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Hors des âges et pourtant élégamment contemporain, le lycée redevient sous l’œil de Christophe Honoré le lieu de la parade mélancolique. Interview exclusive

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Actualité DVD - 04/12/08

Crash – édition spéciale

( note Arte: 3 ) « Crash » décrit de manière sereine un monde chaotique : Etre moderne, ce n’est pas avoir peur de ce qui nous entoure, c’est au contraire savoir l’embrasser.

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De David Cronenberg
(1996, Canada – USA, 1h41)
Avec James Spader, Holly Hunter, Elias Koteas, Deborah Hunger…

Un DVD Bac Films accompagné d’un numéro de la revue « L’avant-scène cinéma ».

Synopsis : James Ballard, producteur de films publicitaires, et sa femme Catherine ont une vie sexuelle élaborée mais vaine. Suite à une grave collision en voiture, Ballard se lance dans l’exploration des rapports qui lient le danger, le sexe et la mort. La fréquentation d’un charismatique photographe médical, lui aussi victime de la route, n’y est pas étrangère.

Critique : Vieux de douze ans, « Crash » est l’un des rares films de David Cronenberg, avec « Frissons » (1974) et ses citoyens à rouflaquettes soudain pris de frénésie sexuelle, ou « eXistenZ » (1999) et ses joueurs en réseau, à être précisément inscrit dans son époque : teintes bleutées et métalliques, musique ambiante un peu prétentieuse, jeu sur les surfaces. Il préfigurait aussi le retour du film de voitures, bien avant « Fast & Furious » (2001) et les adaptations des jeux pour consoles, attaché qu’il est à tout ce qui touche à la mécanique et aux communautés dans lesquels s’imbriquent le réel et le virtuel. Un film de bagnoles érotique et chic, c’est une façon de boucler la boucle pour un cinéaste lui-même défini comme « un auteur exigeant et complexe qui manipule le cinéma commercial et presque racoleur » et qui a longtemps peaufiné son style dans le domaine du cinéma bis, avant d’être salué par la critique.

Léché, « Crash » n’en est pas moins une production à petit budget, lancée à une époque où Cronenberg, embarrassé par l’insuccès du « Festin nu » (1992) et « M Butterfly » (1994), jouait son va-tout. Son absence de psychologie participe moins d’un refus de théoriser que d’une volonté de dépeindre les personnages tels des grands enfants au cœur d’un jeu dangereux et excitant. Ici, la reconstruction du physique par le mécanique (les accidents de voiture transforment les corps devenus presque mutants) procède d’une science-fiction primaire et utopique, loin de la thèse alarmiste et paniquée. Le rythme est d’ailleurs lent, propre à la contemplation, confirmant en cela l’idée d’une fiction qui participe de son temps, celui d’un cataclysme qui ne prend pas de court, auquel les protagonistes réfléchissent, un groupe à l’écart comme les affectionnent Cronenberg. Ils s’accoutument pour ainsi dire à une catastrophe qui n’en reste pas moins irréversible. Bien que le roman de J.G. Ballard soit paru au début des années 1970, il est donc tentant d’apposer à cette adaptation conduite par le studieux réalisateur canadien le terme générique de « fin de siècle ». Tentant et certainement plus aisé que lors de sa sortie chahutée en 1996.
Les Bonus : Un numéro de la Revue « L’Avant-scène Cinéma » est tout entier consacré à disserter à propos de « Crash », ce qui n’est pas un mince exploit, tant son metteur en scène lui-même résume si bien son film en page 26. Qu’à cela ne tienne, toujours en pleine maîtrise de son œuvre, Cronenberg est soucieux de rester ouvert à la pluralité des interprétations, d’où l’éventail bienvenu des réactions qui sont recueillies, d’une revue de presse à une réflexion sur la place du spectateur de « Crash », celui passif et tenté par le spectacle de la violence, mais toujours interrogatif à l’idée d’impliquer son propre corps, à la différence des protagonistes. Selon Ballard, « Crash » appartient à sa trilogie dite du « béton » et Cronenberg poursuit : « Nous n’avons jamais été des créatures naturelles dans un environnement naturel, nous créons notre propre réalité ». Le désir est toujours déviant chez le cinéaste, et la sexualité transgenre et transidentitaire, qui est une libération autant qu’un drame, a donné lieu à une pléthore de théories depuis 1996. Cela dit, l’étrangement serein « Crash », après avoir immanquablement été taxé de daté ou de dépassé, retrouve tranquillement sa place dans le concert des œuvres visionnaires avec cette nouvelle édition DVD. Etre moderne, ce n’est pas avoir peur du monde qui nous entoure, c’est au contraire savoir l’embrasser.

Julien Welter
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Crash – édition spéciale
De David Cronenberg
(1996, Canada – USA, 1h41)
Avec James Spader, Holly Hunter, Elias Koteas, Deborah Hunger…
Un DVD Bac Films

Edité le : 04-12-08
Dernière mise à jour le : 04-12-08