Il faut résister au bon goût. Etre en décalage. En marge. Exprimer une révolte.
Comment des objets de consommation deviennent-ils modestes ?
A l’origine ils ne le sont pas. Il y a d’abord des objets faits pour communiquer : cadeaux Bonux, figurines de menus des fast-foods, faits pour vendre quelque chose. Seulement, tirés de leur contexte culturel, social, ils deviennent modestes. Ils recèlent un affect, une pensée, un souvenir, un moment. Alors ces objets sans qualités existent pour tout le monde, et touchent tout le monde.
L’enfance est très présente dans l’art modeste, avec ces poupées, masques, dessins naïfs, personnages de dessins animés.
Mais les arts modestes ne sont pas destinés aux enfants ! C’est plutôt la partie de l’enfance qui est en chacun de nous et qu’on assume. Car l’enfant n’a pas de goût. Il va vers ce qui l’attire, mais il n’a pas d’éducation esthétique. Cela vient plus tard. L’art modeste, c’est lorsqu’un adulte adopte un regard émerveillé, neuf, sans a priori sociaux, culturels, sur ce qui l’entoure. C’est une façon de larguer les amarres, de désapprendre.


Peut-on dire que c’est une forme de résistance à la société de consommation ? En quoi serait-ce un art engagé ?
C’est à la fois une manière de lutter contre la société de consommation et une façon de l’accepter. C’est résister au bon goût, que l’argent et le pouvoir imposent. Oui, il faut résister au bon goût. Etre en décalage de cela. En marge. Exprimer une révolte.
A quel type de musique associez-vous l’art modeste ?
Le rock anglais, le rock américain, la musique pop en général. Dans les années 80, dans le monde de l’art il ne fallait même pas parler de ce type de musique, c’était dévalorisé. Depuis, la Fondation Cartier fait des expositions sur le Velvet Underground ! Moi, je suis très influencé par le punk. Quand j’avais dix-sept ans j’en écoutais beaucoup. Les arts modestes se rapprochent de l’esprit punk, parce qu’il n’y pas besoin de faire des années d’études sur la perspective pour créer une oeuvre. Les moyens et les supports importent peu, ce qui compte c’est l’énergie.
Vous sentez-vous proche du kitsch ?
Non. D’ailleurs ce mot a été dévoyé, à l’origine il caractérise uniquement un design, un style particulier propre au XIXème siècle. Maintenant il ne veut plus dire que mauvais goût, avec cette pointe de mépris qui dit « je sais ce que c’est le bon goût ». Je dis souvent que l’art modeste, c’est du kitsch sans la dérision. Car on ne se moque de personne. Il y a un vrai plaisir à regarder de l’art modeste, une réelle affection à l’objet exposé. Alors que le kitsch implique un recul, un décalage, un second degré que je ne reconnais pas.
Vous affirmez même que le catch est un sport modeste…
Oui, c’est un sport marginal, non reconnu, méprisé. C’est à la fois du sport, du théâtre et de la performance. C’est bâtard, c’est marginal, c’est populaire, c’est donc modeste.
Vous vous inspirez largement de ces objets du quotidien, assiettes décoratives, réveille-matins, figurines, comme Martin Parr dans sa dernière exposition…
Oui, ces collections d’assiettes à l’effigie de Saddam Hussein, par exemple, c’est de l’art modeste. Il joue avec le pouvoir d’une image. Cela dit, j’ai peur que derrière cela il y ait l’idée d’une moquerie, d’une dérision, d’un second degré. En revanche, j’ai été impressionné par le travail de l’Anglais Jeremy Deller. Il a exposé l’année dernière au Palais de Tokyo. C’est un artiste contemporain, mais il parle tout de même de l’art modeste dans ses toiles. Il défend des choses comme le catch ou l’artisanat populaire britannique. C’est bien. Cela nous ressemble. Nous on ne veut pas collectionner du kitsch pour nous moquer des gens qui l’achètent.
Propos recueillis par Johanna Luyssen

L'ART MODESTE
" J'aimais les peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires; la littérature démodée, latin d'église, livres érotiques sans orthographe, roman de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l'enfance, opéras vieux, refrains niais, rythmes naïfs."









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