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Cycle "Elle ou lui ?"

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Cycle "Elle ou lui ?"

Cycle "Elle ou Lui?" - 11/12/08

L’esthétique « Camp »

L’esthétique « Camp » : du rire, des plumes et des larmes…

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Le mot anglais « camp » vient de l’expression française « se camper » c’est-à-dire prendre une pose, une attitude. Désignant au début les performances des imitateurs travestis ou des prostituées dans les campements militaires, il décrit ensuite certains choix esthétiques dans le vocabulaire ouvrier avant de devenir une expression commune. Dès 1909, le terme se fixe et désigne un comportement ostentatoire, affecté, théâtral, efféminé, qui exagère délibérément son côté sexuel.

Swich & Drag

Les deux éléments clés du Camp sont le « swish », c’est-à-dire l’usage étendu d’expressions superlatives (« fabulouuus !!! ») et le « drag » c’est-à-dire un excès de féminité à travers des costumes ultra-glamour, par exemple en référence à la star Carmen Miranda dans les années 40 à Hollywood qui portait un plateau de fruits exotiques sur la tête ! Depuis le début, cette attitude fonctionne non seulement sur l’ironie mais surtout sur une ironie tournée vers soi-même. Les artistes « camp » sont les premiers à se moquer d’eux-mêmes.

C’est aussi une esthétique qui se fonde sur le mauvais goût tout en dénonçant l’hypocrisie de la culture dominante. Tous en paradoxes, le Camp est à la fois une critique acerbe de la société et un grand éclat de rire, une bonne blague bien grasse traversée de fins mots d’esprits, une pose d’une flamboyance extrême en même temps d’une grande sensibilité.

Le rire comme arme

Au milieu des années 70, le terme était pourtant encore considéré comme une insulte. L’esthétique Camp intègre aujourd’hui le mouvement queer c’est-à-dire la communauté des gays, lesbiennes, bisexuels, transgenres etc. en bref : tout ceux qui ne se conforment pas à une société hétéro-normative. Le terme Queer a lui aussi été détourné de son sens premier, péjoratif (une personne un peu dérangée, étrange, anormale ou qui se comporte de façon inappropriée en société), pour devenir une revendication : là aussi, l’offense est devenue un étendard. Parmi les célébrités Camp, on trouve des drags queens et des artistes comme Dame Edna, Divine (Glen Milstead), RuPaul, Boy George, ou Liberace.

Susan Sontag propose en 1964 un brillant essai « Notes on Camp » où elle explique que l’élément clé du Camp consiste dans l’emphase de l’artifice, de la frivolité et de la prétention naïve de la classe moyenne jusqu’à atteindre des excès choquants. Elle écrit alors de façon provocatrice : « on ne peut pas être Camp exprès ».

Cabaret !!!
Cet attrait pour le scandale, l’outrance trouve bien entendu sa source dans l’histoire du cabaret où on trouve depuis longtemps des transformistes (« impersonators »). La comédie musicale « Cabaret » de Bob Fosse (1972) montre ce milieu dans le Berlin des années 30 tandis qu’en France, (où le cabaret Chez Michou à Montmartre est une véritable institution), la comédie « La Cage aux folles » d’Edouard Molinaro connaît un succès cosmique en 1978.

Du cabaret au cinéma, le pas est vite franchi. Les films « Camp », c’est-à-dire pas seulement gay mais « transgenre et travesti », ont très vite trouvé leur place en haut de l’affiche : un travestissement « scandaleux » est toujours un ressort comique efficace (cf « Mam’zelle Charlot »par Chaplin !). Le réalisateur Camp par excellence trouve pourtant une nouvelle force dans la subversion des années 70 : John Waters (Hairspray et Polyester) met en scène l’acteur/actrice Divine dans des situations toujours plus délirantes. Autre exemple de ce parfait mélange entre drame et comédie, le semi-autobiographique « Torch Song Trilogy » écrit et interprété au cinéma et au théâtre par le grand Harvey Fierstein tire des larmes tout en dégainant des répliques qui font mouche.

Cinéma Camp

Du côté des esthètes avec humour, on trouve d’abord le pionnier James Bidgood qui décrit en visions rose bonbon des fantasmes gay ultimes dans Pink Narcissus en 1971 ou encore l’expérimental Derek Jarman qui n’hésite pas à mélanger les époques avec une irrévérence punk très british (Edward II, Caravaggio, The Garden).

Aujourd’hui encore le style Camp, toujours aussi extravagant, tient le haut de l’affiche avec encore ce côté musical qui lui vient du cabaret auquel s’ajoute l’élément glam rock :
Velvet Goldmine de Todd Haynes en 1998, Hedwig and the Angry Inch (2000) et Shortbus (2006) de John Cameron Mitchell, Breakfast on Pluto de Neil Jordan 2005 en sont de merveilleux exemples. La même année, pour la première fois le box office connaît un succès de comédie transgenre : Transamerica de Duncan Tucker avec Felicity Huffman. Tous ces films prouvent chacun à leur manière que l’humour et l’esthétique Camp sont toujours aussi modernes. Du rire, des plumes et des larmes : après tout, quoi de plus cinématographique ?

Delphine Valloire

Edité le : 11-12-08
Dernière mise à jour le : 11-12-08