervenir dans les discussions sur les priorités du futur budget européen. Si de nouveaux objectifs et des instruments différenciés s’imposent à la PAC, tout laisse quand même supposer que cette politique restera le chapitre de dépenses le plus important. Malgré des années de discussions et le bilan de santé de la PAC dressé en 2008 et les adaptations introduites depuis, un budget adapté à de nouveaux objectifs stratégiques (et pas des priorités décidées sur la base des moyens disponibles) représenterait une révolution copernicienne. Mais cette dernière ne semble pas à l’ordre du jour pour le cadre financier 2014.
Elisa Molino
POUR ALLER PLUS LOIN :
- Article de Paolo de Castro (groupe S&D), président de la Commission agriculture au Parlement européen, sur les défis de la politique agricole
- Policy briefing du Institute for European Environmental Policy (IEEP) sur les conséquences de la réforme du budget pour la Politique agricole commune. Intéressante la comparaison entre les positions des différents Etats Membres
- L'entretien du président Sarkozy donné à La France agricole le 30 avril 2010 est un exemple parmi d'autres qui montre pourquoi et comment les décideurs politiques mettent l’accent sur la fonction sociale de l’agriculture et de ses employés.






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