04/06/10
Moldavie
Un village moldave sans tonnelier ne serait pas un village moldave. Il est vrai qu’on a besoin de tonneaux partout dans ce petit pays d’Europe centrale recouvert de vignoble, et il faut bien mettre le vin quelque part... Et puis on se sert de tonneaux aussi pour faire macérer le chou et pour transporter les pastèques, qui foisonnent ici.
Dans les villages le long de la rivière Prut qui marque la frontière, la vie est encore bien paisible. Comme il n’y a pas l’eau courante, les familles se partagent des fontaines, dont bon nombre sont richement ornées. Ici, mis à part le vin qu’on boit dès le petit déjeuner, on se nourrit surtout de Mamaliga, une bouillie à base de maïs si compacte qu’elle remplace parfois le pain. Mais l’une des spécialités moldaves les plus connues est la Solianka, un plat qui avait acquis en RDA une assez mauvaise réputation. Pourtant, une vraie Solianka est un vrai délice ! Les origines de cette soupe épaisse, relevée et acidulée remonteraient au XVIIe siècle. On en distingue en gros trois sortes, selon qu’elle est faite avec de la viande, du poisson ou des champignons. Mais toutes trois ont en commun de contenir des cornichons avec leur saumure, souvent aussi du chou, des champignons salés, de la crème et de l’aneth. On la prépare en faisant d’abord bouillir la saumure des cornichons à laquelle on ajoute ensuite le bouillon de viande ou de poisson et une cuillerée de crème.
Dans l’exploitation familiale de Youra David, tout le monde met la main à la pâte. Pour avoir quelque revenu dans ce pays pauvre situé entre la Roumanie et l’Ukraine, c’est par là qu’il faut en passer. Cet agriculteur de 39 ans cultive ses trois hectares sans aucune machine - qu’il ne pourrait d’ailleurs pas s’offrir. Mais tout ce qui pousse dans ses champs est de culture biologique.
Sept heures du matin. Nouvelle journée de travail pour les David. Youra, sa femme Vera et leurs cinq enfants, âgés de sept à dix-sept ans, descendent de la vieille camionnette. Ils déchargent pioches et seaux au bord d’un champ de pastèques. Youra et sa famille commencent par arracher les mauvaises herbes. L’argent étant rare en Moldavie, les paysans qui peuvent se payer un désherbant sont rares aussi. Mais pour Youra, l’argent n’est pas tout : l’homme n’est pas un adepte de l’engrais à outrance. Il essaie de pratiquer une culture qui respecte l’écologie. Seule façon - il en est convaincu - d’obtenir des légumes qui ont du goût.
Comme tous les paysans moldaves, à l’indépendance de la Moldavie, après la dissolution des kolkhozes, Youra et Vera ont reçu une parcelle de terrain. Eux ont eu un hectare et demi, ce qui ne va pas chercher très loin. Youra a acheté deux autres hectares. Il a décidé de se concentrer sur la culture maraîchère et de vendre le plus gros de ses produits lui-même. Ce cultivateur inventif a testé en quelques années un nombre impressionnant de variétés de tomates. Un professeur qui lui avait enseigné l’agriculture lui a donné tout un lot de variétés de son crû. Les tomates de Ioura sont les meilleures de la région, et elles murissent avant celles des voisins.
Sur le marché local, où il obtient de meilleurs prix que chez le grossiste, Ioura essaie d’écouler toute sa récolte. Comme il n’a pas le temps de s’occuper du stand, il a engagé Maricica, une bonne vendeuse – une aide précieuse dans cette économie de marché encore toute jeune.
Les David travaillent dur à la ferme, mais ils savent aussi prendre du bon temps et faire la fête avec les amis. Pour ces occasions, Vera et les autres femmes préparent des plats moldaves typiques : du Găluşte par exemple – des poivrons farcis de riz et de viande hachée, avec des feuilles de chou et de vigne. Avec ça, on fait griller des brochettes – le domaine des hommes depuis toujours.
Edité le : 04-06-10
Dernière mise à jour le : 04-06-10