Taille du texte: + -
Accueil > Mouvements de cinéma > Actualité Cinéma > Actu cinéma du 07 juin 2006 > Bled Number One

Actualité Cinéma

Pour ceux qui aiment les macarons… (ou les costumes ou Michelle Pfeiffer)

Actualité Cinéma

Sortie du 7 juin 2006 - 12/06/06

Bled Number One

Un film de Rabah Ameur-Zaïmeche


Un film en perpétuelle gestation, à la découverte de l’Algérie d’aujourd’hui.

(France – Algérie, 2006, 1h42)

Avec Meriem Serbah, Abel Jafri, Rabah Ameur-Zaïmeche, Ramzi Bedia…

 

Interview avec Rabah Ameur-Zaïmeche

 

Synopsis : A peine sorti de prison, Kamel est expulsé de France vers son pays d’origine, l’Algérie. Cet exil forcé le contraint à observer avec lucidité un pays en pleine effervescence, tiraillé entre un désir de modernité et le poids des traditions ancestrales.

 

Critique : Silencieux, méditatif, en retrait même, le personnage de Kamel est interprété par le réalisateur Rabah Ameur-Zaïmeche avec la sensibilité à fleur de peau de celui qui a déjà eu l’occasion de se sentir comme un étranger chez lui, et dont le regard s’aiguise désormais au contact d’un Algérie quasiment inconnue. Signalée par un couvre-chef orange, sa silhouette atypique et burlesque se meut lentement dans les régions verdoyantes et montagneuses du nord-est du pays, vers l’appréhension de cette beauté propre à une nature mêlée de terreur et de prédation, pour ainsi dire équivalente à la société qui s’y est installée. Les rites festifs succèdent aux exactions des bandes armées intégristes, la fraternité chaleureuse à la violence domestique exacerbée et inégalitaire.

 

Avant de filmer l’Algérie à la manière d’un western, au travers de son aspect originel et mythologique, Rabah Ameur-Zaïmeche s’est consacré à une recherche documentée sur les structures sociales de l’Algérie, ses rites religieux, ancestraux et les principes d’une société patriarcale. Grâce à cette assise, il peut saisir l’espace et le paysage au fur et à mesure de ce qui se présente à lui, et jumeler cette démarche gestative aux joies et peines de Kamel qui lui surviennent de manière impromptue, quand l’ensemble parvient à s’avérer symptomatique de l’état d’esprit de toute une communauté. Mobile, le choix du support vidéo permet des prises souvent longues, occasionnant un travail sur des plans-séquences susceptible de laisser place à de belles fulgurances, comme ce moment saisi aux abords de l’épave d’un cargo échouée sur le sable.

 

Le cinéaste malaxe et concasse cette matière finalement très dense, pour se surprendre comme il nous surprend, dans la contemplation et l’inattendu. L’émerveillement et la gravité concourent à rendre, comme il le souligne : « un hommage à l’action difficile du peuple algérien, qui vit dans la souffrance et aspire à redécouvrir le sentiment fondamental de la liberté, pour rester digne face aux tragédies ». En transit, Kamel est tout à la fois là et déjà ailleurs, reflet d’un monde en mouvement et en danger, qui se nourrit de son histoire pour tenter de s’en libérer un peu. Son introversion élégiaque est merveilleusement bien rendue par l’apparition surprise du guitariste Rodolphe Burger, distillant son blues urbain, métallique, lancinant et dur au milieu des plaines accueillantes qui jouxtent le bled. Un entrechoc tactile et inventif, à l’image de ce film remarquablement surprenant et mûri.

 

Julien Welter

Edité le : 06-06-06
Dernière mise à jour le : 12-06-06