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ARTE Journal - 31/05/11

Libye : stabilisation des fronts et impasse politique

Alors que la rébellion Libyenne vient de fêter ses 100 jours, le colonel Kadhafi est toujours en place notamment grâce à la Russie- principal partenaire commercial- et à son véto au Conseil de Sécurité des Nations-Unies. Le Conseil national de transition, de son côté, risque de mettre en échec la prochaine mission de conciliation de l’Union africaine en Libye.


Analyse avec Denis Bauchard, spécialiste du Monde arabe et du Moyen-Orient, consultant notamment auprès de l’IFRI (Institut Français des Relations Internationales) ex-conseiller (Ministère de l’Économie et des Finances, Ministère des Affaires étrangères), ex diplomate, ex –ambassadeur en Jordanie et ex-président de l’Institut du Monde Arabe. Il est également l’auteur ou co-auteur de plusieurs ouvrages, en particulier « Le jeu des Pétroliers », « La Démocratie est-elle soluble dans l’Islam? ».

Claire Stephan pour ARTE : la rébellion libyenne vient de fêter ses 100 jours, mais le colonel Kadhafi est toujours là…



Denis Bauchard, spécialiste du Monde arabe et du Moyen-Orient : « Denis Bauchard, spécialiste du Monde arabe et du Moyen-Orient : « Effectivement, les 100 jours ne se célèbrent pas dans un climat d’optimisme. D’une part le colonel Kadhafi résiste toujours et a assez largement l’appui de l’Union africaine – et d’ailleurs une délégation de l’Union africaine va très prochainement arriver à Tripoli pour essayer de trouver une solution de conciliation. Quant au Conseil national de transition et à la rébellion, elle n’est toujours pas très organisée ni politiquement – on sait qu’il y a un président qui est Mustafa Abdeljilil, qu’il y a une équipe rapprochée d’une dizaine de personnes mais pour le reste, tout ceci est assez flou et on s’interroge toujours sur la représentativité de ce Conseil national de transition. Et cette équipe n’est pas non plus prête militairement malgré une formation accélérée. Manifestement, elle n’a pas un potentiel militaire qui puisse gêner les troupes du Colonel Kadhafi ».

Peut-on parler d’un enlisement sur le terrain notamment pour els troupes internationales qui poursuivent leurs raids aériens…



Denis Bauchard : « Enlisement, c’est beaucoup dire parce qu’il n’y a pas de troupes sur le terrain du côté de la coalition. Mais il y a une sorte de stabilisation du front aussi bien dans l’enclave de Misrata que dans le fait que l’est est plutôt contrôlé par la rébellion et que à l’ouest, c’est plutôt Tripoli qui contrôle le terrain. Ceci étant, il y a tout de même urgence pour différentes raisons : d’abord parce que la résolution 1973 de l’ONU tombe le 28 juin prochain : il est douteux qu’elle soit renouvelée, compte tenu de la position prise par les Russes au Conseil de Sécurité. Par ailleurs, les conséquences de la situation actuelle, notamment sur la Tunisie sont tout de plus en plus préoccupantes. Il y a effectivement une masse de réfugiés qui arrive en Tunisie et qui risque de déstabiliser encore ce pays qui est à la recherche d’une normalisation de la situation, qu’il s’agisse de réfugiés tunisiens, c'est-à-dire de travailleurs émigrants qui reviennent ou de Libyens qui fuient leur pays ».

Vous venez d’évoquer l’arrivé d’émissaires de l’Union africaine en Libye, une solution politique vous paraît-elle envisageable actuellement ?



Denis Bauchard : « Une solution militaire n’existe pas, la solution ne peut être que politique. Or actuellement, effectivement, malgré des contacts, il est clair que toute négociation butte sur le fait que la rébellion exclut tout maintient de Kadhafi et de sa famille au pouvoir, ce que n’exclut pas l’Union africaine. Donc il y a un blocage mais les choses peuvent naturellement évoluer. Mais en toute hypothèse, il est clair que pour reconstruire la Libye, pour éviter son éclatement, il faudra une solution politique avec je dirais tous les représentants des différentes régions de la Libye ».

Une intervention au sol des forces de la coalition est-elle imaginable ?



Denis Bauchard : « Non, tout ceci me paraît exclu. Il y a certes l’envoi de quelques conseillers, il y a peut être l’acheminement d’armes, il y a l’envoi d’hélicoptères pour mieux cibler les objectifs. Mais je pense que tout le monde, du côté des forces de la coalition, exclut une intervention terrestre ».

Pourquoi la communauté internationale soutient-elle la rébellion libyenne et non l’opposition syrienne alors que la répression en Syrie se transforme en massacre ?



Denis Bauchard : « Je pense que les deux situations sont très différentes et je pense que la coalition n’a pas les moyens d’intervenir en Syrie ne serait-ce que pour des raisons politiques. Comme on l’a vu aucune résolution n’a pu passer condamnant la Syrie, même en des thermes relativement neutres, compte-tenu de la menace d’un véto de la part des Russes qui ont avec la Syrie une coopération très étroite ».

Et l’Iran ?



Denis Bauchard : « Je ne crois pas que l’Iran soit actuellement dans le jeu. L’Iran est actuellement plutôt spectateur qu’acteur. Pour l’Iran, l’évolution actuelle est positive à certains égards, par exemple la disparition de Moubarak qui était le grand pourfendeur de la menace iranienne au Moyen-Orient; il y a aussi des aspects négatifs et notamment la fragilisation du régime de Syrie ».

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Edité le : 30-05-11
Dernière mise à jour le : 31-05-11