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ARTE Journal - 18/05/12

Allemagne : Merkel limoge un ministre

Il était pressenti comme le dauphin d'Angela Merkel. Respecté pour son intelligence et son sens de la stratégie, Norbert Röttgen, ministre de l'environnement dans le gouvernement conservateur à Berlin, vient pourtant de tomber. Trois jours seulement après le camouflet électoral subi par son parti dans le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (RNW), la chancelière a limogé jeudi son ancien protégé.

C'est la première fois en sept ans de mandat qu'Angela Merkel remercie un de ses ministres. Röttgen a mené la campagne en RNW, il paye ainsi la défaite cuisante de son parti. Il a été remplacé par le Secrétaire général du groupe parlementaire de la CDU au Bundestag, Peter Altmaier. Ce dernier sera donc chargé de reprendre le délicat dossier de la sortie du nucléaire. Pour la chancelière, la transition énergétique et la sortie du nucléaire en particulier sont des projets prioritaires de la coalition gouvernementale. Après la défaite électorale en RNW, Röttgen ne dispose plus, selon elle, de l'autorité nécessaire pour accompagner ce projet.

Des réactions entre incompréhension et indignation

Pour le président du Bundestag Robert Lammert, la décision d'Angela Merkel est regrettable pour Röttgen, pour le ministère de l'environnement et pour la CDU. Pour Lammert, Norbert Röttgen a fait le bon choix en démissionnant de son poste de président de la fédération régionale de la CDU en RNW au lendemain d'un scrutin désastreux pour la CDU dans ce Land (recul de neuf points à 26,3%). Son départ permettait en effet à la CDU de prendre un nouveau départ dans ce Land.
Réaction d'incompréhension aussi du président du groupe parlementaire de la CDU en RNW, Karl-Josef Laumann. "Je ne comprend pas comment on a pu remercier Norbert Röttgen, celui qu'on considérait jusqu'à dimanche soir 18h00 comme l'excellent ministre de l'environnement qu'il était", constatait Laumann.
Selon Wolfgang Bosbach (CDU), un proche du ministre limogé, Röttgen était très affecté par ce désaveu d'Angela Merkel. Commentaire personnel de Bosbach concernant cette décision: "Quand un homme est à terre il n'est pas vraiment nécessaire de lui marcher dessus."
Josef Göppel, médiateur pour la CDU à la Commission pour l'environnement au Bundestag, s'est lâché lui aussi au micro de l'agence de presse allemande dpa : "On ne devrait pas traiter les gens de cette manière dans un parti avec un grand "C" pour Chrétien".

Un sacrifice pour plaire aux chrétien-démocrates bavarois ?

Selon des sources internes de la coalition gouvernementale à Berlin, Norbert Röttgen aurait refusé de démissionner de son poste ministériel. Il avait au contraire prévu de rester présent et actif sur le plan de la politique nationale. La chancelière en a décidé autrement en prenant l'initiative de le démettre de ses fonctions à l'issue de plusieurs entretiens avec lui. Une décision pour le moins expéditive qui aurait fait suite selon certains observateurs aux attaques particulièrement dures du patron de la CSU Horst Seehofer contre Norbert Röttgen. Seehofer avait en effet remis en question les compétences de Röttgen pour la fonction ministérielle. Commentaire laconique de Seehofer après l'annonce du limogeage du ministre : "Après tout ce que la chancelière m'a dit, il y avait urgence."

Pour l'opposition, c'est le début de la fin de la coalition conservateurs/libéraux à Berlin

Pour les sociaux-démocrates (SPD), le limogeage de Röttgen est un sacrifice politique. Une manœuvre de Merkel pour échapper aux critiques après la débâcle de son parti dans le Land le plus peuplé d'Allemagne. "Le renvoi de son ancien protégé est un signe de faiblesse", estime le chef du groupe parlementaire social-démocrate au Bundestag Thomas Oppermann. Pour la secrétaire générale du SPD Andrea Nahles, ce limogeage est "une autre preuve de l'état de déliquescence du gouvernement Merkel". Même son de cloche de la part des chefs du groupe parlementaire des Verts Renate Künast et Jürgen Trittin. Ils estiment que le gouvernement de coalition est à bout, incapable de gérer les thèmes politiques centraux! Pour eux, qualifier de "nouveau départ" la nomination de Peter Altmaier à la tête du ministère chargé de piloter la transition énergétique, est "une mauvaise blague". Quant au ministre-président du Bade-Wurtemberg, Winfried Kretschman (Les Verts), il regrette le départ de Röttgen. Un homme apprécié, même par l'opposition, pour sa volonté de coopération notamment dans le délicat dossier du stockage de déchets nucléaires. 

Boris Petzold pour ARTE Journal (traduction : Michel Klepper)


Edité le : 17-05-12
Dernière mise à jour le : 18-05-12