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ARTE Journal - 01/05/12

Belarus : tour de vis supplémentaire sur internet

A partir d'aujourd'hui, tous les utilisateurs d'internet au Bélarus devront pouvoir être identifiés. S'ils accèdent à des sites basés à l'étranger, ils seront passibles d'une amende de près de 100 euros. C'est une atteinte supplémentaire à la liberté d'expression et d'opinion dans un pays où l'accès à l'information indépendante se réduit à une peau de chagrin.

Désormais chaque fournisseur d'accès internet doit déclarer ses clients et les services auxquels ils accèdent. Ces données seront communiquées au Centre opérationnel et analytique (OAC), contrôlé par le pouvoir, qui a le droit de les conserver pendant un an. De quoi inquiéter tous les habitués des cybercafés et leur propriétaire qui risquent au minimum une sanction financière de 96€.

UN RECENTRAGE DE LA NET ACTIVITé

Mais pour mettre la main mise sur l'activité de la toile au Bélarus, le président Loukachenko a frappé encore plus fort. Avec la loi adoptée le 25 novembre 2011 et qui rentre aujourd'hui en vigueur, les entreprises commerciales bélarusses qui souhaitent avoir une adresse internet devront s'enregistrer dans le pays. Elles auront alors un nom de domaine qui s'achèvera en .by. Jusqu'à présent, la grande tendance, chez elles, était de s'enregistrer en .com, .biz ou encore en Russie voisine avec un .ru. qui leur permettait de toucher plus de monde et d'avoir des coûts réduits.

Il subsiste encore des incertitudes quant à l'interprétation de cette loi, notamment sur l'identité de la personne qui sera sanctionnée. S'agira-t-il du fournisseur d'accès, du propriétaire du local pour un cybercafé ou du client? Quels sont les types de service que les fournisseurs d'accès vont devoir déclarer ?

CONTRôLE ET RéPRESSION

L'OAC apparaît en tout cas bel et bien comme un organe de censure amené à contrôler l'ensemble du contenu circulant sur internet dans le pays. Une manière de contrer l'opposition au régime en place qui utilise le net pour s'organiser, alors que la répression s'est encore intensifiée. Le 19 décembre dernier, 30 personnes ont été interpellées après avoir participé à une marche de protestation. Elles dénonçaient la mascarade d'élection présidentielle de décembre 2010. A l'époque une manifestation à Minsk rassemblant 50.000 citoyens, qui condamnaient des fraudes massives, avait été violemment réprimée par la police.

En surveillant l'accès aux sites basés à l'étranger et en dissuadant ses concitoyens de les fréquenter, Alexandre Loukachenko tente de verrouiller l'un des derniers espaces de liberté d'information au Bélarus. Un pays où plus aucune chaîne de télévision ou de radio indépendante n'existe. Mais, on l'a vu notamment lors du Printemps arabe, les cyber-résistants ne manquent pas d'imagination pour mener leur combat. Au Bélarus, ils ont du pain sur la planche.

Manuel Dantas - ARTE Journal
Sources: AFP, DPA

Edité le : 06-01-12
Dernière mise à jour le : 01-05-12