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Cultures Electroniques

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Cultures Electroniques

22/04/04

Armageddon - Louis-Philippe Demers

Artiste


Jens Hauser: Vos robots sont des constructions plutôt abstraites qui évitent les formes anthropomorphes. Comment jouer une opérette avec de tels "personnages"?

L.-P. Demers: C'est la première fois que l'on me demande de construire des robots pour une pièce scénique. Et l'identification du public avec les personnages peut être assez difficile. Cela fait partie du challenge. Ces formes pures sur une scène pendant une heure et demi font écho de mon romantisme industriel et rappellent le théâtre du Bauhaus du début du sciècle dernier: la recherche d'un mouvement, d'une structure et d'une forme. J'aime l'idée que l'histoire soit racontée par un bout de métal, et d'éléver ces carcasses au rang de comédien au point que les spectateurs perçoivent une série d'émotions. Pour moi, une machine a une âme, car elle est le résultat de tellement d'énergie nécessaire à l'assembler que cela transcende l'objet lui-même. La machine a sa propre vie et sa manière d'être… mais cela est une conception plutôt japonaise, ce n'est pas très chretien. C'est donc aussi très ironique que la spiritualité soit ici racontée par des machines.

J.H.: C'est une pièce apocalyptique, et les constructions mécaniques paraîssent très martiales…

L.-P. Demers: Plus les robots sont conçus pour effectuer des mouvements d'aller-retour simples plus ils sont martiaux. Dans cette pièce, ce sont les anges. J'étais charmé par l'idée de ce chœur de douze anges, car j'aime fabriquer des quantités de robots identiques. Par contre, le robot d'Enoch est suspendu et fait des gestes très organiques, tandis que le robot de Dieu exigeait des formes plus complexes. Les machines créés par les hommes sont ou bien construites pour nous nourrir ou bien pour faire la guerre. La machine est à notre service, mais elle est aussi notre image. On l’a créée, elle nous ressemble donc beaucoup.

J.H.: Peut-on voir ces robots comme une réponse à une certaine technophobie grandissante qui résulterait de la peur que la technologie nous dépasse?

L.-P. Demers: Mon travail traite de la technophobie, mais je ne suis pas là non plus pour montrer des prouesses technologiques. Exalter l'intelligence artificielle ou des robots chiens qui font des pirouettes ne m'intéresse pas. Je préfère explorer des formes hyper-simples, car elles sont basées sur des siècles d'ancienneté. Elles comportent une mémoire de la forme qui nous est très proche.

Edité le : 22-04-04
Dernière mise à jour le : 22-04-04