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Un magazine de Claire Doutriaux

Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

> Emission du 27 mai 2012 > le tableau : Louis XIV de H. Rigaud

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Karambolage 269 - 27/05/12

le tableau : Louis XIV de H. Rigaud

Jeanne Desto nous propose maintenant de regarder ensemble un tableau très célèbre en France et très emblématique de la France.

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Regardez ce dessin tout droit sorti des aventures d’Astérix, ou encore cette publicité de France Télécom, mais surtout ces caricatures : on reconnaît ici le général de Gaulle, François Mitterrand, Nicolas Sarkozy, c’est encore lui… Bon, immédiatement, quiconque voit ces détournements sait qu’il est ici fait allusion au tableau du plus illustre des rois de France, Louis XIV, le Roi Soleil, peint par Hyacinthe Rigaud en 1701. Le tableau se trouve à Paris, au musée du Louvre. En 1701, Hyacinthe Rigaud (1659-1743), dont voici un autoportrait, est un très célèbre portraitiste. Il est submergé de commandes : il n’est d’écrivain (Jean de la Fontaine), d’architecte (Jules Hardouin Mansart), de banquier (Jebach Eberhard), de Maréchal de France (Anne Jules de Noailles), de ministre (Philibert Orry), d’homme d’église (Bossuet), de princesse (Marie-Anne de Bourbon, princesse de Conti), qui ne veuille son portrait par Hyacinthe Rigaud. On rapporte que ses portraits ressemblent à s’y méprendre au modèle.

En 1700, Louis XIV nomme son petit-fils roi d’Espagne bien que celui-ci n’ait que 17 ans. Mais avant que celui qui va donc devenir Philippe V d’Espagne ne quitte la France, le Roi commande son portrait à Hyacinthe Rigaud. Et en échange, le nouveau roi d’Espagne demande à son grand-père de bien vouloir faire, lui aussi, exécuter son portrait par Rigaud. Il veut avoir en Espagne un souvenir de son illustre aïeul. Hyacinthe Rigaud s’attelle à la tâche. Madame de Maintenon, la favorite du roi, écrit : "Voici deux après-dinées que je reviens de Saint-Cyr pour obliger le Roi à se faire peindre. La goutte est venue à notre secours. Sans elle nous ne l’aurions pas tenu trois ou quatre heure". Un an plus tard, le portrait est terminé. On l’expose dans le grand appartement de Versailles : La cour se pâme d’admiration : jamais on ne vit portrait plus majestueux et plus digne de représenter l’éclat de la France ! D’ailleurs les admirateurs n’ont pas le droit de lui tourner le dos. Le portrait plait tellement au Roi qu’il veut le garder à Versailles, il commande donc une copie à Rigaud pour l’expédier en Espagne. En fait 3 portraits sont officiellement signés de la main de Rigaud : celui du château de Versailles, celui du château de Chantilly, et celui du Louvre. L’atelier de Rigaud produira un grand nombre de copies pour les cours européennes ou les officines royales de Province, un peu comme on trouve aujourd’hui le portrait du président de la République française dans toutes les administrations.

Voyons maintenant de plus près ce portrait qui va devenir l’archétype du portrait royal, le symbole de la monarchie absolue. Nous avons choisi le tableau exposé au Louvre dont le cadre, déjà, avec sa couronne et ses fleurs de lys, nous indique solennellement l’importance du sujet représenté. Le tableau mesure 2,77 m de hauteur sur 1,94 m de largeur. Alors, le décor : Regardez ce dais pourpre, symbole de la richesse et du pouvoir qui met en scène le portrait de façon quasi théâtrale, la colonne de marbre qui confère, elle aussi, grandeur et majesté ; et voici au centre, nous regardant de haut, plus grand que nature, Louis XIV en tenue de grand sacre : le manteau royal, éclatant, attire le regard. Il est en velours bleu azur, brodé de fleurs de lys d’or, emblème de la royauté française, et doublé de fourrure d’hermine, ce petit mammifère dont le pelage passe du brun l’été au blanc l’hiver. Même tissu pour le trône royal et pour le tabouret sur lequel repose majestueusement la couronne du roi. Enfin, l’homme : Louis XIV, déjà âgé de 63 ans. Il a demandé à Rigaud de faire un portrait ressemblant et non pas embelli. Il apparaît d’une calme assurance, sûr de son pouvoir mais sans arrogance. Il est habillé en homme de la cour : perruque, jabot et manches en dentelles, hauts de chausse en soie, bas de soie maintenus par des jarretières, et souliers à talons hauts rouges et boucles de diamant. Ses jambes, étonnamment jeunes, rappellent que le Roi était un excellent danseur.

Bien sûr, aucun élément du pouvoir royal ne manque à cette mise en scène : Ni la couronne, on l’a vue, ni le sceptre qui montre que le roi est seul à prendre les décisions ; ni l’épée, en l’occurrence l’épée de Charlemagne appelée "Joyeuse", qui indique que le roi est le protecteur de l’Église et du royaume, ni la main de la justice puisque la justice est rendue au nom du roi, ni la grande croix du Saint-Esprit et la colombe en son centre qui rappellent que ce pouvoir, le roi le détient directement de Dieu. Voici rassemblés tous les éléments de la monarchie absolue qui concentre tous les pouvoirs dans la personne du Roi, un roi de droit divin. Eh oui, Hyacinthe Rigaud a offert à la France le portrait qu’elle voulait voir d’elle-même en ce tout début du 18ème siècle : la magnificence absolue. D’ailleurs, on ne voit plus que le symbole et on oublierait presque que la peinture en elle-même est d’un équilibre parfait, à la fois ample et précise. Le tableau fait mouche, devient dans toute l’Europe LE modèle du portrait royal. Quant à Hyacinthe Rigaud, il survit au Roi et réitère l’exercice avec l’arrière petit-fils et successeur de Louis XIV, Louis XV, qui devient roi, lui, à l’âge de cinq ans, comme on le voit ici peint par Rigaud en 1715, puis six ans plus tard en 1721 et enfin en 1730.

Mais sachez-le, chers amis allemands, le tableau qui reste définitivement ancré dans notre conscience, à nous, les Français, celui dans lequel nous aimons à nous reconnaître, c’est ce portrait de Louis XIV et s’il vous plaît, on ne se moque pas…

Texte : Jeanne Desto
Image : cd & Claude Delafosse


Edité le : 25-05-12
Dernière mise à jour le : 05-06-12