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Un magazine de Claire Doutriaux

Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

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Un magazine de Claire Doutriaux

Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

Un magazine de Claire Doutriaux

Emission du 7 septembre 2008 - 07/09/08

l'usage : les notes d’écoles

Rentrée des classes oblige, Volker Saux nous propose de comparer le système de notation dans les écoles françaises et allemandes.

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En France, Pierre est un élève modèle. Il travaille dur, révise assidûment ses cours, et obtient toujours la meilleure note de sa classe. Au brevet, le diplôme de fin du collège, il a même décroché 17,24 sur 20 de moyenne. Ses parents sont très fiers. Et comme Pierre est très fort en allemand, ils l’envoient passer son année de seconde outre-Rhin. Pierre se retrouve donc au Gymnasium. Tout se passe bien, jusqu’au jour où son professeur lui rend son premier devoir écrit. "Pierre, Eins !", clame le prof tout sourire en lui tendant sa copie. Un ? Soit quasiment zéro ? Quelle humiliation !

Mais que Pierre se console : le 1 allemand n’est pas aussi médiocre qu’on pourrait le croire vu de France. Car c’est l’équivalent du 18 ou 19 sur 20. Les écoliers allemands sont notés sur une échelle de 1 à 6. Le 1, synonyme de "très bien", est réservé aux meilleurs éléments. Le 2 est accordé au bon élève, qui fait ce qu’on attend de lui. Et ainsi de suite jusqu’au 6, infligé au cancre dont la prestation est insuffisante. Ces notes sont parfois affinées par un + ou par un -, voire par un chiffre après la virgule.

Cette échelle de 1 à 6, établie depuis 1938, ne disparaît qu’à l’approche du bac : elle est alors remplacée par un autre système de notation, qui va de 0 à 15 dans l’ordre croissant. Plus précis, ce système sert notamment à calculer la note du bac… qui est ensuite reconvertie en une note finale de 1 à 6 ! C’est un peu compliqué, mais les Allemands s’y retrouvent…

Les jeunes Français, eux, sont soumis pendant la majeure partie de leur scolarité à un système d’une implacable précision : la notation de 0 à 20. Zéro est synonyme de nullité, et 20 de perfection. Entre les deux, toutes les nuances existent. Ce système - qui connaît des variantes, notamment à l’école primaire a été généralisé lors de la création de l’école républicaine, par le ministre Jules Ferry, dans les années 1880. Très précis, il permet de classer rigoureusement les élèves. Un avantage dans le système scolaire français, assez élitiste et en partie orienté vers la sélection des meilleurs.

En France, on tient beaucoup à la note sur 20. Même si elle a bien des défauts. Sa précision, notamment, devient parfois un peu absurde : sur quel critère obtient-on 13,5 sur 20 à un devoir de philosophie, plutôt que 12,5 ou 14 ? Mystère ! On voit aussi des élèves rater leurs examens pour un 9,7 au lieu d’un 10. Et des parents angoissés qui calculent mois par mois les notes moyennes de leur rejeton. S’il passe de 13,8 à 14,2, c’est la joie. Mais s’il régresse de 16,4 à 16,2, c’est la panique.

Échelle inversée de 1 à 6 en Allemagne, note sur 20 en France… Avec des systèmes aussi divers, difficile de comparer le niveau des élèves en Europe. Que vaudrait en France le Eins allemand de Pierre ? Plutôt 18,5, ou plutôt 19,25 ? Le seul système de notation européen existant - qu’on appelle ECTS - ne s’applique qu’aux études supérieures. Il attribue aux étudiants une lettre en fonction de leur classement : les 10% de meilleurs élèves ont A, les 25% suivants B, et ainsi de suite jusqu’à F.

Voilà qui ne résout pas l’une des grandes critiques faite aux notes : la théorie de la "constante macabre". N’y voyez rien de morbide : c’est l’idée que chaque échelle de notes implique des élèves qui réussissent, d’autres qui échouent. Autrement dit, tant qu’il y aura des notes, il y aura des cracks… et des cancres.

Edité le : 05-09-08
Dernière mise à jour le : 16-05-12