Deutsch

Taille du texte: + -
Accueil > Comprendre le monde > 1929 > William Karel, réalisateur > Entretien avec William Karel

1929

Un an tout juste après le déclenchement de la crise des subprimes, William Karel dissèque les mécanismes de la Grande Dépression des années 1930.

1929

Entretien avec William Karel

William Karel (CIA, guerres secrètes, Les hommes de la Maison-Blanche) dissèque la grande crise de 1929, quatre-vingts ans après. De Roosevelt à Kennedy père, il terrasse quelques mythes au passage et tend un reflet troublant à notre époque. Entretien.

  • Qu’avez-vous découvert en préparant ce film ?
    William Karel : Tout, ou presque. J’ai appris que le New Deal de Roosevelt n’a été qu’un mythe, destiné à empêcher une révolte de devenir une révolution : seuls l’effort de guerre et la relance de l’industrie militaire ont permis au pays de sortir de la crise. Que la Seconde Guerre mondiale s’enracine dans ce krach, car le rapatriement des capitaux américains placés en Allemagne a mené Hitler au pouvoir. Qu’en Amérique même, l’antisémitisme et le racisme ont connu des poussées sans précédent – Joseph Kennedy, père du futur président, trafiquant d’alcool et antisémite virulent, fut l’un des responsables de l’effondrement de Wall Street. Mais pour avoir financé la campagne du parti démocrate, il sera nommé contrôleur de la Bourse, puis ambassadeur… Ce n’est pas un film d’économie, mais « d’histoires », grâce notamment à Howard Zinn, auteur d’Une histoire populaire des États-Unis, mais aussi témoin direct. À 10 ans, il a vu sa mère mendier pour le nourrir. C’est lui qui se montre le plus critique envers Roosevelt.

  • D’où viennent ces images très marquantes, films et photos ?
    Des agences spécialisées (British Pathé, Gaumont, Getty Images, le Nara, les archives nationales américaines), qui m’avaient envoyé par erreur, pour les besoins d’un autre film*, plusieurs heures de documents sur la Grande Dépression, tous magnifiques, et souvent inédits – dont les premières actualités sonores, puisqu’en octobre 1929, le cinéma venait d’apprendre à parler. Le projet est parti de là. Puis nous avons eu accès aux photos exceptionnelles de Dorothea Lange et de Walker Evans, qui ont largement amplifié dans l’opinion l’impact du New Deal. Malheureusement, la misère est toujours photogénique. Pour la photographie, les actualités, le cinéma, la littérature, ça a été une période d’une richesse inouïe.

  • Peut-on décrypter 2009 dans le miroir de 1929 ?
    Chaque mot de ce film nous ramène à aujourd’hui. Le système qui a entraîné le krach et la Dépression, il y a quatre-vingts ans, est toujours debout, toujours le même. Les deux événements n’en sont pas pour autant similaires, ne serait-ce que par l’ampleur de la crise de 1929. Après le krach, plus de cinq mille banques ont fermé en trois jours, la production industrielle a chuté de 50 %, et la population américaine comptait 25 % de chômeurs… Autre différence fondamentale : à l’époque, les hommes politiques, qui ignoraient tout de l’économie, n’avaient aucune idée des mesures à prendre.

ARTE Magazine n° 44 - Semaine du 24 au 30 octobre 2009
______
* « Meurtres à l’Empire State building», qui sera diffusé par ARTE le 24 décembre 2009.

Edité le : 14-10-09
Dernière mise à jour le : 23-10-09


+ de Comprendre le monde