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Avril 07 - 27/04/07

Atsushi Kaneko

Road-movie déglingué aussi crétin que jubilatoire, Bambi est un manga atypique dégoulinant de sang, de ketchup et de rock’n’roll racontant les péripéties d’une bimbo écervelée, aux yeux de biche et cheveux roses qui ne boit pas, ne fume pas… mais qui flingue ! Mang’Arte a voulu en savoir plus sur son heureux géniteur, Atsushi Kaneko, le «Tarentino du manga ».

Mang'Arte : Pouvez-vous nous rappeler votre parcours et ce qui vous a conduit à devenir mangaka ?
Mon cas est assez particulier. Quand on est à l’université, on reçoit une «estimation» 1. Comme je n’en avais pas, je ne pouvais pas chercher un emploi. Je voulais travailler dans le cinéma mais à l’époque le monde cinématographique au Japon me paraissait ennuyeux et ne me correspondait pas. En même temps, j’aimais bien faire des illustrations et donc je me suis dit que j’allais faire des films à ma façon en passant par le dessin.
Mang'Arte : Comment avez-vous sauté le pas ?
J’ai commencé à faire du manga de façon autodidacte. J’ai envoyé une histoire pour un magazine qui s’appelait The Comic Spirit cherchant de nouveaux talents et j’ai remporté un prix pour ce concours.

Mang'Arte : Comment vous est venu l’idée de Bambi (IMHO) et de cette héroïne aux cheveux et au pistolet roses qui tue comme elle respire ?
Au départ, je cherchais à faire des histoires courtes les plus décalées possible du manga ordinaire. Comme je voulais que mes mangas se vendent un peu mieux, j’ai eu l’idée de faire une histoire longue tout en gardant une certaine liberté dans la structure du manga.
Mang'Arte : Dans Bambi, on sent un univers personnel très marqué par la culture rock. Cherchiez-vous à retranscrire l’énergie de cette musique dans votre BD ?
Mon idée était de faire une bande dessinée dans un esprit rock «garage». Pour ça, j’ai mis des éléments inspirés des films de série B, de science-fiction et tout ce qui relève de la culture «cheap».
Mang'Arte : Quelle serait la bande-son idéale pour lire votre manga ?
En fait, elle existe déjà ! Deux compilations sont sorties sur un label indépendant réunissant des groupes qui aiment le personnage et qui ont fait un morceau en son hommage.

Mang'Arte : C’est vous qui avez choisi les morceaux ?
Je n’ai rien choisi, j’ai juste fait le dessin des pochettes.

Mang'Arte : Vous pensez que ça correspond bien à votre univers graphique ?
Ce n’est pas à moi de dire ça. Ce que je peux dire, c’est que je me suis bien amusé à découvrir de quelle manière Bambi a pu inspirer ces artistes. [CD chez UK Project Records, ndr]

Mang'Arte : Dans Bambi, on ressent toute une influence occidentale, de Tarentino à Tank girl, l’héroïne destroy de Jamie Hewlett et Alan Martin…
Je ne m’intéresse pas vraiment aux comics ni à des choses comme Tank girl. Mon influence est plutôt cinématographique. J’aime beaucoup Tarentino même si je trouve que Bambi se rapproche davantage de Sam Raimi. 
Mang'Arte : A quel niveau ?
Dans Bambi, il y a beaucoup de scènes de violence ou de massacre mais c’est une violence excessive, tellement excessive, que ça met en avant le côté rigolo comme dans les films de Sam Raimi.

Mang'Arte : A-t-il été difficile de trouver un éditeur compte tenu de cette forte culture américaine ?
Non, car l’éditeur qui me laissait faire des histoires courtes avec une entière liberté était le même qui a édité Bambi.

Mang'Arte : Bambi a été publié dans Comic Beam. Quelle place occupe cette revue dans le marché de l’édition japonaise ? Est-elle dans la même veine que la revue AX.
Comic Beam se situe entre AX et les gros magazines populaires. Il ne met pas en avant le côté alternatif, mais il édite des mangas qu’on ne peut pas publier dans les grands magazines. L’esprit des deux magazines reste différent, AX est plutôt intello, Comic Beam est lui beaucoup plus con !

Mang'Arte : Chaque tome de Bambi est dominé par une couleur particulière. D’où vient cette idée ? 
C’est moi qui désirais cette colorisation.  Je voulais donner à Bambi un aspect «produit dérivé» pour me démarquer du manga classique. L’idée de couverture du tome 1 par exemple était de faire un flyer d’un groupe imaginaire de punk garage.

Mang'Arte : En 2005 avec Rampo Noir, vous êtes passé à la réalisation en signant une œuvre rendant hommage à l’écrivain japonais Edogawa Rampo. Comment vous êtes-vous retrouvé sur ce projet ?
C’est très simple. Le producteur de ce film aimait mes mangas. Comme c’est un film comportant quatre histoires, il m’a contacté pour que j’en réalise une.

Mang'Arte : En quoi vous sentez-vous proche de cet écrivain ?
Je ne sais pas si je suis vraiment proche de l’univers de Edogawa Rampo mais ses histoires sont dans le cœur de tous les Japonais, il fait partie de nos racines. Je dois avoir du sang de Edogawa Rampo en moi.

Mang'Arte : Edogawa Rampo a la réputation d’être inadaptable. Avez-vous éprouvé des difficultés à mettre en scène son univers ?
Je pense avoir réussi à faire ce que je voulais. C’était difficile mais intéressant et je me suis bien amusé !


Mang'Arte : Passer de la bande dessinée au cinéma a-t-il été si évident pour vous ?
Tout au départ, je voulais faire des films avant de faire du manga. C’est pour moi une continuation. Aujourd’hui, je souhaite garder le manga comme base de ma vie professionnelle tout en continuant à travailler dans le cinéma.

Mang'Arte : Ne vous sentez-vous pas tout de même plus libre dans le manga qu’au cinéma ?
C’est vrai qu’au cinéma, j’ai un peu moins de liberté car en filmant il faut respecter la créativité de chaque personne de l’équipe et il faut aimer le travail en groupe. Dans le manga, je peux faire ce que je veux mais le cinéma permet aussi d’avoir des surprises.

Mang'Arte : Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
Je fais une série qui s’appelle Soil et je prépare un long métrage de science-fiction… bizarre.

1. Au Japon, les étudiants commencent à chercher du travail plus d’un an avant la fin de leurs études. L’estimation délivrée par l’université est une attestation selon laquelle l’étudiant devrait sortir diplômé à l’issue de son cursus.

Propos recueillis par Nicolas Trespallé, janvier 07.
(Remerciements à Satoko Fujimoto)
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#28 - Avril 07
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Edité le : 25-04-07
Dernière mise à jour le : 27-04-07