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Indochine

ARTE raconte l'histoire de l'Indochine française, entre exotisme colonial et rêves d'aventures

Indochine

18/12/08

Interview

Philippe FRANCHINI, historien et écrivain, auteur notamment de "Les guerres d’Indochine", est né à Saigon d’une mère vietnamienne et d’un père corse.

ARTE : Vous etes né à Saigon, vous y avez fait vos études secondaires jusqu’en 1946 avant de revenir à Saigon au début des années 60 jusqu’en 1975. Quel regard portez-vous sur la présence française en Indochine ?
Philippe Franchini : Quand j’étais là-bas, la notion d’empire avait pris une importance considérable. Il faut penser à l’exposition coloniale de Paris dans le bois de Vincennes (inaugurée le 6 mai 1931, la République française exalte son œuvre coloniale et tente de convaincre du bien-fondé de ses conquêtes, ndlr). C’est à cette occasion que les Français ont vu pour la première fois ce qui avait été édifié dans les colonies.
Cette notion d’empire a eu un impact sur la colonisation elle-même car de grandes tensions, des révoltes, des insurrections ont éclaté à ce moment-là, avec, à la clé, une répression très dure. Mais en France, l’Indochine restait tout de même une colonie très éloignée et on en avait une idée d’exotisme grâce à des écrivains qui y sont allés et ont développé une idée mythique de l’Indochine (péjorative et réductrice, ndlr) avec ce qu’on appelait le "racialisme". Dans certains textes, les métisses étaient comparés à des tigrons, c’est-à-dire des gens stériles. Vous voyez jusqu’où cela allait…

Livres de Philippe Franchini

  • Les Guerres d'Indochine
    Tome 1 et 2 (Broché)
    Pygmalion, 2008
    ISBN-10: 2756402028
    ISBN-13: 978-2756402024

  • Le cormoran du grand fleuve Bleu
    Plon, 2008
    ISBN-10: 2259203604
    ISBN-13: 978-2259203609

  • Tonkin, 1873-1954
    Autrement, 1994
    Collection : Aut.Memoires
    ISBN-10: 2862604844
    ISBN-13: 978-2862604848
Avec l’arrivée de l’immigration française après la guerre de 14-18, une vraie communauté française s’est formée en Indochine. Tous ces épisodes ont donc durci les rapports entre Vietnamiens et Français et cette époque-là est la racine des guerres d’Indochine.

Y avait-il un mythe, un fantasme de la vie coloniale, de l’Orient vu depuis la France ?
Il existait deux grands mythes. L’opium - il a beaucoup fait rêver, inspiré beaucoup de poèmes, des écrivains – et la femme, mais dans sa séduction perverse, et puis le deuxième mythe, celui de la fortune, de l’argent. Ce mythe s’est développé avec l’or vert, les pla
ntations d’hévéa, le caoutchouc.

Un orient rendu plus doux grâce à la fortune…
Oui, mais en réalité, le brave type qui arrivait comme ça, sans rien, ne faisait pas fortune, et ceux qui arrivaient étaient en général des fonctionnaires. Mais à partir des années 20 et la prise du pouvoir du capital, les grandes compagnies se sont emparées des plantations. Le mythe de la fortune perdurait mais beaucoup de colons sont revenus ruinés en métropole.
De manière générale, les colons étaient favorisés, surtout les femmes, car elles arrivaient et voulaient ensuite des domestiques en masse.
Il a donc souvent été reproché aux colons d’avoir des attitudes dures et humiliantes vis-à-vis des locaux. Une mentalité assez désagréable n’a cessé de se développer. Pour moi, l’Indochine française a pris fin à partir de 1946. Mais dans les faits, cela a été une prolongation anormale jusqu’en 1954. La date capitale sur laquelle je me base, c’est la prise de pouvoir par les Japonais en 1945 ; ils avaient alors laissé Vietnamiens, Laotiens et Cambodgiens déclarer leur indépendance.
Il n’était donc plus possible, d’après moi, de revenir là-dessus par la suite. Vous ne pouvez plus demander à des peuples qui se sont libérés de revenir à une époque ancienne. La France, elle, est revenue avec l’idée de l’empire.

Il y a eu une volonté de reconquête avec le général Leclerc fin 1945 – début 1946…
Absolument. Et beaucoup de militaires sont venus à l’époque, surtout les officiers, avec une idée de revanche face à l’histoire puisqu’il fallait reconstituer l’empire français. Tous gardaient en tête la défaite française de 1940.
Mais, dans l’esprit des Vietnamiens, il était trop tard. Eux voulaient un pas décisif vers au moins l’autonomie. Mais il y a eu un malentendu, la guerre s’est prolongée. Elle a ensuite été englobée dans la confrontation entre les deux blocs communiste et capitaliste.

Propos recueillis par Alexis Fricker

Edité le : 01-12-08
Dernière mise à jour le : 18-12-08


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