

Femme pasteur à la tête d’une Église pentecôtiste Becky Fischer anime un groupe de prière pour enfants dans le Missouri. Depuis 2001, elle organise en outre un camp d’été dans le Dakota du Nord pour ses jeunes ouailles et leurs familles. Serrés dans la chapelle, les enfants y répètent des chorégraphies pour accompagner le message divin. Ou assistent au discours anti-avortement d’un pasteur, muni de minuscules poupées représentant les embryons. Et lorsque Becky Fischer reprend la parole pour fustiger Harry Potter – “les sorciers sont les ennemis de Dieu” – et reprocher à certains d’oublier la foi dans la cour de récréation, les mains se joignent dans un mouvement unanime, les yeux montent au ciel, les corps se tordent et les larmes roulent sur les joues rougies de petits paroissiens écrasés par la culpabilité...
L’ARMÉE DE DIEU
On est formés pour convaincre les autres de faire partie de l’armée de Dieu
Comment ne pas éprouver un profond sentiment de malaise à la vue de ces enfants en transe qui tombent à genoux et crient leur amour pour le Christ avec la conviction inébranlable d’être investis d’une mission ? “On est formés pour convaincre les autres de faire partie de l’armée de Dieu”, explique Levi. À 12 ans, il prêche déjà en public tandis que Rachael, petite brune à taches de rousseur, accoste des inconnus dans la rue pour leur offrir des bibles. Heidi Ewing et Rachel Grady, les réalisatrices de ce documentaire nominé aux Oscars en 2007, ont suivi durant de longs mois les réunions de la communauté évangélique avec une distance salutaire. Sans commentaires, elles se contentent de montrer le processus d’endoctrinement en marche.
Dans une émission de radio, Becky Fischer admet sans fard profiter du jeune âge de ses fidèles pour en faire des soldats obéissants. Rompue aux techniques de communication moderne, la grande prêtresse bombarde ses poulains de slogans pour les encourager au prosélytisme, et utilise toutes sortes de jouets et accessoires pour illustrer son propos. Les parents prennent le relais par le biais de l’école à domicile, où l’on enseigne le créationnisme et le rejet en bloc de la science. Tout un programme pour servir les intérêts religieux mais aussi politiques d’une communauté conservatrice représentant entre 80 et 100 millions de personnes aux États-Unis. Les enfants embrassent ainsi à tour de rôle une effigie en carton de George Bush, président à l’époque, et participent à une manifestation contre l’avortement devant la Maison-Blanche, la bouche barrée d’un scotch rouge portant l’inscription “life”.
Cible d’un fanatisme religieux qui fait froid dans le dos, la jeune génération se prépare ainsi à une guerre idéologique qui divise déjà cruellement leur pays.
Un film efficace et percutant qui fait froid dans le dos.







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