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20/10/11

Artistes de guerre - Théâtres de conflits - Tracks

Un reportage de Gabrielle Culand

De Kaboul au Kurdistan irakien, la terreur les inspire. Les artistes de guerre montent au front.

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Émeric Lhuisset

Il se considère comme un artiste de guerre, une activité à haut risque qui exige un entraînement musclé.

Il décroche son diplôme des Beaux-Arts de Paris, fait l'acteur dans des sitcoms puis part pour un trip de 6 mois à travers l'Europe et l'Asie. Il en revient accro au bout du monde.

Pour sa dernière escapade, il met les voiles direction l'Irak.
Sa mission: rencontrer les soldats du Komala, un groupe de combattants kurdes marxistes-léninistes opposés au régime iranien. Sous le commandement d'Emeric, les soldats vont se transformer en modèle.

Emeric veut reproduire en photo des tableaux patriotiques de la seconde moitié du XIXème siècle. Comme par exemple "Les Dernières Cartouches" d'Alphonse de Neuville, , réalisé en 1873, où en pleine guerre franco prussienne, cernés par l'ennemi, les soldats de la division bleue livrent leur dernier combat. Une série de photos qu'il a intitulée "Théâtre de Conflit".

Emeric Lhuisset : La différence entre la photographie et la peinture, c'est que la photographie, on a l'impression d'être face au réel, alors que dans la peinture, clairement on est dans une théâtralisation, dans une mise en scène. Alors qu'en fin de compte dans la photographie on est aussi dans une théâtralisation et dans une mise en scène dans la plus part des images. Donc ici, l'idée c'est de montrer cette théâtralisation, cette mise en scène.


Si Emeric a choisi le Komala pour sa série photo c'est que depuis deux ans les soldats ont abandonné le combat. Après 30 ans de lutte armée contre le régime iranien, la guerre se joue désormais sur le terrain médiatique. Régulièrement, le camp accueille des journalistes pour les sensibiliser à leur cause. Le Komala a aussi crée sa propre télévision sur le câble. Les programmes de la chaîne passent en boucle les exploits passés des soldats et cultivent le mythe du peshmerga, ce soldat kurde qui littéralement fait face à la mort. En mettant en scène leur combat, le Komala espère s'attirer le soutien financier de la diaspora iranienne.

Emeric Lhuisset s'inspire des conflits pour créer ses œuvres. Lors de son séjour en Israël, il conçoit ces kippas en keffieh, le foulard emblématique des Palestiniens. Une coiffe qu'il vend à la frontière israélo-palestinienne. En Afghanistan, il imagine un kit de chaise longue à monter sur des kalachnikovs, pour le repos des moudjahidines. Et il demande à un combattant de poser avec une fausse arme recouverte de broderie.

Aman Mojadidi

Évoluer en terrain miné, c'est sa spécialité. Né aux Etats Unis en Floride de parents afghans, à 19 ans, il part rejoindre les moudjahidines à la bataille de Jalalabad. Après l'invasion américaine, en 2001, Aman s'installe à Kaboul, la capitale afghane et suit des études en anthropologie. Diplômé d'un master, il travaille dans le secteur de l'éducation pour une ONG avant de se lancer dans l'art contemporain.


Dans cette performance, Aman joue les bons samaritains : il a décidé de rembourser des automobilistes qui ont été contraints de verser des pots de vins à la police. Aidé par son ami réalisateur Walied Osman et un vrai policier débauché pour l'occasion, il a même mis en place un faux check point.
Quand Aman ne joue pas les Robin des bois, il se met dans la peau des méchants. En 2010, il réalise sa série de photos : "Djihad Bling Bling" où il pose en gangster islamiste. Des clichés exposés l'année dernière à Paris au SLICK, dans l'espace de la galerie Nikki Diana Marquardt.

Aman Mojadidi : En Afghanistan, il y a ces djihads, ces seigneurs de la guerre. Ils font étalage de leurs exploits guerriers, de manière aussi ostentatoire qu'à l'Ouest certains sortent leurs bijoux bling-bling. C'est une marque de standing, ça dit: "J'ai combattu, donc je mérite tout ça." En créant ce personnage de gangster djihad, ça me permet d'en savoir plus sur l'état d'esprit des gangsters et aussi de comprendre comment l'idéologie du gangster est à la fois liée à un contexte local et dans le même temps pertinent au niveau mondial.

Aman Mojadidi n'a pas pu présenter ses photos "Bling Bling Djihad" en Afghanistan. Jamais à court de cartouche, il décide alors de créer des affiches à l'occasion des élections parlementaires afghanes de 2011 où il est écrit : "Votez pour moi, je suis riche et j'ai fait le djihad". Placardées dans les rues de Kaboul, ces affiches proposent aux passants de mettre le "djihadiste" de leur choix à la place de sa tête.

  • GOODBYE HOMELAND / Adieu Patrie, Exposition d’AMAN MOJADIDI à la Galerie Nikki Diana Marquardt du 25 octobre au 1er novembre 2011 (9 place des Vosges Paris 4ème)

Alain Declercq

Dans son œil de mire : le monopole de la violence détenu par les Etats. Avec le film "Mike" réalisé par l'artiste français en 2005, le spectateur a l'impression d'assister aux repérages d'un personnage énigmatique en train de préparer un sale coup. Son objectif: dénoncer la paranoïa qui règne depuis les attentats du 11 septembre. Un an plus tard, l'artiste est pris à son propre piège: la brigade anti-terroriste française déboule à son domicile convaincue qu'il travaille pour d'Al Quaida. Pas de quoi faire rendre les armes à Alain Declercq!

Alain Declercq : J'étais sur écoute téléphonique depuis des mois, et ils avaient pris mes billets d'avion, mes déplacements, enfin tout un faisceau d'indices comme ça, qu'ils essayaient de recouper pour construire une identité, mais qui était loin de la mienne. Mais en tout cas qui avait une forme de crédibilité. Et ça, c'est la partie disons positive de l'évènement, parce que sur le moment, c'était très très dur à vivre. Mais ensuite avec le recul, c'est quelque chose qui... c'est peut-être un peu naïf ce que je dis là, mais en tout cas ça m'est apparu clairement que la réalité se nourrissait de la fiction! La dernière phrase qu'a prononcée une des femmes flic de la perquise, c'était... En gros, elle disait : "Vous verrez, un jour, ça vous rendra service ce qu'on vient de faire là."

Dans une performance intitulée "Instinct de Mort", l'artiste invite le policier qui a éliminé le gangster Mesrine à viser dans le mille. Alain dégaine à son tour pour tirer le portrait de l'administration Bush. Cette année, le Centre Pompidou lui commande un tableau, et pan, il dessine un paysage représentant la frontière explosive séparant le Pakistan de L'inde.


Alain Declercq : Je viens d'une famille, où on parle pas beaucoup, mais par contre la guerre c'était un vrai sujet de conversation. Mon grand-père a fait plusieurs camps et il a fini en camp de concentration et ma grand-mère... Il se trouve que ma famille maternelle habitait à Moulin dans l'Allier, et l'Allier était juste la zone frontalière entre la zone libre et la zone occupée, et donc elle faisait des... elle transitait principalement du courrier et de la nourriture pour la résistance et elle s'est faîte arrêter aussi donc elle a fait quand même pas mal de mois de prison dans des conditions assez dures. Donc, c'est quelque chose qui a nourri mon enfance quand même, c'est-à-dire le rapport à l'autorité, à la résistance d'une manière générale.


Cadreurs : Gabrielle Culand et Thierry Gautier
Ingénieurs du son : Gabrielle Culand et Marc Parazon

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mardi, 25 octobre 2011 à 05:00
Pas de rediffusion
(France, 2011, 52mn)
ARTE F

Edité le : 05-10-11
Dernière mise à jour le : 20-10-11