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ARTE Journal - 09/05/12

"C'est un désastre pour la Grèce"

Les élections en Grèce viennent de compliquer encore plus la tâche du futur gouvernement. Les partis conservateur et socialiste qui soutenaient les politiques d'austérité se sont effondrés. L'extrême droite et l'extrême gauche sont les arbitres politiques du pays. Ira Feloukatzi journaliste grecque en poste à Paris fait le point sur cette situation inextricable.

Alexander Wolkers pour ARTE Journal: Comment voyez-vous le résultat des élections?

Ira Feloukatzi : „Le résultat est très confus et il n’y a pas de majorité qui se dégage. C’est un désastre pour un pays qui traverse une telle crise et qui est durement frappé, c’est un désastre que le pays se retrouve ingouvernable. Car selon les premiers indices que personne ne veut aller avec personne. On n’a alors deux scénarios qui sont tout le deux tout aussi catastrophique :

  • Le premier scénario serait un gouvernement minoritaire qui aurait besoin de la force parlementaire des autres partis pour gouverner et qui peut tomber à tout moment.


  • Le deuxième scénario serait de nouvelles élections au mois de juin. A ce moment-là il faut espérer que les grecs – ayant déjà vu le résultat de ces élections ci – peuvent avoir une autre logique que celle du mécontentement et du vote sanction et qu’ils mettent dans l’urne un bulletin qui favorise le consensus plutôt que la division.

Vous pensez qu’il est impossible que des partis s’entendent pour former une coalition ?

Ira Feloukatzi : Il y a déjà eu dans l’histoire de la Grèce des majorités introuvables et face à de telles impasses on a trouvé des compromis comme après la fin de la dictature en 1974. Mais aujourd’hui il y a de telles passions, un tel mécontentement… Le parti Syriza, qui est arrivé en deuxième position par exemple n’est pas un parti révolutionnaire, c’était plutôt un parti des intellectuels et des artistes, un parti plutôt modéré et moderne. Mais actuellement il porte le poids des électeurs qui sont contre le plan européen. Si accepte de négocier avec les conservateurs, il perdrait tout le potentiel qu’il a gagné. Par contre on peut imaginer que le parti communiste et le parti démocrate de gauche s’entendent à la longue avec Syriza, c’est une option possible. Mais il est trop tôt pour le dire, pour l’instant les positions sont assez raides.

La Grèce a besoin de 30 milliards d’euro jusqu’à la fin du mois de juin. Que ce passent-il s’il n’y a pas de gouvernement jusqu’à ce moment-là ?

Ira Feloukatzi : C’est vraiment une impasse. Il faudrait que l’Union Européenne fasse un geste. Tous les experts sont d’accords pour dire qu’il faut du temps pour accomplir des réformes qu’on demande à la Grèce. Il faudrait à ce moment-là que l’Europe se montre patiente est donne un peu de marge, comme elle sait le faire quand elle se retrouve dans une impasse.

Le parti néonazi « L’aube dorée» a fait un très bon score, comment jugez-vous cette évolution ?

Ira Feloukatzi : Cette politique de l’austérité demande beaucoup de sacrifices aux gens modestes et certains se réfugie dans la xénophobie, il rejette la faute sur les étrangers sur l’autre. Et il y a actuellement beaucoup d’immigrés en Grèce, la frontière avec la Turquie est vraiment une passoire. C’est donc une évolution conjoncturelle mais qui risque d’être durable. J’ai appris que « L’aube dorée » a refusé aujourd’hui à des journalistes l’accès à une conférence de presse qu’ils refusaient de faire le salut hitlérien ! Ce sont des événements dramatiques et inconcevables dans l’Europe moderne.

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Edité le : 07-05-12
Dernière mise à jour le : 09-05-12