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ARTE Journal - 25/05/12

Amnesty International : le rapport qui accuse

Le dernier rapport d'Amnesty International vient de paraître. Dans sa 50ème édition traitant de la situation des Droits de l'Homme dans le monde, l'ONG met l'accent sur les atrocités perpétrées en Syrie et l'impuissance de la communauté internationale à arrêter ces violences. Elle recense des cas de torture et de mauvais traitements dans 101 des 155 Etats observés. La liberté d'expression est soumise à différentes formes de restrictions dans 91 pays. Par ailleurs, Amnesty International lance un appel pour l'adoption d'un traité fort sur le commerce des armes.

2011, c'est l'année qui a vu fleurir les printemps arabes. Amnesty International y voit des signes d'espoir. "2011 était une année exceptionnelle", estime Wolfgang Grenz, le secrétaire général de la fédération allemande d'Amnesty, "parce que d'innombrables personnes, dans le monde entier, sont descendues dans la rue pour défendre leurs droits. Des manifestations planétaires, souvent inspirées par le printemps arabe, donnent de l'espoir de voir une amélioration de la situation des droits de l'homme." Toujours selon Grenz, "la chute des régimes en Tunisie, en Egypte et en Libye ont surtout montré une chose : les régimes qui foulent aux pieds les droits de leurs citoyens, ne peuvent se maintenir au pouvoir à long terme. Ces mouvements de protestation dans le monde entier montrent aussi que les droits de l'homme, en tant que valeurs universelles dépassant les frontières politiques et culturelles, sont profondément ancrées dans la conscience humaine."

Le Conseil de Sécurité visé pour la première fois
Toutefois, ces valeurs universelles sont loin d'être respectées par tous les pays. Et là, le constat se fait plus amer. En Syrie, notamment, le peuple n'est pas venu à bout de son dictateur. Et le Conseil de sécurité de l'ONU a sa part de responsabilité, selon Amnesty. Salil Shetty, Secrétaire général de l'organisation de défense des Droits de l'Homme, a sévèrement critiqué le Conseil de sécurité de l'ONU qui a montré ses faiblesses notamment dans sa gestion du printemps arabe. "Des peuples entiers se sont soulevés au risque de leur vie" constate Shetty au micro de l'agence de presse française. Face à ce courage civil, l'ONU a montré la faiblesse de ses dirigeants, "aussi bien sur le plan national qu'international". Dans le viseur de Shetty, la gestion de la crise en Syrie. Pour le Secrétaire général d'Amnesty, les membres du Conseil de sécurité ont clairement privilégié leurs propres intérêts politiques et économiques par rapport au respect de droits des peuples dont ils sont pourtant les garants. Amnesty critique plus particulièrement la position de la Chine et de la Russie. Deux Etats qui ont opposé à plusieurs reprises leur veto à une intervention du Conseil de sécurité. Mais le rapport d'Amnesty n'épargne pas non plus certains pays émergents comme l'Inde, le Brésil ou l'Afrique du Sud "coupables par leur silence". De plus, les déclarations de solidarité de l'ONU avec les manifestants dans les pays arabes "n'ont jamais été suivis de faits". La conclusion d'Amnesty international est pour le moins directe et élucidante : "le rôle de cette instance des Nations- Unies comme garant de la sécurité internationale semble de moins en moins crédible. Le Conseil ne semble en tout cas pas à la hauteur des défis du 21ème siècle".

L'Egypte sous surveillance
En Egypte, la transition après la chute de Hosni Moubarak est loin d'être satisfaisante, selon le rapport d'Amnesty International, qui épingle le Conseil suprême des forces armées. Les militaires égyptiens sont accusés de gouverner comme du temps de Hosni Moubarak. Même si dans un premier temps, après la révolution, des prisonniers politiques ont été libérés et des partis jusqu'alors interdits autorisés, l'armée et la police ont continué à faire un "usage excessif de la force" à l'encontre de manifestants. De nombreux témoins rapportent des cas de torture en prison. De plus, selon AI, plus de 12 000 civils ont été jugés en 2011 par des tribunaux militaires. Plus que durant les 30 ans du règne Moubarak ! Au début de l'année, des milliers de civils étaient encore en prison. Autre critique, la discrimination à l'égard des femmes. Bien qu'elles aient joué un rôle majeur dans la chute de Hosni Moubarak, les femmes continuent d'être discriminées. Ni le droit égyptien, ni la société n'ont évolué sur ce point.

L'Azerbaïdjan, l'Ukraine et la Russie sous le feu des projecteurs
A quelques jours du Concours eurovision qui doit se tenir cette année à Bakou, Amnesty International a exigé la libération immédiate de tous les prisonniers politiques. Le rapport d'AI dénonce ainsi la violation de nombreux droits fondamentaux en Azerbaïdjan, une ancienne république soviétique dirigée d'une main de fer par le président Ilham Aliyev. Le secrétaire général de la fédération allemande d'Amnesty, Wolfgang Grenz, propose d'utiliser le Concours eurovision pour faire pression sur le président Aliyev. Selon AI, 17 personnes au moins sont détenues dans les geôles azerbaïdjanaises pour des raisons politiques. Les manifestations sont systématiquement réprimées. Toute critique à l'égard du président peut entraîner des répressions et les avocats impliqués dans la défense des Droits de l'Homme doivent redouter des poursuites judiciaires ou des violences physiques, commente Wolfgang Grenz. L'Ukraine s'apprête aussi à accueillir un événement majeur, attirant vers le régime les regards du monde entier : l'Euro 2012 de foot. La torture et les sévices physiques ne sont toujours pas poursuivis par la loi en Ukraine et l'indépendance de la justice n'est pas garantie, malgré une réforme dans ce sens, constate AI. Dans son rapport annuel, Amnesty évoque les cas de l'ancienne premier ministre ukrainienne Ioulia Timochenko, accusée de malversations économiques supposées et en prison depuis l'automne 2011, ou encore des défenseurs des droits de l'homme Dmytro Groysman et Andrej Fedosov. Ce dernier a été agressé par des inconnus en août 2011 lors de ses recherches sur des cas de violations des droits de l'homme en Ukraine. La police locale n'a jamais donné suite à sa plainte. En Russie, des violations des droits de l'homme ont été régulièrement commises au cours de l'année 2011, parmi lesquelles des agressions de journalistes et défenseurs des Droits de l'Homme ainsi que la détention arbitraire de manifestants pacifiques. L'organisation internationale accuse les autorités russes de réduire au minimum les possibilités de manifester. De plus, AI pointe du doigt le "contrôle strict" des autorités sur les medias. Seul espace de liberté : internet, qui parvient encore à échapper à l'œil de Moscou.

La France et l'Allemagne n'ont pas été épargnées
Amnesty International rappelle qu'en France, les droits les plus élémentaires ne sont pas toujours respectés. En 2011, les deux tiers des demandeurs d'asile n'ont pas pu être pris en charge dans des centres d'accueils. La plupart d'entre eux se sont alors retrouvés à la rue. Pour AI, c'est une violation du droit français et du droit européen. Amnesty critique aussi les déclarations de l'ancien Ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, qui avait fait de l'expulsion des sans-papiers une priorité majeure et qui avait même fixé un "objectif historique" de 30 000 expulsions d'étrangers en 2011. AI estime également que les Roms sont toujours en butte à des discriminations en France, et constate que "des campements et des abris de fortune habités par des Roms ont été démantelés (...) lors d'opérations qui semblaient être des expulsions forcées ". Dans la grande majorité des cas, les Roms ont été renvoyés dans des pays des Balkans. Enfin, nos voisins allemands ont également été épinglés. Pour leurs politique envers les Roms, comme en France, tout comme leur comportement commercial quelque peu douteux. En 2011, Berlin a exporté plus d'armement que jamais, y compris vers des pays en proie à des soulèvements populaires notamment des chars Leopard utilisés par les dictateurs, en Libye, en Egypte ou en Arabie Saoudite pour réprimer les manifestations.

Situation encourageante aux Etats-Unis
En 2011, 43 hommes ont été exécutés par injection létale aux Etats-Unis, portant à 1277 le nombre d'exécutions depuis que les Etats-Unis ont rétabli la peine de mort en 1976. AI constate néanmoins que le mouvement abolitionniste progresse. En mars, l'Illinois a aboli la peine de mort, et le gouverneur de l'Oregon a imposé un moratoire. En avril dernier, c'est le Connecticut qui est devenu le 17ème Etat à renoncer à l'application de la peine capitale. Les Américains ont aussi été touchés par le nombre de condamnés qui, grâce aux tests ADN, ont été innocentés - 140 depuis 1973. Derniers cas qui suscite la polémique, celui de Troy Davis qui a été exécuté en septembre en Géorgie, "malgré de sérieux doutes sur la fiabilité de sa condamnation".

Boris Petzold pour ARTE Journal

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Edité le : 23-05-12
Dernière mise à jour le : 25-05-12