Les ravisseurs, qui gagnent jusqu’à 8.000 euros par enfant, sont rarement arrêtés et les acheteurs rarement condamnés. Les victimes sont des travailleurs migrants, coupés de leurs familles dans des villes lointaines. Débordés de travail, pauvres, ils ont gardé les coutumes tranquilles de leurs villages et laissent leur enfant, toujours unique, jouer dans les rues et les cités dortoirs où ils s’entassent par milliers.
Un marché qui a pris racine dans la
politique de l’enfant unique, instaurée au tout début des années 80. A peu près acceptée dans les villes, cette grande réforme démographique n’est jamais passée dans les campagnes, où la descendance est la seule assurance-vieillesse. La descendance mâle, uniquement. Car en se mariant, les filles se donnent à leur belle-famille, tandis qu’un garçon assurera les vieux jours et entretiendra plus tard la mémoire et la sépulture des parents. Dans beaucoup de villages, une famille sans héritier est souvent ostracisée, méprisée par le voisinage. Alors, des paysans, en quête de main-d’œuvre, d’héritier mâle ou de conjoint pour leurs propres fils et filles, achètent des enfants.
Baoyan Zhang et son équipe ont créé une
plateforme internet : un réseau de plus de 50.000 bénévoles dans tout le pays. L’association Baby Come Home recherche 6.000 enfants dans toute la Chine. Elle recueille des informations et conseille les victimes. Des parents désespérés, qui laissent santé et économies dans la recherche de leur enfant volé. Aujourd’hui, Baby Come Home est même subventionnée par l’État.
En dehors d’Internet, unique espace de "liberté d’expression", pas question non plus de diffuser les images de l’enfant disparu. Toute manifestation, même la plus pacifique, est considérée comme un trouble à l’ordre public...