Le secteur primaire ne représente que 1,8 % du Produit intérieur brut autrichien. Mais « les paysans » (Bauern) d’hier et « agriculteurs » (Landwirte) d’aujourd’hui constituent la principale base électorale pour l'Österreichische Volkspartei (ÖVP, chrétiens-démocrates). Quand il est né, au début du XXe siècle, le parti chrétien-démocrate était d'ailleurs un mouvement catholique paysan. Or, l ÖVP a participé à toutes les coalitions de gouvernement de l’après-guerre, avec une seule interruption, de 1970 à 1986.
L’importance de la future politique agricole de l’UE dans les négociations pour la période 2014-2020 ira de pair avec la politique régionale que l’Union voudrait mettre en œuvre au cours de la même période. D’autant plus que le commissaire en charge de la politique régionale de l’UE est désormais l’ancien ministre de l’Éducation autrichien Johannes Hahn. Cette politique est surtout connue dans le petit pays alpin à travers les fonds structurels, dont l’Autriche percevra 1,46 milliards entre 2007-2013. Ces fonds ont servi à créer des Euro-régions au succès incontestable, notamment dans les zones frontalières avec les anciens pays du bloc soviétique : la région composée du nord de la Basse-Autriche et du sud de la Moravie (République tchèque) a vu tomber les barrières à la circulation des personnes et des marchandises bien avant l’entrée en vigueur de l'espace Schengen fin 2007.
Vienne et la capitale de la Slovaquie, Bratislava, forment une « région capitale » européenne qui facilite au quotidien les déplacements des habitants, en subventionnant fortement les transports en commun. Enfin, les villes de part et d’autre de la frontière austro-hongroise participent à des échanges réguliers entre écoliers, étudiants et chercheurs.
Malheureusement, l’impact positif de cette politique n’est pas perçu par tout le monde. L’extrême droite, représentée par le BZÖ (Coalition pour le futur de l’Autriche) et la FPÖ (Parti libéral autrichien), a réussi à rafler près de 30 % des votes aux dernières élections législatives (et 25 % aux dernières européennes) avec une campagne principalement tournée vers des ennemis communs : Bruxelles, l’élargissement vers l’Est « raté », une politique régionale « favorisant la mobilité des délinquants » et une PAC « qui détruit les petits entrepreneurs ». Et ils ont été relayés dans leurs critiques par les principaux journaux tabloïds, très lus en Autriche, qui publient presque quotidiennement de nouvelles statistiques sur « Bruxelles, la ville des lobbyistes de la finance » ou « la contribution de l’Autriche au budget communautaire qui a doublé ». Face à ces critiques populistes, les partis traditionnels peinent à réagir. Dans ce sens, des sorties comme celle, récemment, du ministre des Finances (et vice-chancelier) Josef Pröll en faveur d'une PAC « réduite, à visage humain » et d’ un impôt sur les revenus des grandes banques pour financer le futur budget restent une exception.
Cependant, les grands acteurs de la société en Autriche ont bien conscience, peut-être plus qu’ailleurs, que les questions soulevées par les négociations budgétaires de 2014-2020 seront avant tout des questions d’ordre politique.
Alexander Knetig
POUR ALLER PLUS LOIN
- Interview du vice-chancelier et ministre des Finances Josef Pröll sur un impôt bancaire européen, dans kurier.at
- Article de fond sur la nomination du nouveau commissaire européen aux Régions, Johannes Hahn, dans derstandard.at
- Un exemple réussi de coopération régionale : l’Autriche-Hongrie (dans sa version de 2010)
- Vers le cofinancement national et supranational de la PAC ?






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