De Pedro Costa
(Portugal, 2001, 2h50)
Avec Vanda Duarte, Zita Duarte, Paulo Nunes…
Un DVD
Capricci Films accompagné d’un livre d’entretiens avec Pedro Costa
Synopsis : Lisbonne, au début du nouveau millénaire. Fontainhas, un Bario insalubre, est la proie des pelleteuses. Tout le monde se réjouirait bien de le voir disparaître pour laisser place à de beaux jardins et d’agréables commerces… si les ruines ne continuaient pas d’abriter une population que l’on ne veut pas voir et qui n’a nulle part où aller, tout juste dans la maison d’en face qui n’a pas encore été livrée à la démolition. Sur ce constat apocalyptique, la vie de tous les jours reprend ses droits. Un bonhomme balaie le pas de sa porte, même s’il sait pertinemment qu’elle sera réduite à un tas de gravas dans l’heure suivante. Vanda, une jeune femme, est ici « chez elle » et demeure cloîtrée dans sa chambre. Les autres seraient bien en peine de lui démontrer qu’il y a une solution plus efficace pour arranger la situation, si tant est qu’on pense encore à arranger les choses. Surtout dans cet endroit oublié de tous et de tout ce qui touche à la chimère de la réinsertion sociale pour ces maçons et ménagères venus du Cap Vert.
Critique : Revenu - démissionnaire même - d’un cinéma dont la lourdeur l’empêchait plus qu’autre chose, Pedro Costa est retourné début 2000, quasiment seul, en plein cœur du quartier délabré de Lisbonne qu’il avait filmé dans « Ossos » (1997). Le cinéaste portugais a gagné en liberté et en respiration ce qu’il a conservé en verdeur. Sa capacité à capter plus patiemment les choses n’a d’égal que sa fermeté à demeurer un réfractaire à l’idée du film réfugié derrière le cinéma, à l’abri d’un dispositif connu et accepté. En près de trois heures, on prend le temps de rentrer dans ce quartier où d’autres ne se risqueraient pas. Costa se donne et nous donne le temps qui permet d’appréhender cette réalité, déformée selon lui par la fiction ou le reportage en quête de situations édifiantes. Intimiste, l’homme à la caméra (ne l’appelez plus cinéaste) n’est jamais tenté d’ériger Vanda, pourtant seule dans une pièce faiblement éclairée, en une sorte d’icône de la misère contemporaine. Costa, promeneur libre mais conscient, pressent qu’il filme l’agonie d’une communauté. Ce qu’il réussit à capter n’avait pourtant jamais été aussi vivant et cinglant dans ses films précédents.
Après « Ossos », brillant mais étouffant car trop stylisé, l’auteur sent qu’il doit refaire ou rechercher quelque chose qu’il n’a pas encore trouvé. Les équipes, les fictions, tout le fatigue, ce travail qui ne se fait pas mais qu’on fait semblant de faire. Tout se retrouve alors mêlé à un quartier qui a ses exigences : une communauté qui accueille Costa. Lui pense s’être trompé avec « Ossos » : trop de monde, trop de bruit. Il veut faire moins, mais pas dans un sens minimaliste. Il veut avoir plus de temps, avec une petite caméra. Tourner un jour, s’arrêter trois. Il s’impose une discipline qui n’est pas celle d’un tournage, trouve une chambre là-bas pour tourner de nuit, obtient ce travail de concentration qui manque au cinéma traditionnel.
C’est le quartier plus que ses habitants qui l’intéresse. La demande émane aussi de Vanda, actrice dans « Ossos » et résistante au cinéma tel que Costa le concevait avant : être près du micro, dans la lumière de l’éclairagiste. Cette fois, il connaît ses habitudes et la place de la caméra devient naturelle. Dans la chambre de Vanda devient un film qui a une valeur pour plusieurs personnes, pas une valeur esthétique mais une valeur de témoignage. En prenant le temps nécessaire, Costa parvient à définir la violence du quartier sans agressivité. La violence dans son fonctionnement, mais aussi la violence extérieure, celle de l’autre société vis-à-vis de cet endroit : Dans ce Bario, les habitants ont très peur de l’extérieur et à Lisbonne, on en parle comme d’un quartier très dangereux. Costa, lui, a fait le chemin et franchi la passerelle.
Bonus : Véritable ouvrage de cinéma et non pas seulement faire-valoir du DVD, un livre contenu dans ce coffret s’articule autour d’une longue conservation avec le cinéaste. Elle révèle une sorte de profession de foi, qu’on pourrait rebaptiser « Lettre à un jeune cinéaste », Costa approchant aujourd’hui de la cinquantaine. Il revient sur ses premiers films, lorsqu’il se sentait perdu parce qu’armé de cinéma, avant de réaliser qu’il lui fallait trouver un territoire à lui. Le quartier de Fontainhas aura été ce territoire, une fiction captée sur 150 heures de rushes. Costa pensait fabriquait cette fiction au montage, mais ce qu’il a obtenu concordait : le récit était déjà là, parce qu’il n’avait pas trop triché. A Fontainhas, il connaissait tout, on l’appelait « le type qui filme », note-t-il. Dans ce très petit endroit, il entre partout, connaît toutes les joies et les tristesses. Cette liberté se voit dans les gestes et les visages des personnages du film et ce livre en témoigne.
Julien Welter
Dans la Chambre de Vanda
De Pedro Costa
(Portugal, 2001, 2h50)
Avec Vanda Duarte, Zita Duarte, Paulo Nunes…
Un DVD
Capricci Films accompagné d’un livre d’entretiens avec Pedro Costa