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05/05/09

Vincent, François, Paul… et les autres

Un film de Claude Sautet


Trois amis aux abords de la cinquantaine font le bilan de leurs existences. Une chronique intimiste sublimée par Montand, Piccoli, Reggiani et Depardieu.

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Si vous avez manqué le début…

Musique nostalgique, filtre bleu sur l’image : le générique défile tandis que des couples dansent tout près de la caméra, l’un cédant la place à l’autre. Sont d’abord mis en avant Vincent (Yves Montand) et Catherine (Stéphanie Audran), puis François (Michel Piccoli) et Lucie (Marie Dubois), enfin Paul (Serge Reggiani) et Julia (Antonella Lualdi). Le générique s’achève sur une note discordante et cette image d’un passé monochrome, heureux, s’estompe, remplacée par un feu de bois fumant ; la couleur et le présent sont de retour. Le feu est alimenté par des gamins, juste à côté d’une cabane dans le jardin de la maison de Paul et Julia. C’est le week-end et les amis sont venus en nombre. Une partie de foot est en cours, Jean (Gérard Depardieu) cavale après le ballon, Vincent, François et Paul entrent dans le jeu. Dans la maison, Marie (Ludmila Mickaël), la jeune maîtresse de Vincent, se repose. Le téléphone sonne, c’est Catherine pour Vincent. La partie de foot est alors interrompue par un début d’incendie, Jean fonce dans le brasier pour en sortir une bombonne de butane, le feu est maîtrisé, Vincent s’assure que tout est bien éteint, donne quelques conseils inutiles et va répondre au nouveau coup de fil de Catherine. Attristé, il rejoint ensuite toute la troupe dans la cuisine pour un encas. Un invité inattendu se présente – le séduisant Jacques (Umberto Orsini). Le week-end s’achève, chacun retourne à ses soucis quotidiens.

Les choses de la vie

Si Vincent vient en premier dans le titre, ce n’est pas par hasard… Bien sûr, nous sommes dans un film choral, le sujet c’est la bande de vieux copains et ses relatifs, c’est le groupe où chacun voit vieillir les autres, assiste aux renoncements, aux accommodements, aux ratages. Mais celui auquel il arrive le plus de choses dans le temps du film, celui qui subit le maximum de bouleversements c’est bien Vincent (sa femme demande le divorce, sa maîtresse le quitte, des usuriers lui mettent le couteau sous la gorge, sa santé vacille…). Et parce qu’il se débat, il focalise l’attention du spectateur –à défaut de focaliser celle de ses amis. Ceux-ci ont d’ailleurs leurs propres problèmes : Sautet parvient à faire coexister toutes ces histoires, par strates, par juxtapositions, fournissant une matière foisonnante à son film. Une matière complexe, anti-spectaculaire, vivante… Le metteur en scène ici ne joue pas les démiurges avec ses personnages, il les filme à hauteur d’homme et s’il y a une légère distance, c’est par pudeur, par horreur du sentimentalisme. Pas par manque de bienveillance : les protagonistes du film sont bien mieux traités que ceux du livre de Claude Néron dont ils sont issus, « La grande marrade ». Néron co-signe le scénario de « Vincent, François, Paul… et les autres » avec Jean-Loup Dabadie, auquel Sautet doit déjà « Les choses de la vie » -le film du retour en grâce public et critique. « Les choses de la vie » : voilà un titre qui pourrait convenir à la plupart des films de Sautet à partir de là…

Un air entêtant

Sautet l’a assez répété, la mise en scène, pour lui, devait procéder d’une « magie invisible ». Mais pour arriver à créer des climats particuliers, à faire pleinement exister des personnages somme toute assez communs, encore fallait-il s’en donner les moyens. D’où les comédiens connus qu’il réemploie volontiers –Montand ; Piccoli surtout-, d’où l’attention portée à chaque détail du film quoiqu’il en coûte, d’où les collaborateurs réguliers. Citons le fidèle compositeur Philippe Sarde parce que la musique tenait une grande place dans la manière de penser de Sautet. Il disait par exemple, à propos de Romy Schneider, qu’il communiquait bien avec elle car elle comprenait la musique : on peut imaginer qu’il en allait de même avec Montand et Reggiani, tous deux professionnels de la chanson, avec Piccoli, fils de musiciens… Au final en tout cas, le rythme et l’ambiance, la couleur des films de Sautet marquent leur époque et parce que l’humain y est au centre, ils ne se périment pas.

Jenny Ulrich


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Vincent, François, Paul et les autres
jeudi, 7 mai 2009 à 14:45
Pas de rediffusion
(France, Italie, 1974, 109mn)
ARD

Edité le : 30-04-09
Dernière mise à jour le : 05-05-09