De Clark Gregg
(2008, USA, 1h32)
Avec Sam Rockwell, Anjelica Huston, Kelly McDonald, Bijou Phillips…
Piazza Grande Locarno 2008Exclusif : Entretien de Chuck PalahniukRomancier de "Choke" dont est tiré le film
Entretien : Bertrand Loutte
Un extrait du filmSynopsis : Victor Mancini (Sam Rockwell) est un drogué du sexe. Il a abandonné ses études de médecine et partage son temps entre un vague emploi de comédien dans un parc d’attractions sur le thème des premiers colons aux USA et des réunions pour « drogués du sexe anonymes ». Il doit également s’occuper de sa mère Ida (Anjelica Huston), internée pour troubles mentaux. Afin de payer sa pension, Victor a mis au point une ingénieuse arnaque : il se rend dans les restaurants où il prétend s’étouffer en mangeant, et lorsque les âmes charitables l’aident à s’en remettre, il en profite pour leur soutirer de l’argent en jouant sur la corde sensible.
Critique : « Je te sucerai quand le Mayflower flottera sur mon cul » est l’une des premières répliques offertes à notre appréciation dans cette adaptation pour l’écran du roman de Chuck Palahniuk, l’auteur de « Fight Club » coutumier des expériences secouées. Une mise en bouche idéale pour ce conte licencieux, car on ne sera pas en reste : libido incontrôlée, traumatisme d’enfance, addictions, expérience cathartique, satire romantique, blocage émotionnel, bizarrerie et rédemption s’entremêlent dans « Choke » selon une logique qu’il serait vain de détailler. Pourquoi céder dans ce cas au plaisir de l’anecdote, noter l’importance d’une sainte relique qui révèlera peut-être au troublé Victor le secret de ses origines et de ses déviances, ou des boules de Geisha qui seront l’occasion d’un running gag ?
La réponse est simple : ce film composite défie toute tentative critique. Moins qu’une vue en coupe de l’Amérique psychotique, « Choke » est un petit portrait communautaire, celui d’une bande de désaxés finalement attachants dont certains sont contraints de jouer les comédiens à la petite semaine, grimés en colons débarqués du Mayflower avec leur langage ridiculement suranné. Sans voyeurisme, ni sordide, l’accent est mis sur une drôlerie qui fait mouche sans céder à la misanthropie, même si les traits d’humour valent souvent pour eux-mêmes. En définitive, pour figurer le chaos inhérent au roman de Chuck Palahniuk, le comédien et nouvellement metteur en scène Clark Gregg se contente de briller par son absence de direction artistique, de continuité et souvent de rythme, même saccadé, voire de mise en scène, totalement bordélique plutôt que cyclothymique. Il faut donc s’en remettre à l’histoire, aux bons mots et à la réputation de l’écrivain américain pour apprécier ce film sans doute handicapé par un budget très réduit. Bien sûr, l’utilisation d’une lumière verdâtre permet d’éclairer les visites incessantes de Victor à l’hôpital où s’étiole Ida, supposément une activiste politique radicale et probablement une mythomane en fin de parcours (sacrée Anjelica Huston, dans le rôle d’une mère indigne qu’elle investit avec gourmandise, surtout après celui, un peu jumeau, tenu dans « A bord du Darjeeling limited » de Wes Anderson).
Chuck Palahniuk, qui a suivi de près l’adaptation de son roman, affectionne le cinéma américain des années 1960 – 70. Le relâchement un peu hippie dont se satisfait Clark Gregg n’est sans doute pas pour lui déplaire, d’autant que le résultat à l’écran promeut sa littérature sans lui faire de l’ombre (reconnaissons-le, c’est toujours une meilleure prise en regard des pataquès visuels que « Choke » aurait pu inspirer à Darren Aronofsky ou David O. Russell). Et puis il y a Sam Rockwell, ce Victor déphasé qui ressemble à un lit pas fait, une couche qui aurait accueilli trop d’ébats frénétiques. Entre le loup de Tex Avery et un Woody Allen white trash, ce mâle chétif, gaffeur en crise écrasé par la figure maternelle, offre à cet éternel second rôle sa meilleure partition.
Julien Welter
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ChokeDe Clark Gregg
(2008, USA, 1h32)
Avec Sam Rockwell, Anjelica Huston, Kelly McDonald, Bijou Phillips…
Piazza Grande Locarno 2008Sortie du 21 janvier 2009
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