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Les discours de Hambourg

Ce film choc présente, dans leur texte intégral, deux prêches prononcés en janvier 2000 par l'imam intégriste d'une mosquée de Hambourg, alors fréquentée par trois des terroristes du 11 Septembre.

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29/09/08

Le salafisme

La logique interne d'une pensée radicale


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Retour à l'islam des origines
Dans le texte d'introduction au documentaire « Les discours de Hambourg », on apprend que l’imam Mohammed Fazazi a enseigné au Maroc la variante salafiste de l'islam, qui aurait été vécue dans toute sa pureté par le Prophète et ses compagnons ainsi que par les trois générations de musulmans qui ont suivi. La mouvance islamique des salafistes prêche un retour à ce qu'ils pensent être l'islam des origines, dont la substance religieuse est définie une fois pour toutes dans le Coran ainsi que dans les paroles et actes du prophète Mahomet (« hadith »). Le Coran étant une révélation venant directement de Dieu, tout questionnement sur ses origines historiques est hérétique en soi. Toute exégèse du Coran ne peut donc être qu'une lecture au pied de la lettre de ses sourates et versets. Par voie de conséquence, toutes les exégèses coraniques de l'Histoire faisant la part belle à l'interprétation sont proscrites d'emblée comme de pernicieuses innovations (« bid’a »).

De cette conception ultra-orthodoxe du Coran se dégage une vision totale de la religion, comme le dit explicitement Fazazi dans le film « Les discours de Hambourg » : « La religion islamique est globale, complète, inébranlable et parfaite. Elle imprègne tous les domaines de la vie sans exception. L'islam a des réponses à toutes les questions et un programme spécifique pour tout. » Cette affirmation de l'unité indissociable de la religion, de la politique et de la société s'oppose à tous les courants de la modernité, non seulement parmi les 'infidèles' et l'« Occident », mais aussi au sein même de l'islam.

  • Romuald Karmakar
    Né à Wiesbaden en 1965 d’une mère française et d’un père iranien, il a vécu à Athènes de 1977 à 1982. Baccalauréat à Munich en 1984. Premier film en super-8 en 1985. Vit et travaille aujourd'hui à Berlin comme réalisateur et producteur.
  • Filmographie (sélection) :
    Les discours de Hambourg (2006) ; Die Nacht singt ihre Lieder (Et la nuit chante) (2003); Das Himmler-Projekt (Le Projet Himmler) (2000); Manila (1999) Der Totmacher (Le Tueur) (1995); Warheads (1989-92); Eine Freund- schaft in Deutschland (Une amitié en Allemagne) (1985)
Intégrisme et modernité
Pourtant, le salafisme lui-même est en quelque sorte un produit de la modernité. Il s'apparente à ces grands mouvements mondiaux d'éveil religieux comme on en trouve parmi les colons juifs orthodoxes en Israël ou chez les Évangéliques aux États-Unis : concevoir la Genèse biblique comme l'histoire réelle de la création du monde témoigne d'une même lecture littérale des textes que celle qui transforme en révélation divine (et donc immuable) les peines draconiennes infligées pour vol (amputation des mains) ou pour adultère (lapidation) au nom des normes juridiques de la charia issues du Coran. Objecter que ces règles punitives sont l'apanage des cultures tribales des premiers temps de l'islam est un argument qui n'a aucune prise sur les salafistes. Cependant, il serait simpliste de réduire la charia à un simple système pénal archaïque. Au-delà de ses règles qui sont loin d'être appliquées dans tous les États islamiques, tout musulman pratiquant (et pas seulement le salafiste) se doit avant tout de respecter les cinq piliers de l'islam : l'attestation de foi (« Il n'est d'autre divinité qu'Allah… »), les prières quotidiennes, le jeûne du Ramadan, les aumônes et le pèlerinage à La Mecque.

Tout cela engendre chez les salafistes le besoin d'afficher leur 'vraie' foi et de se démarquer des infidèles mais aussi des musulmans jugés dissidents par une tenue vestimentaire spécifique : une barbe foisonnante, la calotte blanche sur la tête et la tunique blanche jusqu'aux genoux, la djellaba, pour les hommes, le voile de la tête aux pieds pour les femmes. Il y a vingt ans encore, les jeunes gens barbus vêtus d'une djellaba étaient quasi inexistants dans les villes allemandes, mais également à Istanbul, Rabat ou Karachi. Aujourd'hui, ils font presque partie du paysage familier des rues de certaines villes.

On les regarde bien sûr avec méfiance, car leur apparence fait penser qu'une ceinture d'explosifs pourrait se cacher sous la djellaba. Pourtant, les salafistes ne deviennent pas forcément des terroristes, ils veulent surtout vivre de façon aussi pieuse qu'ont vécu selon eux le Prophète et ses compagnons, les « al-Salaf al-Salih » (d'où le terme salafisme). Leur attitude est source de heurts au quotidien dans les sociétés occidentales, comme en témoignent les questions posées à l'imam Fazazi. Elle est en tout cas un véritable pied de nez à toute forme d'intégration. Lorsqu'à la fin du film, on demande à Fazazi s'il faut respecter les lois des infidèles, sa réponse est sans ambiguïté : les lois et réglementations en vigueur en Allemagne sont 'inopérantes' car non conformes à la charia, « toute disposition qui n'apparaît pas dans le Livre de Dieu est inopérante. » Très concrètement, cela signifie que passeports et visas sont hors du champ de la charia (puisqu'ils n'y sont pas mentionnés) et qu'étant inopérants, ces documents peuvent être falsifiés. Il y a cependant de fortes chances qu'une telle attitude pose problème non seulement en Allemagne, mais aussi au Maroc ou en Égypte.

Le stéréotype de l'ennemi pour les salafistes
Mensonge et duperie à l'égard des infidèles sont donc autorisés, légitimés par la religion. Si on projette sur notre époque actuelle la distinction classique entre protégés et véritables infidèles que développe Fazazi dans ses propos, on peut sans exagération parler de préparation psychologique à l'action violente. L'infidèle moderne, peut-on entendre dans le documentaire, est tout individu qui « prend part à la guerre contre l'islam par l'expression d'une opinion ou un travail intellectuel, une chanson, une pièce de théâtre ou une série télévisée qui offense les musulmans ou les présente de façon déformée. C'est un guerrier ennemi qui doit être tué, même s'il s'agit d'une femme ou d'un enfant. »

Même pour les salafistes, cette agressivité verbale qui s'exprime dans la notion de guerrier ne trouve pas directement sa source dans le Coran ou la charia (a fortiori selon la vision salafiste puisque les séries télévisées n'y figurent pas). Elle tient plutôt à un profond sentiment d'infériorité qui, depuis les conquêtes colonialistes, campe les musulmans dans le rôle de victimes, également perceptible dans le documentaire. Plusieurs fois, on demande à l'imam pourquoi toutes les formes de réel progrès social et technique n'existent que chez les infidèles. La critique du colonialisme que livre Fazazi en guise de réponse, déplorant la permanente mise sous tutelle du monde islamique sur le plan intellectuel, économique et scientifique, peut se comprendre. Mais là n'est pas pour lui l'essentiel, sa critique de l'Occident et des infidèles est beaucoup plus radicale et intégriste.

Des salafistes en mal d'attentats
Un insert à la fin du film le montre bien : nous n'avons pas affaire, avec Mohammed Fazazi, à un représentant de la religion musulmane, mais plutôt à une mouvance intégriste de l'islam. Après son retour au Maroc, il fut condamné par un tribunal marocain à trente ans de réclusion pour avoir été l'instigateur des attentats-suicide de Casablanca en 2003. Ces attentats étaient la concrétisation d'une idéologie semblable à celle exposée dans le documentaire « Les discours de Hambourg », selon laquelle tuer des infidèles est une chose légitime. À Casablanca, quatorze kamikazes marocains s'étaient fait exploser, entraînant dans la mort plus de quarante personnes, pour la plupart des Marocains. Les cibles de cette vague d'attentats parallèles furent le centre culturel espagnol, le consulat belge, un hôtel fréquenté essentiellement par des touristes dans la médina, un cimetière juif et le centre communautaire des juifs marocains.

L'insert nous apprend également que le nom de Fazazi fut aussi associé aux attaques terroristes de Madrid un an plus tard : plusieurs auteurs de ces attentats (qui n'étaient pas des kamikazes) vivant à Madrid et originaires de Tanger auraient été en contact avec Fazazi. Cela aussi transparaît dans le documentaire : il y est dit en effet que l'ensemble de l'Occident est l'ennemi de l'islam puisqu'il occupe des territoires islamiques. L'exemple le plus scandaleux, nous dit-on, serait l'Espagne : « Al Andalus (Andalousie) est un territoire islamique qui est occupé par les Espagnols. »

En conclusion, on peut dire que le documentaire « Les discours de Hambourg » livre un aperçu édifiant de la « logique interne » d'une pensée radicale, selon les termes de Romuald Karmakar. On peut penser ce qu'on veut de cette logique, dire qu'elle est déconnectée de la réalité, biscornue, pathologique, etc. Mais Karmakar a déjà montré, dans son film « Le projet Himmler » qu'une telle logique n'est pas une spécialité islamique.

Auteur : Ernst Schreckenberg

© BUNDESVERBAND KOMMUNALE FILMARBEIT Août 2007, www.kommunale-kinos.de
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Les discours de Hambourg
Documentaire (Allemagne, 2006, 133mn) ZDF
Réalisateur: Romuald Karmakar
Diffusion: jeudi 24 janvier 2008 à 21h00
Avec: Manfred Zapatka

Edité le : 21-01-08
Dernière mise à jour le : 29-09-08


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