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Contre-attaque - Quand l'art prend l'économie pour cible

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Contre-attaque - Quand l'art prend l'économie pour cible

"Contre-attaque - Quand l'art prend l'économie pour cible" - 20/04/11

L'artiste Michael Landy

Depuis 2001, l’année de son très spectaculaire « Break Down », le Britannique Michael Landy est considéré comme l’un des rares artistes capables de révéler les règles tacites et les besoins inconscients qui font la stabilité et l’inertie de notre économie capitaliste.

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Pour l’art, il détruit tout ce qu’il possède dans une expérience radicale dont il est lui-même l’objet (il suspend ensuite sa création artistique pendant deux ans), une « performance » qui fait apparaître la relation cachée entre l’individu, la propriété et l’identité. Qui sommes-nous une fois privés de nos possessions, des objets qui matérialisent notre identité ?
Né en 1963, Michael Landy fait partie de la génération des « Young British Artists ». A la différence de ses condisciples, qui utilisent délibérément le choc comme forme de présentation et de commercialisation, lui exprime sa radicalité non pas dans la surface d’une œuvre, mais dans l’action qui la fait naître, sorte de transgression ultime.

Landy ne se limite pas à questionner le souhait d’amasser des biens matériels, que la société de consommation et avec elle le marché de l’art mettent au centre de toutes les convoitises, il revisite avec son expérience la relation entre identité et propriété.
Pour lui, la destruction a toujours été au cœur du processus créatif. Au milieu des années 90, il fait nettoyer, pour le compte d’une société fictive de nettoyage appelée « Scrapheap Services », la Chisenhale Gallery, puis la Tate Gallery, dont le sol est jonché de papiers découpés. Pendant deux ans, il avait récupéré des sacs poubelles usagés, des boîtes en fer blanc, des emballages de fast-food et des paquets de cigarettes pour y découper des figurines qu’il avait ensuite fait balayer et jeter aux ordures par des équipes de nettoyage affublées de combinaisons écarlates grotesques.

En 2010, il lance à Londres un appel à jeter dans une énorme « poubelle artistique » des centaines d’œuvres d’art lors d’une opération dénommée « Art Bin », autre happening de l’enfant terrible d’outre-Manche. L’art contemporain, un vulgaire déchet ? Une manière aussi d’inviter les milieux artistiques à davantage d’autocritique, une contribution sans affect mais très affichée au discours sur la valeur et l’absence de valeur de l’art contemporain. Six semaines durant, l’art atterrit dans la poubelle. Et de nombreux collègues de Landy, dont Damien Hirst, Tracey Emin ou Sir Peter Blake, mettent eux-mêmes à la casse des œuvres de Landy.

En 1997, on a pu voir les œuvres de Landy dans l’exposition « Sensation » à la Royal Academy, qui puisait dans la collection de Charles Saatchi. Subtiles, ironiques, ses créations y ont longtemps été dans l’ombre d’autres créateurs, dont la provocation, plus voyante, a fait la renommée, comme Damien Hirst.

« Break Down » devait lui valoir une nomination au prix Turner, mais une clause stipulait qu’aucune des œuvres retenues ne pouvait inclure des œuvres d’autres artistes. Et comme Landy a détruit tout ce qu’il possédait dans Break Down, y compris ses propres collections, la nomination avait vécu. Michael Landy compte parmi les rares artistes qui, au nom de leur art, sont prêts à risquer le suicide artistique.


Contre-attaque - Quand l'art prend l'économie pour cible
mardi, 26 avril 2011 à 11:50
Pas de rediffusion
(Allemagne, 2010, 26mn)
ZDF

Edité le : 24-03-11
Dernière mise à jour le : 20-04-11