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ARTE Journal - 27/03/13

Les petits libraires doivent s'adapter pour survivre

En ce début de printemps, le livre est à l’honneur sur les deux rives du Rhin. Le «Salon du livre » de Paris vient tout juste d'ouvrir alors que la foire du livre de Leipzig a fermé ses portes le 17 mars avec un nombre record de plus de 200 000 visiteurs. En France comme en Allemagne, un sujet est au coeur de toutes les discussions : la crise des librairies. Les petites librairies doivent impérativement s’adapter et faire preuve de créativité si elles veulent assurer leur existence. Car aujourd’hui les clients ne se contentent plus d’acheter simplement un livre. Pour qu’ils poussent la porte d’une librairie, il faut qu’on leur propose un vrai « plus » par rapport à l’achat en ligne. Les petits éditeurs aussi doivent se renouveler en permanence s’ils veulent que leurs titres se distinguent de la masse des autres. Les petites librairies indépendantes de France et d’Allemagne ont découvert des stratégies équivalentes : elles se regroupent pour être présentes sur Internet. Leurs clients ont ainsi le choix : ils commandent directement sur Internet ou bien ils vont chez leur libraire de confiance.

Nous nous sommes rendus proche de la frontière franco-allemande pour comprendre comment libraires et éditeurs se sont adaptés aux desiderata de leurs clients et aux dernières évolutions de la technologie. Car c’est bien connu, chaque crise offre aussi de nouvelles perspectives.

Thomas Bader – Le pain bénit de la spécialisation
Thomas Bader, un libraire de Fribourg-en Brisgau, a posé dès la fin des années 70 les jalons qui déterminent son succès actuel.
"Nous nous sommes spécialisés uniquement dans la littérature de qualité, les oeuvres philosophiques et judaïques, les livres d’art et les livres anciens. Cette formule a fait notre succès jusqu’à aujourd’hui. Le fait que nous soyons installés dans la ville universitaire de Fribourg y a bien sûr contribué."
Dans sa librairie règne une ambiance de sérieux, à laquelle Thomas Bader attache une grande importance. Les clients doivent se sentir comme chez eux: "Nous voulons qu’ils soient comme dans une bibliothèque privée où tout serait à vendre".
Mais à l’époque du commerce en ligne, ce concept, bien que couronné de succès, n’est plus pensable sans des partenaires sur la même longueur d’onde. « Zum Wetzstein », la librairie de Bader est donc membre depuis 2009 d’une association qui s’appelle « 5 Plus ». Elle regroupe cinq librairies indépendantes, toutes attachées à la plus grande qualité.



Roth – De multiples talents ancrés dans la tradition
Barbara Roth représente la quatrième génération qui se succède à la tête de la librairie familiale « Roth » à Offenbourg. Depuis 116 ans, cette librairie a toujours réussi à offrir à sa clientèle un large éventail de titres. Pour que cela puisse continuer à l’époque de la numérisation généralisée, Roth et son équipe de 13 personnes sont là pour répondre à toutes les demandes : « Notre savoir-faire va du livre imprimé jusqu’au livre électronique », déclare Roth.
Selon Barbara Roth, sa librairie doit être prestataire de services les plus divers: "Les clients qui ont acheté une liseuse électronique dans le commerce viennent aussi nous voir pour obtenir des conseils compétents".
Certes le numérique s’empare de tous les domaines, mais la libraire ne ménage pas son énergie pour que les nouvelles générations aient elles aussi accès à la „fascination du livre“. Elle met par exemple à la disposition de quelques classes d’Offenbourg une valise de livres, et cela gratuitement. Pour Barbara Roth, le livre imprimé continue à incarner une grande espérance de solidarité: "Un livre , on peut le toucher, le feuilleter et surtout le regarder ensemble."

Undine Löhfelm – Une amoureuse des livres sans dogmatisme
Undine Löhfelm occupe une position d’observatrice extérieure. Elle dirige les programmes d’un éditeur de Fribourg, « Orange Press-Verlag ». Avec l’aide de quatre collaborateurs, elle s’occupe d’ouvrages spécialisés de grande qualité, tant du point de vue éditorial que de celui du contenu. Le chiffre d’affaires de son employeur dépend très souvent des titres qu’elle a programmés au cours d’une saison. Mais elle est aussi très sensible aux états d’âme du milieu du livre.
"Il suffit de feuilleter les publications professionnelles pour se rendre compte à quel point le nombre de librairies a diminué ces dernières années. Et les rapports de nos représentants ne font que confirmer cette tendance."
Malgré la crise, Löhfelm essaye de résister autant que possible aux lois du marché. "Nous nous attachons à travailler avec des librairies qui font de vrais choix et ne se contentent pas de commander en fonction des listes de bestsellers". Mais elle n’est pas d’accord pour monter les uns contre les autres les petites librairies et les gros commerces en ligne:
"Pour nous, ce n’est pas si simple de se passer d’Amazon : beaucoup de petits éditeurs s’en servent comme vitrine de leur existence grâce à la résonnance énorme de ce site en ligne."
Son jugement est également nuancé en ce qui concerne le développement du livre électronique ces dernières années : "Face à ces nouveaux outils, il faut se garder de tout dogmatisme. Cette diversité doit au contraire nous stimuler. Pour une petite maison d’édition comme la nôtre, il faut être présent partout sur Internet, même si c’est parfois lourd financièrement parlant."
Iris Hartl et Nikolaï Morawitz pour ARTE Journal

Edité le : 22-03-13
Dernière mise à jour le : 27-03-13