Paul Poet
D’emblée, cette subculture m’a fasciné, avec les communautés libres, les micronations, ce monde alternatif où règne une folie douce. J’admire la volonté de saboter une structure mondiale en fondant tout simplement un Etat.
Il était une fois un fermier australien qui refusait de remplir les quotas de production de blé. Il découvre alors qu’en vertu de la convention de Montevideo signée en 1933, tout citoyen peut fonder un Etat, à condition d’avoir des terres, un gouvernement, des citoyens, et des relations avec d’autres gouvernements. Le fermier s’autoproclame sans plus attendre « His Royal Highness Prince Leonard » et fonde la « Principality of Hutt River » dont les territoires s’étendent sur les 75 kilomètres carrés de son exploitation agricole.
A Copenhague, il existe aussi une micronation, la commune libre de Christiania créée en 1971. Christiania prône une société basée sur l’autogouvernement. Récemment, elle était menacée par des projets immobiliers, mais des associations citoyennes se sont battues et ont eu le dernier mot. S’indigner, revendiquer et résister, c’est dans l’air du temps. Le documentaire « Empire me » arrive donc à point nommé.
Paul Poet
Au début, quand j’ai présenté ce projet de film, on m’a rit au nez. Ils ont dit, voilà M. Poet à nouveau lancé dans l’apologie de quelques illuminés. C’est alors qu’est arrivée la première crise financière, avec ses signes précurseurs en 2009, et plus personne ne savait quoi faire. Mais ce qu’il y a de drôle dans l’histoire, c’est que j’ai subitement obtenu mon financement.
Huit ans et trente visas plus tard, Paul Poet a enfin pu boucler son documentaire. Sur son passeport figure, entre autres, un tampon aux armes de la principauté de Sealand. Cette ancienne base navale britannique au large du Suffolk abrite le plus grand nombre de serveurs illicites au monde. Un bémol : le film « Empire Me » ne révèle pas ce qui se passe à Sealand, et ne thématise d’ailleurs pas les pratiques frauduleuses et la corruption d’autres micronations.
Paul Poet
Il n’est pas dans mes intentions d’imposer à quiconque ces recettes de bonheur. Je veux seulement comprendre ce qui pousse des gens dans cette voie, et je veux permettre au public aussi de comprendre. Si j’avais suivi une démarche classique de journaliste, j’aurai dénoncé des agissements de sectes, une économie parallèle, des dessous-de-table, etc. Mais ce n’est pas mon propos. J’ai besoin de montrer l’utopie incarnée. Faire ce genre de film, c’est pour moi le seul moyen de capter cet état d’esprit.
Si le réalisateur s’était montré plus critique, s’il avait posé quelques questions dérangeantes, son film ne s’en serait pas porté plus mal. Car la plupart des projets qu’il présente ne sont pas très très catholiques.
Cela dit, de l’utopie à la folie, il n’y a qu’un pas. Que franchit allègrement le documentaire « Empire Me : New Worlds Are Happening ! »






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