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Tracks fait le tour des sons et des cultures qui dépassent les bornes, tous les samedis à partir de 23h.

> Tracks du 2 juin 2011 > Paul McCarthy

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07/06/11

Paul McCarthy - Dieu du stade anal - Tracks

Un reportage de France Swimberge

Ne vous fiez pas aux apparences ! Derrière ses allures de nain de jardin, cet homme est dangereux.

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Depuis cinquante ans, le subversif Paul McCarthy souille dans des performances gargantuesques le bon goût et les bien-pensants.

Doté d'un pif hors du commun, l'artiste américain sait appuyer où ça fait mal.

Paul Mc Carthy : C’est plus difficile d’être subversif aujourd’hui. Évoquer certains questionnements, certains problèmes, est plus difficile qu’avant. Mais justement le fait que ce soit plus difficile signifie que les problématiques sont encore plus importantes et qu’il faut donc en parler. J’ai pas réponse à tout mais en tant qu’artiste, c’est mon rôle d’évoquer ces problématiques.



Baldwin Park, une zone industrielle en Californie abrite le QG de Paul McCarthy. Dans son atelier, avec l’aide d’une vingtaine de personnes, il crée sans relâche ses sculptures monumentales, vidéos et mises en scènes, entre burlesque et effroi.

Pour McCarthy, l'ennemi a de grandes oreilles et un short court : c'est Mickey et son créateur Walt Disney. D'un coup de palette magique, l'artiste transforme le monde merveilleux en jardin des enfers interdit aux mineurs. Popeye et Olive sont défigurés, les gentils ours et les lapins se livrent à une partie de jambes en l'air, Pinocchio fait des trucs cochons. Sous le masque, McCarthy lui-même, se lâche.

Paul Mc Carthy : Disneyland m’intéresse à plein de niveaux. D’abord parce que c’est un monde artificiel en vase clos, un monde faussement parfait et fermé. Les gens partent en vacances à Disneyland, comme s’ils allaient dans un autre pays, et même comme s’ils quittaient la Terre et partaient vers une autre réalité. Une réalité habitée par des extra-terrestres qui sont Donald et Mickey. Ce côté paradis artificiel m’a toujours intéressé. Et puis il y a aussi la disposition de Disneyland : c’est encerclé de montagnes et de collines, il faut passer par une porte pour y entrer et ces collines le séparent du reste du monde.



Les mondes clos, Paul McCarthy en fait l’expérience dès son plus jeune âge : né en 45 à Salt Lake City, il grandit dans l’Utah, dans l’Ouest des États-Unis. Très conservateur, cet état vit au rythme des Mormons : fondateurs de la ville un siècle plus tôt et convaincus d'être sous la direction de Jésus-Christ.

Diplômé en art à l’University of Southern California, il se prend comme cobbaye dans ses perfomances où son corps fait office de pinceau et ses propres fluides servent de gouache. Autre péché mignon : le ketchup. En 76, McCarthy présente l'un de ses premiers happening à des étudiants médusés de l'Université de San Diego. Gavé comme une oie de sauce tomate puis de crème hydratante pour les mains, l'artiste de 29 ans s'enfonce la tête d'une poupée barbie dans le derrière. Bilan : indigestion et blessures devant un parterre de chaises vides.



Plus c'est gros, mieux ça marche. Les provocations de McCarthy lui ouvrent les portes des plus grands musées, de la Tate Modern à Londres au Musée Guggenheim de Bilbao. En 2008, la structure gonflable "Complex Shit", "le caca complexe" exposé en Suisse fait même la une des faits-divers. L'étron de 15 mètres de long s'envole et s'écrase dans un jardin d'enfants. Pour une fois, McCarthy n'y est pour rien. L'année dernière, l'artiste exposait à Los Angeles ses corps accidentés et ses visages enfantins carbonisés. Une fois de plus, Paul n'y est pas allé avec le dos de la truelle.

Paul Mc Carthy : Ce sont des images de l'horreur inextinguible à laquelle les humains font face. C'est surtout une horreur dont les humains font l'expérience en dehors de l'Occident industrialisé. Mais en même temps, cette horreur existe aussi ici. L'horreur à laquelle les enfants des classes moyennes ou supérieures sont confrontés est une réalité virtuelle qui produit des images d'horreur ou y contribue. C'est très difficile de s'échapper de ce conditionnement par la fausse réalité.

Pour sa dernière pièce monumentale, McCarthy a passé cinq ans à régler cette mécanique bien huilée. Cette fois, c'est l'ancien président Georges W Bush qui passe à la casserole.



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mardi, 7 juin 2011 à 05:00
Pas de rediffusion
(France, 2011, 52mn)
ARTE F

Edité le : Thu May 26 12:00:00 CEST 2011
Dernière mise à jour le : Tue Jun 07 16:40:50 CEST 2011