
Une remarquable comédie française, qui renouvelle le vaudeville au lieu de le snober
Synopsis : C’est l’été. Pour la première fois, Marc emmène sa femme Béatrix et leurs deux enfants, Laura et Charly, au bord de la Méditerranée, dans la maison où il passait ses vacances quand il était adolescent. Tandis que Laura flirte avec un motard, Charly accueille Martin, son meilleur ami qui est amoureux de lui. Sensible au non-dit qui règne entre les deux adolescents, Béatrix s’imagine que son fils est homosexuel, ce qui perturbe sérieusement Marc. Et quand débarque Mathieu, l’amant de Béatrix, tout se complique encore davantage…Critique : Portés sur une réinterprétation plus douce qu’amère des genres (le film musical avec « Jeanne et le garçon formidable », le road movie avec « Drôle de Félix »), Olivier Ducastel et Jacques Martineau ont décidé cette fois d’aborder frontalement la comédie. Le vaudeville, les portes qui claquent, les quiproquos détenteurs d’un indéniable effet comique… Plutôt que de leur tordre le coup et de s’imaginer plus malin que leur sujet, le tandem travaille les stéréotypes du genre de manière inspirée, notamment grâce à des objets banals comme le téléphone cellulaire ou des lieux usuels tels que la cabine de douche, dont la récurrence confère à une irrésistible absurdité.
Cette réussite est due à un sens infaillible du timing, élément essentiel du genre comique, et en particulier de la comédie américaine, au sujet de laquelle Olivier Ducastel et Jacques Martineau semblent, non seulement posséder une bonne connaissance, mais aussi une aisance remarquable à en digérer les rouages les plus essentiels. Il faut également souligner une direction d’acteurs souple, qui tire le meilleur le l’hyperféminité de Valeria Bruni-Tedeschi et du jeu sec de Gilbert Melki, trop souvent cantonné à une exploitation sommaire de la virilité, qu’il véhicule depuis le succès de « La Vérité si je mens » et dont il parvient de temps à autre à se défaire.
Une idée telle que le clin d’œil fait, dans la bande-son, au thème musical du « Casanova » de Fellini, composé par Nino Rota, lors des séquence où son personnage, le très directif Marc, semble pris en défaut au niveau de ses désirs et de ses pulsions sexuelles, est une trouvaille de cinéma qui ne court pas non plus les rues. D’autant qu’Olivier Ducastel et Jacques Martineau ne sont pas du genre à se complaire dans le second degré, mais abordent la comédie avec une sincérité aussi notable qu’inhabituelle dans le cinéma français, comme dans l’une des dernières séquences, où Marc retrouve Béatrix, à l’heure des grands aveux. Filmés face caméra plutôt que sur un profil plus avantageux, les comédiens acquièrent une vérité qui ne se prive pas pour autant de la facétie.
Julien Welter
Es fehlt eine wesentliche Dimension, ohne die eine gute Komödie aber nicht auskommt
Synopsis : C'est l'été. Une famille française passe les vacances non loin de Marseille, dans une vieille villa au bord de la mer. Les enfants, un garçon et une fille, sont deux adolescents qui découvrent la sexualité, ce qui va bientôt donner lieu à des embrouilles et quiproquos divers.Critique : S'il est vrai que les comédies estivales françaises se déroulent toujours en bord de mer et que l'érotisme y est à l'honneur, alors ce nouveau film du couple de cinéastes Ducastel et Martineau (« Drôle de Félix », 2000) manie le cliché avec une parfaite aisance un brin teintée d'autodérision. Avalés tout crus, les crustacés (et une espèce en particulier) paraissent avoir un effet aphrodisiaque assez prodigieux sur Marc le père (Gilbert Melki) et Béatrix la mère (Valeria Bruni Tedeschi, qui sauve le film in extremis de la banalité). Car bien que formant déjà un « vieux » couple, ces deux-là continuent de s'en donner à cœur joie côté sexe, même si Béatrix vit la chose sur le ton de la rigolade plutôt que du gémissement lubrique. De son côté, le fils Charly prend un malin plaisir à faire croire à ses parents qu'il est homosexuel comme son ami Martin, et met son père en rogne à force d'user toute l'eau chaude avec cette manie qu'il a de se masturber sous la douche. Le sexe intéresse aussi beaucoup la petite sœur, qui attend avec impatience de partir au Portugal avec son amoureux. Jusqu'ici, rien à redire.
Mais ce joli tohu-bohu, assez drôle au début, devient un peu lourd et échappe à tout contrôle avec la multiplication des chassés-croisés et la scène des grands aveux : soudain débarque l'amant de la mère, qui jusqu'ici se contentait de rendez-vous furtifs, et l'ex-amant du père vient le relancer pour un petit intermède érotique entre hommes. Alors, il faut bien se rendre à l'évidence : ils savaient fort peu de choses les uns des autres… Et comme il ne faut pas que la comédie tourne au vinaigre, une petite explication fait l'affaire, et très vite, la compréhension reprend le dessus. L'été suivant (pas très originale, la chute !), tout notre petit monde est de nouveau réuni dans la maison de vacances, sauf que les partenaires ont changé de mains, avec en prime un nouveau chauffe-eau pour assurer à tous de bonnes douches chaudes.
« Crustacés et Coquillages » rappelle certains films des années 70, comme « Pourquoi pas ? » de Coline Serreau, qui avait au moins le mérite de délivrer un message neuf : que tu sois homo, bisexuel ou trisexuel, que tu vives en couple ou dans un ménage à trois, suis tes envies et ne te laisse pas enfermer dans un carcan de principes petits-bourgeois, alors tu trouveras le bonheur et la libération sexuelle. C'est bien beau, mais déjà à l'époque, cela n'a pas marché, et il y a peu de chances pour que çà fonctionne mieux aujourd'hui, pour la simple raison qu'il y a toujours un dindon de la farce dans cette affaire. Mais ce film avec sa gaieté superficielle se garde bien de nous le rappeler, se privant ainsi d'une dimension essentielle sans laquelle il n'y a pas de bonne comédie.
Thomas Neuhauser






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