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ARTE Journal - 24/04/12

Malgré les couacs, l'UE lève les sanctions

L'Union européenne a annoncé la suspension de presque toutes ses sanctions visant la Birmanie pour saluer et encourager l'élan démocratique observé depuis la dissolution de la junte et confirmé par le bon déroulement des élections du 1er avril dernier. Mais dans le même temps, l'opposante Aung San Suu Kyi a boudé hier la session d'ouverture du parlement birman, où elle vient d'être élue députée. Une décision qui jette une ombre sur les réformes en cours.

Après avoir été assignée à résidence et interdite de parole pendant des années, après avoir durement gagné son retour sur la scène politique et combattu pour se voir confier un mandat de députée, pourquoi diable Aung San Suu Kyi refuse-t-elle de siéger ? Pour protester évidemment. La prix Nobel de la paix et les autres nouveaux députés de son parti refusent de prêter serment, car ce serment contient la promesse de « sauvegarder » la Constitution de 2008. Or c'est précisément cette Constitution arrogeant d'immenses pouvoirs aux militaires qu'Aung San Suu Kyi veut réformer. C'est le premier signe de discorde entre l'opposition et le gouvernement depuis le scrutin historique d'avril. Avant d'y participer, l'opposante avait d'ailleurs obtenu de faire réviser les lois électorales pour qu'il soit autorisé de discuter publiquement de la Constitution, mais le serment des députés, inscrit dans le texte, n'avait pas été modifié. Son parti, la LND, première force d'opposition depuis les élections partielles du 1er avril, a déposé des requêtes, notamment auprès du président, pour faire remplacer le mot de "sauvegarder" par celui de "respecter" dans ce serment, en vain jusqu'à présent. Interrogé lundi sur cette situation, le président Thein Sein a simplement noté qu'il voulait "accueillir" l'opposante au parlement, mais que c'était à elle de décider si elle voulait ou non y siéger. Quant aux éventuels changements de la Constitution, le président a répondu: "ce sera décidé par le souhait du peuple, les opinions du peuple".

L'UE lève les sanctions

Ce premier couac politique ne semble pas remettre en cause les progrès récents. Les ministres européens des Affaires étrangères réunis lundi à Luxembourg ont ainsi suspendu pour un an leurs sanctions politiques et économiques, à l'exception de l'embargo sur les armes, "afin de saluer et d'encourager le processus de réformes". Le nouveau gouvernement qui a succédé à la junte en mars 2011 a notamment encouragé le retour d'Aung San Suu Kyi au cœur du jeu politique officiel, libéré des centaines de prisonniers politiques et entamé des discussions avec les groupes rebelles des minorités ethniques. Le président Thein Sein, en déplacement au Japon, a assuré lundi que le processus de démocratisation continuerait. Il n'y aura "pas de revirement", a-t-il déclaré aux journalistes. La LND a de son côté salué la suspension des sanctions européennes, jugeant la décision "importante pour l'économie" birmane. Pour maintenir la pression, l'UE se réserve néanmoins le droit revoir sa position à tout moment. "Des progrès importants ont été réalisés en Birmanie, mais nous restons très inquiets au sujet des conflits et des violations de droits de l'Homme dans quelques zones ethniques de la Birmanie", a souligné le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague.

Ban Ki Moon attendu à Rangoun

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a annoncé lundi qu'il se rendrait à la fin de la semaine en Birmanie pour une visite de trois jours incluant une rencontre avec le président Thein Sein et l'opposante Aung San Suu Kyi. Il a estimé que la Birmanie se trouvait à un "moment crucial dans sa transition" et qu'il fallait que la communauté internationale se tienne "à ses côtés" car, a-t-il ajouté, "ce nouveau départ est fragile". Il a salué la décision de l'Union européenne de suspendre les sanctions contre le Birmanie. Interrogé sur le refus d'Aung San Suu Kyi de prêter le serment de "sauvegarder" la Constitution de 2008, ce qui l'empêche d'occuper son siège au parlement, il a exprimé l'espoir que le pouvoir et l'opposante "trouveront une solution harmonieuse à ce problème".

D. Wanner pour ARTE Journal

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Damien Wanner, envoyé spécial d'ARTE Journal, a profité de la visite du Ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, pour rendre compte des changements actuels en Birmanie. Notre dossier




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Edité le : 24-04-12
Dernière mise à jour le : 24-04-12