
Un coffret MK2 consacré au cinéma Italien (Dvds vendus également à l'unité) : "Les Clowns" (1970) de Federico Fellini, "La prise de pouvoir par Louis XIV" (1966) de Roberto
Rossellini, "La Rage" (1963) de Pier Paolo Pasolini, "Le Saut dans le vide" (1979) de Marco Bellochio, "La Nuit de San Lorenzo" (1982) de Paolo et Vittorio Taviani + pour chaque tritres de nombreux bonus...DVD MK2
- Les films
Le coffret édité par MK2 propose plusieurs films italiens rares et signés par quelques uns des plus prestigieux cinéastes. Perçus dans une perspective chronologique, ces œuvres nous convient à une visite d’un pan entier de l’Histoire de l’Italie et du monde, engageant la confrontation des regards et des idéologies au travers d’une pluralité de formes accomplies.Ainsi « La Rage » (1963) est un documentaire emblématique de la décennie des années1950-1960 et de l’implication revendicative de son auteur : Pier Paolo Pasolini. Composé à base d’archives, ce documentaire à pour postulat une question : Pourquoi notre vie est elle dominée par le mécontentement, l’angoisse, la peur de la guerre et la guerre ? Pasolini dresse ainsi une liste des atrocités et perturbations, le sort de la Hongrie en 1956, la Guerre Froide, la guerre civile au Congo, la prise de pouvoir à Cuba, mais aussi la mort du pape ambigu Pie XII, la disparition de Marilyn Monroe. Ces images sont ainsi le prétexte au développement de la poétique pasolinienne, celle de l’homme révolutionnaire, du communiste, du pacifiste aussi. Et si « La Rage » apparaît comme une œuvre « datée », c’est bien ainsi, avec le recul, qu’elle fait sens.
L’investissement de Pasolini est tout aussi vif dans l’excellent « Les murs de Sanaa », petit documentaire (proposé en bonus de ce DVD) dans lequel le cinéaste lors du tournage du « Décaméron » (1971) lance un appel à l’Unesco pour protéger l’héritage architectural de Sanaa au Yémen, face à la volonté du grand capital d’urbaniser à tout crin. Pasolini formule l’idée que « la tradition » sauvera la révolution, non pas comme un retour en arrière réactionnaire, mais par le biais de l’acte de préservation d’éléments les plus dérangeants et puissants dans le passé.
Trois ans après « La Rage » de Pasolini, le père du néo-réalisme italien réalise « La Prise de pouvoir par Louis XIV » (1966) : Rossellini a depuis 1945 abandonné toute forme de récit traditionnel et, à cette époque, croit aux vertus nouvelles de la télévision, qu’il considère comme un instrument de réflexion, un outil pédagogique. De fait dans ce film Rossellini privilégie l’épure pour entrer de plein pied dans une formulation presque ethnologique de la société de Louis XIV. Ainsi nous apprenons la conception de l’absolutisme ou du Colbertisme presque sous la forme d’une leçon ou encore, nous sommes renseignés sur l’utilisation et la dimension politique du costume. Remarquablement restauré pour l’occasion de la publication de ce DVD, le spectateur pourra considérer également combien « La Prise de pouvoir par Louis XIV » de Rossellini répond à des critères esthétiques parfaitement maîtrisés. La lumière du film par exemple accompagne subtilement la prise de pouvoir progressive du Roi Soleil. De même, et finalement d’une manière très moderne, le cinéaste conçoit l’idée de tourner ses scènes le plus souvent sans ellipses, presque en « temps réel ».
Au milieu des années 60, la télévision italienne connaît ses heures de gloire en proposant aux plus grands cinéastes leur participation et, dans cette Italie qui se modernise, elle est suffisamment nouvelle pour que les auteurs s’y penchent sans arrière-pensées.
C’est la Rai qui soumettra à Fellini l’idée de réaliser « Les Clowns » (1970), une enquête tournée sur le monde du cirque à Paris. Après avoir tourné « La Dolce Vita » et « Huit et demi » ou encore le « Satyricon », la proposition vient à point nommé. Fellini trouve là un prétexte pour un changement de trajectoire cinématographique, un prétexte pour s’immerger plus profondément dans des éléments inspirés de sa propre vie sans jamais abandonner l’univers du spectacle qui le fascine. Si sa passion des clowns est vivace depuis son plus jeune âge, ce film lui permet donc concrètement pour la première fois de la mettre en scène. En même temps le film lui permet la reconstitution d’un spectacle de cirque majestueux. « Les Clowns » sonne ainsi le premier volet d’une trilogie : Fellini prolongera l’évocation de son enfance dans « Roma » (1972) et « Amarcord » (1973), deux œuvres dans lesquelles le spectateur retrouve certains personnages récurrents des « Clowns ».
Dans un autre style, le coffret DVD présente « Le saut dans le vide » (1979) de Marco Bellocchio film interprété par Michel Piccoli et Anouk Aimée pour un huis –clôt étouffant, propre à la folie dans le cadre d’un intérieur bourgeois. Bellocchio qui considère ce film comme un commencement dans son parcourt cinématographique raconte de manière très altérée des sentiments personnels - Bellocchio a connu dans sa vie la disparition d’un frère très proche – et inspecte minutieusement le quotidien d’une classe précise de la société italienne, approchant l’essence d’« un désespoir très discret ». « Le saut dans le vide » est également un objet innovateur qui mélange plusieurs couches narratives, le passé, le présent tout en introduisant une dimension onirique. Il donne à voir un aspect du cinéma italien assez peu connu et tout à fait intriguant.
Enfin ce sont les frères Taviani qui ont le dernier mot de cette plongée cinématographique italienne avec « La Nuit de San Lorenzo », une œuvre sélectionnée dans ce coffret pour le caractère autobiographique qu’elle présente une fois encore : les deux frères se sont directement inspirés de l’un des épisodes de la vie de leur père qui, durant la deuxième guerre mondiale en Toscane, avait persuadé une partie des gens de leur village (San Miniato) à le suivre pour trouver les américains libérateurs pendant que les autres mourraient dans une église. Outre cette aventure réelle, les frères Taviani étaient motivés par une envie de faire comme leur maître (Rossellini, « Rome ville ouverte, « Paisa »), témoigner de la guerre et du fascisme dont ils firent l’expérience enfants. En 1982, hors de l’actualité de cette violence, les frères décidèrent de raconter leur histoire par le biais d’une transfiguration du réel, pliant le récit au niveau du regard d’une petite fille. Ce principe permettait ainsi de passer de la réalité à la fantaisie et revenir au réel dans une mesure encore plus forte. « La Nuit de San Lorenzo » est impressionnant notamment à ce titre, de part l’extraordinaire agilité des cinéastes à passer sans transition d’un registre à l’autre. Comme souvent chez les Taviani, le film est aussi une œuvre chorale, une histoire de groupe mélangeant acteurs professionnels et amateurs pour une authenticité de chaque instant. Ainsi dans ce film des frères Taviani, le spectateur retrouve en substance l’une des préoccupations récurrentes du grand cinéma italien : la perpétuation de l’Histoire au travers d’une prise de position intellectuelle ou idéologique conjuguée par l’idée d’interférence entre le réel et l’imaginaire.
Olivier Bombarda
- Les Bonus
La Prise de pouvoir par Louis XIV (1966):
- Rosselini et Louis XIV Une analyse de Jean Douchet (24 ')
- Rencontre avec Jean Dominique de La Rochefoucauld (14’)
- Quelques rushes (6 mn)
La Rage (1963)
- Préface : le contexte historique (7’)
- La rage deuxième partie de Giovanni Gareschi 42’
- Pasolini Poète de la réalité (22’)
- Pasolini documentariste (6’)
- Les murs de Sanaa de P.P.Pasolini (13’)
- Repères historiques
Les Clowns (1970)
- Entretien avec Howard Butten (18')
- Analyse de film par Jean A. Gili (13’)
- Bande-annonce
Le saut dans le vide (1979)
- Entretien avec Marco Bellochio (13')
- Entretien avec Michel Piccoli (11')
La Nuit de San Lorenzo (1982)
- Préface de Tonino Guerra 6’
- Entretien avec Paolo et Vittorio Taviani (23’)
- Trois figures en marche vers la liberté (15’)
Coffret Les Italiens - MK2:
"Les Clowns" (1970) de Federico Fellini, "La prise de pouvoir par Louis XIV" (1966) de Roberto Rossellini, "La Rage" (1963) de Pier Paolo Pasolini, "Le Saut dans le vide" (1979) de Marco Bellochio, "La Nuit de San Lorenzo" (1982) de Paolo et Vittorio Taviani + pour chaque tritres de nombreux bonus...
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