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JOURNAL DE LA CULTURE - 12/02/07

Anne Wiazemsky

A ses débuts littéraires en 1988, tout le monde attendait Anne Wiazemsky au tournant. Celle qui s'avançait sous la couverture Blanche des éditions Gallimard a eu pour grand père François Mauriac et pour oncle Claude Mauriac. Elle a été mariée à Godard, a été actrice (chez lui et chez d'autres : Bresson, Pasolini, Garrel ou Téchiné). Mais son recueil de nouvelles "Des filles bien élevées" mit tout le monde d'accord. Une justesse et un naturel saisissant et une tristesse jamais mélancolique consacrait la naissance d'un écrivain. Par la suite, Wiazemsky a poursuivi son petit bonhomme de chemin en raflant de nombreux prix alors que le cinéma adapta certains de ses romans ("Hymnes à l'amour", devenu "Toutes ces belles promesses" par Jean Paul Civeyrac).
Elle revient aujourd'hui avec un roman, "Jeune fille". Le roman d'un été, 1965. Celui ou elle croisa l'un des plus grands metteurs en scène français, Robert Bresson. Il a 64 ans, elle 18, mais devint sa muse le temps d'un film : "Au Hasard Balthazar". Au programme : renoncemement à l'enfance et arrivée dans le monde adulte.

« Mes journées passées sur le tournage d'"Au Hasard Balthazar" comptent, encore aujourd'hui, parmi les plus heureuses de ma vie. Tout de suite je m'y suis sentie à ma place, chez moi, avec le sentiment exaltant d'avoir rencontré ma vraie famille, celle qui me permettrait enfin de m'épanouir, de devenir l'être rare que Robert Bresson croyait avoir discerné en moi. »

Anne Wiazemsky : "Depuis longtemps j'ai eu envie de faire un livre sur cette aventure que j'ai vécue avec lui et qui m'a toujours semblée extrêmement romanesque, mais je pensais écrire un récit de ça, et je ne pouvais pas le faire parce qu'il aurait fallu dire trop de choses [...] Je pourrais raconter cette histoire mais il faudrait considérer lui et moi comme deux personnages de roman, et de penser roman m'a autorisé à le faire, et m'a donné la liberté de réinventer cette histoire."

Avec pudeur et délicatesse, la mémoire d'Anne Wiasemsky devient romanesque. Insolente, la jeune fille prend conscience petit à petit, se sent vivre pendant cet été d'apprentissage, et s'extirpe de l'enfance. "Jeune fille" en interrogeant ce qui motive la création, est aussi l'histoire d'une passion et d'une fascination, aux frontières du désir. Conversations le soir sur le banc avec le réalisateur, anecdotes de tournage, le cinéaste possessif et jaloux tente d'apprivoiser son modèle.

« Il me suffisait de l'écouter et de faire ce qu'il me demandait, sans chercher à comprendre. Je devais m'en remettre à lui ; accepter de m'abandonner. Pour des raisons que je n'expliquerai jamais, cela me parvenait parfaitement. Mieux, j'éprouvais beaucoup de plaisir à lui obéir. J'entendrai souvent, par la suite, que c'était un exercice éprouvant, voire révoltant, et que beaucoup en avaient souffert. Ce ne fut jamais mon cas. »

Anne Wiazemsky : "Robert Bresson dit toujours à la jeune fille vous comprendrez plus tard. J'ai compris certaines choses, j'ai peut être certaines clés, mais à peine, à peine. Je crois que Robert Bresson est pour toujours un être profondément énigmatique."
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Le livre
"Jeune Fille" d'Anne Wiazemsky
aux éditions Gallimard
>> Extraits du livre ainsi qu'un entretien avec Anne Wiazemsky sur le site de Gallimard

DVD
"Au hasard Balthazar"
de Robert Bresson
Film suédois, français, 1h 36min, 1966
Avec Anne Wiazemsky, Francois Lafarge, Philippe Asselin
Par chez ARTE Editions
>> Lire notre critique
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Le Journal de la culture
Février 2007

Edité le : 12-02-07
Dernière mise à jour le : 12-02-07