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22/04/04

L'histoire du Cambodge

Du déclin de la civilisation khmère au protectorat français

Le royaume d’Angkor (800-1431 apr. J.-C.) est un des grands jalons de la civilisation humaine. Il a laissé à la postérité ses témoins de pierre, les temples d’Angkor comptant parmi les plus beaux édifices sacrés au monde.

Le déclin de la légendaire civilisation khmère est insidieux. Au 13e siècle, les Khmers se tournent vers le bouddhisme. La stricte hiérarchie sociale instaurée par les anciens rois-dieux vacille, le système de la corvée tend à disparaître. Comme les champs ne sont plus cultivés, la riziculture périclite, et partant, l’économie tout entière.

Les Chams, un peuple originaire de l’actuel Viêtnam, occupent et pillent Angkor entre 1177 et 1201 apr. J.-C. Cependant, les Khmers reconquièrent la cité royale. Au 14e siècle, ils essuient les attaques incessantes des Siams.


Les Siams finissent par occuper Angkor en 1431 et y installent un roi vassal qui est lui-même un Khmer. Bassac, une ville à l’est du Mékong, devient la capitale. A partir de cette époque, les Khmers doivent repousser tour à tour les assauts des Siams et des Vietnamiens. Au 16e siècle, la capitale est transférée à Lovêk. Les Siams renversent le roi et conquièrent la province Siem Reap (Angkor). Les troubles persistent à cette période.

Au 16e siècle, des aventuriers espagnols et portugais sillonnent le pays. Au 17e siècle, le pays reste soumis à l’influence siamoise ; des Vietnamiens du peuple des Ngyuen envahissent eux aussi le pays en 1673. Udong est alors la capitale du royaume instable et affaibli des Khmers.


L’époque du protectorat français

En 1863, le Cambodge devient protectorat français, après la conquête du Viêtnam par les Français. Cela ne change pas grand-chose pour la population, mais l’élite locale doit désormais se soumettre au commandement français.

En 1877, le gouvernement du protectorat impose au roi Norodom Ier une série de réformes, dont l’abolition de l’esclavage. Le bouddhisme, adopté par le peuple des Khmers dès le 13e siècle, reste la religion dominante.

Ce sont pendant les années de l’entre-deux-guerres que les Cambodgiens développent pour la première fois une conscience nationale. Au début, ils n’éprouvent pratiquement pas de sentiments anti-français, leur grogne visant plutôt les fonctionnaires vietnamiens travaillant pour l’administration française. Dans les années 1930, les Français tentent, sans succès, d’imposer aux paysans cambodgiens le travail salarié dans les plantations. Ils font alors venir des ouvriers du Viêtnam et de Chine. Comme les Français n’ont pas instauré de système éducatif digne de ce nom, le peuple cambodgien reste assez inculte.

En 1941, 8000 Japonais occupent le pays. Ils forment une troupe d’occupation contre laquelle le gouvernement affaibli de Vichy ne peut plus vraiment s’opposer.

Un mouvement anti-colonialiste se forme à cette époque autour du cercle des éditeurs bouddhistes du magazine Nagara Vatta. Mais ce mouvement est écrasé. En 1941, les Français placent sur le trône Norodom Sihanouk, alors âgé de 19 ans. Le 9 mars 1945, le Japon s’empare du pouvoir en Indochine.


L’indépendance du Cambodge
Avec le soutien des Japonais, le roi Sihanouk proclame, le 13 mars, l’indépendance du Cambodge. Le pays est rebaptisé Kampuchéa démocratique. Le Japon capitule en 1945 et le Cambodge revient à la France.

En 1946, Sihanouk accepte l’adhésion du Cambodge à l’Union française. La France déclare officiellement l’autonomie du Cambodge, et en 1946, la tenue d’élections générales est décidée. Trois partis se présentent, tous trois conduits par des princes cambodgiens. Une guérilla, Khmer Issarak (les Khmers libres), voit le jour à cette époque.

Ses membres campent dans les territoires occupés du nord de la Thaïlande qui seront restitués la même année au Cambodge.

Lors des élections, le parti démocratique de Sisivath Yuthevong affronte le parti libéral du prince Norodom Norindeth. Norindeth souhaite maintenir les liens étroits avec la France, tandis que Yuthevong préfère que son pays se démocratise et accède à l’indépendance complète. Yuthevong gagne les élections et devient chef du gouvernement. Le pays se dote d’une constitution qui confère tous les pouvoirs à l’Assemblée nationale. Sihanouk désapprouve ce processus. L’année suivante, Yuthevong meurt de la tuberculose.

En 1949, la France déclare l’indépendance du Cambodge au sein de l’Union française.


La naissance de la guérilla

En 1950, des groupuscules de révolutionnaires khmers fondent le Front Uni Issarak. Ils forment une guérilla marxiste. Loin de leur patrie, à Paris, est fondé un cercle communiste au sein duquel sont représentés les futurs dirigeants khmers Khieu Sampan, Saloth Sar (le futur Pol Pot) et Ieng Sary.

En 1951, le parti démocratique gagne une nouvelle fois les élections. Mais Sihanouk dissout le gouvernement et prend le pouvoir, dans un pays secoué par les troubles. L’année suivante, il décrète l’état d’urgence.

Le 9 novembre 1953, le pays devient totalement indépendant de la France. En 1954 se tient la conférence d’Indochine. En 1955, Sihanouk renonce à son titre de roi au profit de son père Suramarit, pour pouvoir diriger plus efficacement le pays comme Premier ministre. Avide de pouvoir, il crée une union des partis politiques et propage le « Socialisme bouddhiste ». Ses opposants perdent leur emploi, sont jetés en prison ou intimidés. Le Sangkum Reastr Niyum de Sihanouk rafle tous les sièges de l’assemblée nationale. Les autres partis politiques ont, de fait, disparu. Dès 1958, Sihanouk cherche à se rapprocher de la Chine pour des raisons tactiques.

Entre-temps, les Américains font la guerre au Viêtnam. Sihanouk parvient jusqu’en 1970 à épargner au Cambodge les affres de la guerre. Un nouveau parti cambodgien révolutionnaire est fondé en 1960. Saloth Sar (Pol Pot), Khieu Sampan et Ieng Sary en sont membres. Saloth Sar, qui sera tristement célèbre sous le nom de Pol Pot, fuit dans la jungle. Khieu Sampan et d’autres membres du parti ouvrier cambodgien s’étaient déjà réfugiés dans la forêt vierge. Ces combattants formeront les Khmers rouges dans le maquis communiste. IIs s’allient aux Vietcongs dans le « Bureau 100 », un camp mobile dans la jungle.


Bombardements américains sur le Cambodge

Dès lors que les Vietcongs avancent avec leurs troupes en terre cambodgienne, le pays devient la cible des bombes américaines. A partir de 1969, les Américains bombardent avec leurs B 52 les repaires de la guérilla vietnamienne au Cambodge. En 1970, Sihanouk est renversé par le Général Lon Nol avec l’aide des Américains. L’armée américaine bombarde à nouveau le pays entre avril et juin 1970. La plupart du temps, ce ne sont pas les Vietcongs, mais la population civile cambodgienne qui est touchée.

En 1970, le général Lon Nol renverse le Prince par un coup d’Etat et proclame la République. Chen Heng devient président. En 1972, le maréchal Lon Nol est élu président de la République à vie. Le gouvernement est corrompu et faible.

Les Khmers rouges s’organisent dans la jungle. En 1973, leur pouvoir s’est déjà considérablement étendu sous le commandement de Saloth Sar alias Pol Pot. Enfants et adolescents sont éloignés de leurs familles, des coopératives sont créées, et les bouddhistes subissent la répression.

Les Américains bombardent le pays sans aucun égard pour la population. Cette attitude est caractéristique la politique de Nixon et de Kissinger en Indochine. Les bombes continueront de pleuvoir jusqu’en 1973. Une partie de la population déracinée rejoint la guérilla.


Le régime de terreur des Khmers rouges

En 1975, les Khmers rouges parviennent à prendre la ville de Pnom Penh. Le gouvernement de Lon Nol est renversé et Pnom Penh vidée de sa population. Des centaines de milliers de personnes sont sauvagement exécutées parce qu’elles sont soupçonnées, à tort ou à raison, d’avoir soutenu l’ancien gouvernement. Les Khmers rouges détestent surtout les intellectuels. Des mois avant leur exécution, un grand nombre de victimes sont torturées pendant des « interrogatoires ». Le centre de torture « S 21 » à Phnom Penh a une sinistre réputation. Pour économiser les munitions, les condamnés sont battus à mort dans les camps. Des centaines de milliers de Cambodgiens enrôlés dans les brigades du travail périssent aussi dans des conditions épouvantables. Ils sont directement enterrés dans les champs, les « Killing Fields » ou champs de mort. Les dirigeants des Khmers rouges, Khieu Samphan, Ieng Sary, et Saloth Sar (Pol Pot) qui tire les ficelles dans l’ombre, embrigadent la plupart du temps des jeunes dont ils font des révolutionnaires fanatiques.

Le 13 mai 1975, Pol Pot devient officiellement Premier ministre du Cambodge. Les purges qu’il opère au sein de son propre parti, le PCK, déclenchent de nouveaux exodes massifs. Les Vietnamiens tentent de libérer les Cambodgiens du régime de terreur qui leur est imposé par leur propre peuple. Phnom Penh est prise en 1979. Les partisans de Pol Pot s’enfuient. Sihanouk est relâché par les Khmers rouges peu de temps avant l’invasion vietnamienne. Le gouvernement de Pol Pot conserve son siège à l’ONU. Les fidèles de Pol-Pot ne sont pas destitués de leur pouvoir. Le chaos continue de régner sur le pays. Le Khmer rouge Khieu Samphan devient officiellement chef d’Etat.


Un pays aspire au retour à la normalité

Hun Sen est nommé Premier ministre en 1985. Les troupes vietnamiennes se retirent du Cambodge en 1989. Dans les années 1990, le Cambodge tente de retourner lentement à la normalité. En 1992, le pays est placé sous le contrôle de l’Apronuc (Autorité provisoire des Nations Unies au Cambodge). Le prince Sihanouk redevient chef d’Etat en 1991. Des élections ont lieu en mai 1993, le pouvoir exécutif est partagé entre le FUNCINPEC (Front uni pour un Cambodge indépendant, neutre, pacifique et coopératif), mené par le Prince Ranariddh, fils de Sihanouk, et Hun Sen. La monarchie constitutionnelle est rétablie en septembre 1993, Norodom Sihanouk redevient roi, Norodom Ranariddh Premier ministre et Hun Sen second Premier ministre. Toutefois, une politique de réconciliation nationale est lancée à partir de 1998.

Vu de l’extérieur, il est difficile de comprendre l’attitude du Cambodge face à son passé. Pendant des années, les criminels du régime de terreur ont pleine liberté de mouvement dans le pays. Pol Pot est condamné en 1997 à la réclusion à perpétuité, mais décède dès 1998 des suites d’une longue maladie. La situation finit par s’apaiser dans le pays. En 2004, le Cambodge est un Etat paysan, pauvre et aux difficultés rupture d’approvisionnement. 61 % des Cambodgiens sont analphabètes. Une mortalité néo-natale, très importante, de 12 % et une espérance de vie limitée à 57 ans sont les conséquences d’une situation médicale catastrophique. Depuis quelques années, le pays s’ouvre au tourisme occidental pour accéder à de nouvelles sources de revenus.

Sources : entre autres, Karl Heinz Golzio: Geschichte Kambodschas, Munich 2003

Edité le : 22-04-04
Dernière mise à jour le : 22-04-04