Synopsis : Marie-Catherine et sa sœur Anne apprennent le décès de leur père. Celui-ci était ruiné. Sans dot, elles connaissent la misère au point de se rendre chez le terrible Barbe Bleue qui s’est mis à la recherche d’une nouvelle épouse. L’ogre est précédé de sa réputation, mais il est très riche. Marie-Catherine deviendra la dernière femme de Barbe Bleue, celle qui ne rejoindra pas les femmes pendues qui l’ont précédée.
Critique : Catherine Breillat est connue pour se cacher les yeux avec ses mains lors du tournage des scènes qu’elle juge éprouvantes, mais qu’elle se plaît à additionner dans ses films. Le conte effrayant et concis de Perrault semble l’avoir attendu jusqu’à ce qu’elle le découvre, enfant, pour ne plus s’en séparer. On peut dire aujourd’hui de son adaptation de « Barbe bleue » qu’elle contient à elle seule toute l’œuvre de la cinéaste. Au lieu d’être gênée par un budget frugal, la réalisatrice en profite pour synthétiser toutes ses obsessions. Comme il en fut de son précédent téléfilm « Brève traversée » (2001), on découvre une fiction percutante, un récit minéral dont la brièveté et l’absence de toute ambiguïté font sa force et non sa limite.

La Barbe bleue
De Catherine Breillat
(2009, France, 1h20)
Avec Dominique Thomas, Lola Creton, Daphné Baïwir…

La chicheté des moyens joue effectivement en la faveur du projet, car elle peut faire sourire le spectateur qui, distrait, ne prend pas garde aux signes inquiétants dissimulés par les quelques tentures médiévales et les scènes de banquet distrayantes et artisanales. Sous les traits replets de Dominique Thomas, Barbe Bleue ressemble à une grosse femme sortie d’un bain turc. Son allure un peu grotesque trompe son monde, elle aussi n’est sciemment pas en accord avec l’épouvantable légende du châtelain. Sosie juvénile de Caroline Ducey, l’héroïne de « Romance » (1999), Lola Creton interprète quant à elle l’épouse adolescente que Barbe Bleue ne peut se résoudre à occire en raison de sa prétendue innocence et sa virginité. Toujours pernicieux des siècles après sa rédaction, le conte supplicie non seulement ses protagonistes, mais aussi les générations successives des lecteurs. Catherine Breillat ponctue son récit par les apparitions de deux enfants qui sont le reflet avoué de la propre jeunesse de la cinéaste et de sa sœur Marie-Hélène dans les années 1950. Là encore, on s’amuse à la découverte de ces petites soeurs désireuses de se plonger dans la lecture de l’œuvre de Perrault, alors que nous devrions savoir que pour elles le divertissement n’est pas sans risque. Nous serons pris à revers une nouvelle fois, effrayés et ravis comme il se doit.
Julien Welter
En un clin d'œil, consultez la notation des journalistes ARTE de tous les films en compétition.