De Philippe Faucon
(2008, France, 1h13)
Avec Sabrina Ben Abdallah, Ariane Jacquot, Zohra Mouffok
Un DVD PyramideSynopsis : Clouée dans un fauteuil roulant, Esther, une femme âgée de confession juive, ne supporte plus de devoir être assistée, jusqu’à user par son comportement acariâtre chaque nouvelle venue chargée des soins à domicile. Désespéré, son fils tente un dernier recours : demander à Sélima, l’infirmière de jour, de proposer à Halima, la mère de cette dernière, une musulmane pratiquante, de s’occuper d’Esther. La relation, qui ne tient qu’à un fil, va pourtant perdurer, mais provoquer des remous bien au-delà de l’appartement où la malade est recluse.
Critique : Non content d’observer les frictions de deux communautés, y compris au sein d’elles-mêmes en raison de la désapprobation dont Halima est l’objet de la part de ses amis musulmans, elle qui travaille chez une dame juive, Philippe Faucon choisit également de se mettre en scène et de confronter sa présence chétive de comédien à celle, massive, d’Ariane Jacquot. Corps fellinien et verbe haut, celle-ci incarne Esther et construit un personnage héritier des tragicomédies italiennes. Le déséquilibre succède à un va-et-vient entre l’appartement d’Esther et celui de Sélima, qui participe d’une étrange respiration narrative, à tâtons, jusqu’à ce que la réunion s’opère et que le « penser à l’autre » se déclare dans toute son évidente complexité.
Les interférences ne tardent pas à survenir. Elles proviennent en particulier d’un poste de télévision, qui diffuse des actualités présentées de manière à tirer immanquablement la relation domestique vers le bas, au lieu d’inviter à réfléchir. Réalisateur soucieux d’aborder des enjeux d’importance dans un cadre généralement restreint et dont la carrière s’est construite grâce au petit écran, Philippe Faucon dépeint donc une situation qui ne manque pas de sel. Contrairement au JT de 20 heures, Faucon fait preuve comme à son habitude d’une tenue qui donne de l’élan à son récit au lieu de l’affadir.
Sans ascèse formaliste, il dit l’essentiel, quand l’humour ne sert pas uniquement à désamorcer le face-à-face des deux dames, car elles ne sont pas seulement regardées par le biais de leurs problèmes et de leurs objections, mais également par celui des issues qui pourraient être apportées à ces derniers. La précédente réalisation de Philippe Faucon, « La Trahison » (2005), était un véritable film de guerre. De ses nouvelles protagonistes, il dit sobrement : « elles sont prisonnières d’une représentation imaginaire de l’autre ». Plus qu’un film de guerre civile, ce nouvel opus au titre équivoque est un récit de claustration. Après les batailles, les prisons.
Julien WelterLes compléments :- Ariane et Zohra font du cinéma (30 min.)
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Ariane and Zohra in Washington (15 min.)
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Bandes-annonces
Dans la vieFrance, 2008, 73 min
Réalisateur : Philippe Faucon
Avec : Sabrina Ben Abdallah, Ariane Jacquot, Zohra Mouffok
Un DVD Pyramide