« Je ne disposais que de ce temps précis … »
Fassbinder a été l’un des réalisateurs les plus féconds et les plus créatifs de sa génération. Lorsqu’il tire sa révérence le 10 juin 1982, dix jours après avoir fêté ses 36 ans, personne ne doute que le cinéma allemand vient de subir une immense perte. Aujourd’hui, c’est une certitude : même 30 ans après cette mort prématurée, aucun cinéaste allemand n’est capable de parler avec une telle intensité, une telle obstination, du monde dans lequel il vit. En perdant Fassbinder, le cinéma allemand a perdu la plus vitale de ses sources créatives.
Né le 31 mai1945, la même année que Wim Wenders, il appartient à la génération des Werner Herzog, Volker Schlöndorff et Alexander Kluge. S’il a pu être plus tard taxé d’« agent provocateur » par les acteurs culturels d’outre-Rhin, il a d’abord été considéré comme l’enfant prodige du Nouveau Cinéma allemand. Talent éclectique, il ne s’est pas contenté d’écrire les scénarios et de diriger la réalisation de ses films, il s’est aussi chargé des décors, des prises de vue et du montage, et il a lui-même joué dans beaucoup de ses œuvres.
De 1969 à 1982, cet autodidacte aura tourné plus d’une quarantaine de films de cinéma et de téléfilms, ainsi que trois courts métrages. Après avoir vainement tenté de s’inscrire dans diverses écoles d’art dramatique, il a fondé son propre ensemble, dans l’intention de faire naître « un malaise dans les établissements de la bourgeoisie » : c’est l’antithéâtre. Nombreux furent les acteurs à accompagner Fassbinder tout au long de sa carrière, ce qui leur valut une belle notoriété. Ce fut notamment le cas de sa muse Hanna Schygulla.
Influencé par la Nouvelle Vague, par les films de gangsters du cinéma américain, mais surtout par les mélodrames hollywoodiens de Douglas Sirk, Fassbinder est l’auteur d’un grand nombre d’œuvres devenues aujourd’hui des classiques du cinéma d’auteur d’outre-Rhin. Il y raconte en d’innombrables variations la vraie vie confrontée aux faux-semblants, la nostalgie d’un havre des sentiments loin de l’univers marchand, le désir de transgresser les règles du système.
ARTE diffuse huit de ses longs métrages les plus connus, deux de ses courts métrages, ainsi que deux documentaires consacrés à ce cinéaste hors pair :





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