G. Hourbette: Nous voulions décliner les antagonismes dans la parodie. L'opérette - en tant que genre -paraissait opposé à la fois à la technologie et aux thèmes comme l'Apocalypse. Nous avons souhaité faire une Vanité de notre temps, comme des tableaux au Moyen Âge où il y a toujours un crâne dans un coin qui nous rappelle que l'Homme n'est pas éternel. Après la disparition de l'Homme, en 200041 après l’invention du tourne-disque, s'il reste quelque chose des hommes ce ne sont pas leurs enfants organiques, mais leurs créations mécaniques. Le problème est que ces réalisations mécaniques ahannent péniblement depuis des siècles les mêmes scénarios catastrophe qu'ils ont inscrit dans leurs circuits imprimés. Les machines refont à l'infini une espèce d'opérette, comme si elles étaient devenues folles. Cela ressemble aux chanteurs du genre, je ne suis pas sûr qu'ils comprennent ce qu'ils disent, et le monde qu'ils dépeignent est ridicule. Il est plein de fureur, de tueries et de massacres – mais on ne sait pas ce que cela veut dire. Il est réligieux – et personne ne sait ce que cela veut dire.
J.H. : Pourquoi avoir choisi un texte religieux ancien comme argument?
G. Hourbette:Ce livre est réputé apocryphe, c'est à dire inauthentique. Nous basons notre spectacle sur un livre soit disant faux, qui raconte des choses fausses par rapport aux écritures reconnues par les différentes églises. Car ici, la faute originelle ne revient pas aux hommes, mais aux anges envoyés par Dieu, qui n'est d'ailleurs pas très sûr de lui et qui se rend compte que déclencher le déluge ne sert à rien, tellement le mal est desormais ancré dans la terre.
J.H. : Ce serait alors un pamphlet humoristique, à la fois contre la sacralisation de la technologie et contre la surévaluation de la réligion?
G. Hourbette: Dans notre pièce, l'histoire est basée sur ce texte du livre d'Enoch qui a été retrouvé dans la mémoire des robots, comme lors d'un recovering quand on vide un disque dur. On finit alors par retrouver des informations anciennes, comme les hommes retrouvent aujourd'hui des parchemins dans des cavernes du Proche Orient. Mais ici, la réligion n'est plus qu'une simple information issue d'une mémoire trafiquée, et, selon le filtre culturel, elle peut instruire ou devenir abêtissante, jusqu'à dresser des civilisations les unes contre les autres. Nous vivons une époque où les discours du genre "…ne touchez pas aux religions et aux croyances…il faut respecter la foi des gens" se multiplient, et nous avions envie de donner un coup de pied dans cette fourmilière. Sans prendre position. Je préfère les spectacles avec des propositions et des contre-propositions. Dans ces interstices entre ce qui est signifié par les textes et les images, la musique, qui elle est fondamentalement abstraite, s'insinue pour devenir l'âme qui manque aux machines, et au monde en général.
>> Le site officiel - Art Zoyd






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