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Water makes money

À l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, ARTE propose une Théma sur les dangers de la marchandisation de l’eau.

Water makes money

23/03/11

L’ Allemagne : la privatisation de l’eau fait débat

Werner Rügemer est éditeur, écrivain, responsable d'éducation. Il est Membre de Transparency International et du Conseil scientifique d'Attac.


Sur le papier, l’Allemagne a de la chance par rapport à certains de ses voisins européens : elle dispose de ressources naturelles optimales qui lui assurent une eau de qualité, en quantité suffisante.  Mais comme ailleurs, avec l’usage intensif des industries, l’eau fait l’objet d’une exploitation lucrative. Pour mieux prendre en l’écologie, tout en faisant de l’eau un « bien exploitable » sur le plan économique, la législation a été modifiée en Allemagne, s’appuyant sur la directive européenne sur l’eau. Problème : comme depuis des années, les administrations chargées de l’environnement doivent composer avec des suppressions de postes,  il n’est guère envisageable d’appliquer de manière durable des critères écologiques.
 
La gestion de cette ressource ne suscite pas l’unanimité. Les exploitations qui produisent de l’eau potable et celles qui traitent les eaux usées ont longtemps entièrement dépendu des communes. Vers 1990, leur privatisation a commencé, une tendance poussée toujours plus en avant par les gouvernements allemands successifs, sans oublier l’Union européenne. Ce sont surtout les conglomérats de l’énergie comme RWE, Vattenfall, Energie Baden-Württemberg (EnBW), E.on et Veolia qui ont racheté des parts des usines et régies municipales dans les grandes villes et celles de taille moyenne. La participation commence à 25 % (Cologne),  se stabilise à une moyenne standard de 49,9 % (Berliner Wasserbetriebe) et peut même atteindre les 90 % (Rheinische Wasserwerke). Les grands groupes financent de nombreux postes d’enseignement : Veolia par exemple a prolongé jusqu’en 2015 la chaire consacrée à la gestion de l’eau à l’université technique de Berlin ; jusqu’à présent, les personnes occupant ces postes évitent toute forme de critique envers leurs sponsors.
 
A l’heure actuelle, le gouvernement fédéral veut privatiser la gestion des cours d’eau et des fleuves. Un secteur qui emploie 13 000 personnes rattachées au ministère des transports. Il est prévu de ne plus entretenir l’intégralité des voies navigables mais de se concentrer sur celles qui assurent le transport de marchandises en fonction des tonnages. Les cours d’eau qui n’ont aucun intérêt pour l’industrie seraient laissés à l’abandon ou confiés à des groupes privés, lesquels pourraient prélever des taxes auprès des usagers (compagnies de navigation fluviale, touristes). Un projet qui risque bien de menacer la qualité de l’eau.
 
Les grands groupes ne se contentent pas d’aller dans le sens d’une augmentation des prix et d’un transfert des bénéfices, ils réduisent aussi les effectifs : à Berlin, depuis la privatisation de la régie de l’eau en 1999, sur 7 500 postes, 2 000 ont été supprimés. En Allemagne de l’Est, les pronostics erronés de la réunification (les fameux « paysages fleuris ») ont débouché sur la construction d’installations surdimensionnées alors que la consommation en eau et le volume des eaux usées connaissaient un recul spectaculaire. Les hausses des prix se sont succédées, car pour des raisons économiques, les propriétaires se refusent à entériner le démantèlement des installations.
 
Même si outre-Rhin, l’eau potable est sujette à une réglementation particulièrement stricte, la qualité de l’eau allemande n’atteint que la 57e place du classement mondial établi par l’UNESCO en 2003. De plus en plus, les Allemands consomment l’eau minérale en bouteille commercialisée par les grands groupes de l’agro-alimentaire. Et de nombreux citoyens s’opposent à la privatisation et à ses conséquences. « Retour aux communes », c’est leur slogan. En 2008, à Leipzig, une initiative a conduit à un référendum qui a empêché la vente de la régie municipale des eaux. A Stuttgart, en 2010, le conseil municipal a suivi l’avis du Forum de l’eau et a décidé de racheter au groupe EnBW les infrastructures produisant de l’eau. Le 13 février 2011, les Berlinois ont décidé par référendum que les contrats de privatisation jusque-là tenus secrets - à Berlin comme ailleurs -  devraient dorénavant être publiés. Un premier pas vers le retour au service public, seule manière de garantir durablement une eau sûre et de bonne qualité, accessible à tous.

Werner Rügemer

Edité le : 11-03-11
Dernière mise à jour le : 23-03-11


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