Taille du texte: + -
Accueil > Comprendre le monde > Sainte-Anne, hôpital psychiatrique > Tribune de Michel Fouillet

Sainte-Anne, hôpital psychiatrique

Images du quotidien à Sainte-Anne.

Sainte-Anne, hôpital psychiatrique

07/05/10

"Sainte-Anne, hôpital psychiatrique" : La tribune de Michel Fouillet

Suite au visionnage du documentaire Saint-Anne, hôpital psychiatrique, Dr. Michel Fouillet, psychiatre au centre hospitalier St Anne, a souhaité s'exprimer.


Le film diffusé sur la Arte, le vendredi 7 mai 2010 montre, en suivant le parcours de soin de quelques patients, le quotidien d’une équipe de soins en psychiatrie de secteur et particulièrement la première étape de soins sous contrainte en milieu hospitalier où l’altération du discernement, l’envahissement délirant, la mélancolie et l’humeur dépressive ne permettent pas à nos patients d’engager des soins par eux-mêmes.

La psychiatrie est la seule discipline médicale disposant des outils législatifs pour soigner les personnes contre leur volonté car la maladie mentale contient en elle-même l’altération du discernement et donc la nécessité parfois de se substituer à la personne pour se protéger de gestes auto ou hétéro agressifs, et se soigner.

Cette première étape, nécessairement hospitalière, consiste toujours en une période de confrontation avec les patients contraints à l’hospitalisation par la décision familiale, médicale, ou préfectorale. L’institution hospitalière assure alors, par ses murs, une protection physique et matérielle des mouvements internes destructeurs du patient souffrant. Cette restructuration interne par l’institution contenante, avec le recours à une sédation nécessaire médicamenteuse et/ou sismothérapique, constitue la première étape d’une réorganisation psychique avec une conscience par le patient lui-même de ses difficultés. Par la reconnaissance du sujet, la conscience progressive de ses troubles émerge. Cette étape est fondamentalement de nature psychothérapique.

Rappelons que l’essentiel de la prise en charge de nos patients en 2010 se déroule dans le dispositif extra-hospitalier et que l’hospitalisation ne représente qu’une étape du processus de soins. Le but de cette hospitalisation est de redonner des capacités psychothérapiques à nos patients pour leur permettre au plus vite de reprendre le cours de leur vie.

L’engagement des soignants apparaît comme absolument indispensable pour imposer la protection du patient contre lui-même et arrêter la « machine infernale » de La maladie mentale, souffrance effroyable qu’elle soit dépressive, hallucinatoire, persécutive.

Ce film montre à quel point nos patients n’ont aucune propension à être agressifs ou violents. Les débordements comportementaux apparaissent toujours dans un contexte d’angoisse, de sentiment de persécution, même s’ils justifient parfois des mesures de contentions sévères mais rassurantes pour protéger le patient et l’équipe soignante.
Cette démonstration est indispensable pour argumenter contre le discours ambiant, insupportable actuellement, sur la dangerosité des malades mentaux et l’exploitation médiatique de faits divers.

Le quotidien des unités de soins psychiatriques apparaît clairement, avec les difficultés à parfois contrôler la peur, l’inquiétude, leur questionnement sur les décisions à prendre. La nouvelle place des familles comme alliées de la stratégie thérapeutique est bien repérée avec la nécessité des liens, des informations et leur participation dans la décision des soins.

Certaines scènes extrêmement touchantes émotionnellement, confirment la détresse de nos patients, leur solitude, leur questionnement, leur volonté d’être comme tout le monde, parfois dans l’ambivalence à vouloir se soigner. Il montre également la dimension fondamentalement humaine, relationnelle de l’outil de soin de notre discipline avec la présence permanente des personnels médicaux, infirmiers, aides soignants.

De plus, ce document pourrait constituer un remarquable document pédagogique sur le quotidien d’un service de psychiatrie publique, le dévouement de ses personnels et les difficultés, doutes et questionnements qui permettent la prise de responsabilités et l’engagement de soins.

J’insiste sur le fait qu’Ilan Klipper, le réalisateur, a vécu parmi nous pendant près de six mois. Il a eu accès à l’ensemble du service au moment qui lui semblait opportun et nous n’avons jamais supervisé le montage ni essayé de l’influencer.

Ilan Klipper a fait un vrai film avec une histoire, un scénario en proposant une continuité à travers l’amélioration partielle de nos patients en partant du processus initial parfois de contrainte. Il a donné à mon sens une image très juste de notre pratique. »

Dr. Michel Fouillet

Edité le : 15-04-10
Dernière mise à jour le : 07-05-10


+ de Comprendre le monde