Tourné en 1941, « Arsenic et vieilles dentelles » ne sort sur les écrans que deux ans plus tard. Par souci de rentabilité, la Warner attend la fin de la représentation de la pièce originale dont est tiré le film. Frank Capra avait choisi cette histoire de délicieuses dames âgées devenues empoisonneuses par charité en raison de la facilité avec laquelle il pourrait la porter à l’écran. Le film reste une expérience unique dans la carrière du réalisateur. Contrairement à des films tels « Mr. Smith » ou « L’homme de la rue », il n’y a pas deux niveaux de lecture mais bien un spectacle brut reposant sur les rouages diablement efficaces de la comédie à l’américaine. Profitant d’une interruption dans les représentations théâtrales, le tournage commence le 20 octobre et reprend en bonne partie le casting original de la pièce : Jean Adair et Josephine Hull campent les deux tantes et John Alexander incarne Teddy Brewster, l’homme au clairon. Raymond Massey est toutefois préféré à Boris Karloff pour le rôle de l’inquiétant Jonathan Brewster. Reste un clin d’œil appuyé qui court tout le long : l’allusion récurrente à la ressemblance du personnage avec Karloff. La pièce connaît par ailleurs quelques adaptations. Le rôle de Mortimer Brewster, tenu par Cary Grant, est étoffé et l’on multiplie les scènes qui mettent le personnage en présence de ses deux tantes. Les amateurs de détails remarqueront que l’acteur fait également face à son passé. Dans une scène tournée dans le cimetière, il se tient à côté d’une tombe où est inscrit Archie Leach, son véritable nom.
Un équilibre mystérieux
Si c’est bien avec le nom de Grant qu’il se fera une place à Hollywood, ce film contribua à faire de l’acteur l’incarnation même de la comédie à l’américaine. Dans ce film marqué par son jeu fiévreux, Cary Grant roule des yeux, multiplie les temps de réaction décalés et fait preuve d’un style expéditif au téléphone. Bien souvent sur le fil de la l’auto-caricature, sa performance conserve légèreté et spontanéité, un équilibre mystérieux qui résiste au temps. Par la suite, Grant devait pourtant se plaindre à de multiples reprises de la direction d’acteur de Capra, accusant celui-ci de l’avoir contraint à surjouer.
Durant le tournage, le réalisateur est appelé sous les drapeaux et le 7 décembre la guerre prend une autre tournure avec l’attaque de Pearl Harbor. Ce serait la dernière réalisation de Capra avant qu’il ne se lance dans sa saga « Pourquoi nous combattons », films de propagande relatant le combat des forces alliées. Le cinéaste qui a inventé le principe des « previews », séances organisées afin de recueillir les impressions du public, réserve une avant-première d’ « Arsenic et vieilles dentelles » aux forces armées américaines. Il s’agit de soutenir le moral des troupes dans le cadre d’une campagne. Envers cet effort de guerre, Cary Grant fait lui un geste sur le plan financier. Il reverse l’intégralité du salaire gagné avec cette comédie au Fonds d’assistance à l’effort de guerre ainsi qu’à la Croix-Rouge. Certains remettent en cause cette générosité, voyant là un procédé pour bénéficier d’un abattement fiscal sur des revenus déjà fortement taxés. La postérité se rappellera surtout que dans cette pièce, la performance du comédien ne manque pas de générosité.






Envoyer à un ami
RSS
Facebook
Twitter