(1996, Canada – USA, 1h41)
Avec James Spader, Holly Hunter, Elias Koteas, Deborah Hunger…
Un DVD Bac Films accompagné d’un numéro de la revue « L’avant-scène cinéma ».
Synopsis : James Ballard, producteur de films publicitaires, et sa femme Catherine ont une vie sexuelle élaborée mais vaine. Suite à une grave collision en voiture, Ballard se lance dans l’exploration des rapports qui lient le danger, le sexe et la mort. La fréquentation d’un charismatique photographe médical, lui aussi victime de la route, n’y est pas étrangère.
Critique : Vieux de douze ans, « Crash » est l’un des rares films de David Cronenberg, avec « Frissons » (1974) et ses citoyens à rouflaquettes soudain pris de frénésie sexuelle, ou « eXistenZ » (1999) et ses joueurs en réseau, à être précisément inscrit dans son époque : teintes bleutées et métalliques, musique ambiante un peu prétentieuse, jeu sur les surfaces. Il préfigurait aussi le retour du film de voitures, bien avant « Fast & Furious » (2001) et les adaptations des jeux pour consoles, attaché qu’il est à tout ce qui touche à la mécanique et aux communautés dans lesquels s’imbriquent le réel et le virtuel. Un film de bagnoles érotique et chic, c’est une façon de boucler la boucle pour un cinéaste lui-même défini comme « un auteur exigeant et complexe qui manipule le cinéma commercial et presque racoleur » et qui a longtemps peaufiné son style dans le domaine du cinéma bis, avant d’être salué par la critique.
Léché, « Crash » n’en est pas moins une production à petit budget, lancée à une époque où Cronenberg, embarrassé par l’insuccès du « Festin nu » (1992) et « M Butterfly » (1994), jouait son va-tout. Son absence de psychologie participe moins d’un refus de théoriser que d’une volonté de dépeindre les personnages tels des grands enfants au cœur d’un jeu dangereux et excitant. Ici, la reconstruction du physique par le mécanique (les accidents de voiture transforment les corps devenus presque mutants) procède d’une science-fiction primaire et utopique, loin de la thèse alarmiste et paniquée. Le rythme est d’ailleurs lent, propre à la contemplation, confirmant en cela l’idée d’une fiction qui participe de son temps, celui d’un cataclysme qui ne prend pas de court, auquel les protagonistes réfléchissent, un groupe à l’écart comme les affectionnent Cronenberg. Ils s’accoutument pour ainsi dire à une catastrophe qui n’en reste pas moins irréversible. Bien que le roman de J.G. Ballard soit paru au début des années 1970, il est donc tentant d’apposer à cette adaptation conduite par le studieux réalisateur canadien le terme générique de « fin de siècle ». Tentant et certainement plus aisé que lors de sa sortie chahutée en 1996.
Julien Welter





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