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20/04/04

Charles Darwin

Darwin et la science de l'évolution
de Thomas Weber

Si les théories scientifiques naissent de la réflexion individuelle ou collective, elles sont aussi le produit de la culture dans laquelle baigne cette réflexion. La théorie de l'évolution de Charles Darwin ne déroge pas à ce principe. Cet homme aura accompli le tour de force de remettre en question les grandes croyances de son temps et malgré cela, de parvenir à être fêté en héros à la fin de sa vie. Il faut dire qu'il comptait parmi les privilégiés de la société, qu'il incarnait les valeurs de son époque, et qu'il partageait les idéaux d'une classe naissante, celle des scientifiques professionnels. A la différence d'autres penseurs avant lui qui avaient échafaudé les théories de la métamorphose organique, Darwin n'était pas, sur le plan politique, social ou scientifique, un marginal qu'on pouvait ignorer impunément.


Né le 12 février 1809 dans une famille aisée à Shrewsbury dans le centre de l'Angleterre, Charles Darwin entame des études de médecine à Edimbourg. Il passe ensuite trois ans à l'Université de Cambridge, s'apprêtant à mener la vie paisible d'un pasteur de campagne anglican. Pendant ses études, il s'intéresse à la théologie, mais se passionne pour l'histoire naturelle et plus encore pour la géologie. Grâce à sa position sociale et à ses connaissances en sciences naturelles, il embarque en 1831 pour une expédition scientifique autour du monde sur le navire " Beagle ". A son retour, en octobre 1836, il investit rapidement les milieux scientifiques londoniens. Les données recueillies lors de son voyage, une somme, lui bâtissent une solide réputation.

L'analyse de toutes les données recueillies lors du périple confirme les doutes qu'il avait déjà en mer sur la stabilité des espèces. Dans les années qui suivent, il consigne ses réflexions dans un carnet. En l'espace de quelques mois, de l'été à l'automne 1838, il jette les bases de sa théorie sur la sélection naturelle : des individus variables sont en compétition pour l'accès aux ressources. Les plus forts transmettent leur patrimoine génétique à leur descendance, d'où une évolution constante de l'espèce. Pendant 20 ans, Darwin s'efforce de mettre à l'unisson sa théorie et les connaissances de l'époque en biologie. Conforté par la lecture d'un document d'Alfred Russel Wallace qui défend une théorie très semblable, il rend ses thèses publiques en 1859. Stratège et opiniâtre, Darwin affine sa théorie et l'étaie de nouvelles découvertes empiriques. Ce casanier qui ne quitte que rarement son domicile de Down devient un personnage public dans les deux dernières décennies de sa vie : il est à la fois scientifique infatigable, grand propriétaire victorien très actif dans la politique locale, habile gérant de ses biens personnels, père de famille dévoué. De même, une profonde amitié le lie tant avec le naturaliste américain Asa Gray, un croyant, qu'avec l'agnostique Thomas Henry Huxley.

Mettant l'accent sur l'individu et la compétition, fidèle aux grilles d'explication matérialistes, la théorie darwinienne trouve de larges échos dans la société victorienne. La classe moyenne montante y voit une caution de ses idéaux et une critique bienvenue de l'Eglise d'Etat qui cherche à imposer son pouvoir. Pour les conservateurs, cette théorie menace les fondements spirituels de l'Etat et de la société. Cependant, conservateurs et progressistes rendront un égal hommage au naturaliste lors de ses obsèques dans l'abbaye de Westminster en 1882. Dans les décennies qui ont suivi 1859, la théorie de l'évolution avait fini par passer dans les mœurs victoriennes en dépit de violentes résistances :


Les sujets de l'empire britannique avaient acquis la certitude qu'ils prenaient une part active dans la marche triomphante du monde vers la perfection.

Thomas Weber est assistant à l'Institut d'écologie animale de l'Université de Lund (Suède) et auteur.

Edité le : 20-04-04
Dernière mise à jour le : 20-04-04