(France, 2003, 1h05)
Synopsis : Un homme de nationalité française, dans sa quarantaine, entreprend un voyage par le train pour se rendre à Bologne, où il n’est pas venu depuis la fin des années 1970, quand il était encore adolescent. A l’époque, la ville était le théâtre d’une lutte politique qui s’est muée en combat armé. Revenu sur place, l’homme confronte les souvenirs de ses anciens amants qu’il n’a jamais revus, des lieux qu’il a fréquentés et dont l’architecture a irrémédiablement subi le passage du temps, ainsi que des évènements dramatiques et collectifs dont il a été le témoin.Critique : Produit à l’origine par l’atelier de création radiophonique de France Culture en tant que pièce sonore, « Bologna Centrale » est un projet à géométrie et forme variable dont Vincent Dieutre propose ici un équivalent cinématographique. Comme ses précédents essais (« Bonne Nouvelle », situé dans le IXe arrondissement de Paris ou « Rome désolée », tourné en partie en Italie), « Bologna Centrale » épouse la forme du journal filmé, qui est aussi un journal de bord, les considérations du cinéaste reposant également sur le principe du voyage géographique. Tourné avec une caméra Beta, le film surprend une ville dans la torpeur grise d’une morne saison, un fast-food accueillant désormais le voyageur à sa sortie de train, en lieu et place des agréables stéréotypes désignant les villes italiennes : pas de vespa vrombissante, pas de terrasse de café bruyante et pleine de couleurs. Les déconvenues du souvenir se font plus âpres lorsqu’elles se marient à un passé politique évanoui, à l’exception des séquelles terroristes, où aux fantômes qui ne cessent de peupler les considérations du cinéaste. Celles-ci, brèves et happées par un magnétophone, dans la logique d’une enquête radiophonique, sont restituées en l’état, associant la fragmentation aux trébuchements d’une investigation où il demeurera toujours des incertitudes béantes. L’impossible retour et le poids du passé, inséparables de toute l’œuvre de Vincent Dieutre, trouvent donc ici une forme pertinente, un entre-deux formel (travail sonore ou – et – visuel ? voire plus ?) qui incarne parfaitement les cicatrices et blessures d’une telle entreprise solitaire.
Julien Welter
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Bologna Centrale
Essai de Vincent Dieutre
(France, 2003, 1h05)
Sortie du 26 mai 2004






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