Taille du texte: + -
Accueil > Mouvements de cinéma > Actualité DVD > Actualité DVD octobre-novembre 2004 > 2 Films de Marc Recha (DVD)

Actualité DVD

Hors des âges et pourtant élégamment contemporain, le lycée redevient sous l’œil de Christophe Honoré le lieu de la parade mélancolique. Interview exclusive

Actualité DVD

08/11/04

2 Films de Marc Recha (DVD)


DVD 2 Films :


"Les Mains vides" +
"Pau et son frère"
Commander le DVD






  • LES FILMS
Les mains vides
De Marc Recha
(France - Espagne, 2003, 2h10)

Avec Olivier Gourmet, Eduardo Noriega et Mireille Perrier
Sélection Officielle - Un Certain Regard Cannes 2003

Une coproduction Arte France



Interview de Marc Recha à propos des "Mains vides"



Synopsis : Dans un No Man's Land montagneux à la frontière entre la France et l'Espagne, vit une petite communauté, composée notamment d'Eric le mécano, de la vieille madame Catherine ou de Sophie, qui travaille comme contrôleur des trains et croise les passagers qui transitent par ce lieu étrange. L'un d'eux, Gérard, décide de s'installer quelque temps dans la région et sera le témoin des mésaventures tragi-comiques qui s'y déroulent

Critique : Après " L'Arbre aux cerises " (1999) et " Pau et son frère ", présenté à Cannes en 2001, Marc Recha s'est fait plus qu'un nom dans le cercle des cinéastes contemplatifs et exigeants, alors même que son discours demeure relativement indéchiffrable. Ses deux films précédents avaient beaucoup séduits par la façon calme et lunaire dont il organisait la vie la plus hiératique (quelques maisons, quelques personnages, quelques bribes d'intrigues que l'on décode au fur et à mesure) autour d'un lieu qui, lui, demeure très concret. Un petit village près de Valence servait de cadre à " L'Arbre aux cerises " tandis qu'un hameau des Pyrénées s'avérait, dans " Pau et son frère ", l'élément le plus identifiable. Dans " Les Mains vides ", Marc Recha continue d'explorer avec esthétisme ce territoire, entre massifs pyrénéens et frontières territoriales. La roche et le paysage montagneux, patiemment photographiés et mis en scène avec une lenteur adéquate, sont une fois de plus les témoins des agissements abstraits des protagonistes. Leurs gestes absurdes se diluent dans des ébauches d'intrigues qui semblent avorter de manière tout aussi énigmatiques, mais Marc Recha surprend encore, en travaillant une veine plus humoristique : La vieille madame Catherine disparaît soudain. Eric le mécano semble partager avec elle des secrets qui remonteraient autant à la seconde guerre mondiale qu'à une histoire d'héritage. Gérard vient s'immiscer dans ce nœud d'intrigues et finit par travailler dans l'atelier d'Eric… Ce qui est traité de façon comique dans une scène ne l'est pas forcément dans la suivante. On pourrait se lasser très vite de ces soubresauts, mais le sens d'une durée qui se dilue de manière presque hypnotique finit, comme dans les précédents films du réalisateur, par emporter l'adhésion quand le mystère reste entier. Ni métaphysique, ni cosmique malgré la présence écrasante et suggestive du cadre naturel, le cinéma de Marc Recha travaille plutôt l'impression du spectateur, qui le lui rend bien.

Julien Welter

Synopsis : Un beau jour, une vieille dame, Madame Catherine, disparaît dans un petit village français près de la frontière espagnole. Dans un premier temps, cela passe presque inaperçu, car la disparue menait une existence solitaire et coupée du monde. Mais à mesure qu'avance l'enquête de la police, le spectateur dénoue peu à peu le mystère et comprend mieux les tenants et aboutissants de cette mystérieuse affaire…

Critique : Le cinéaste espagnol Marc Recha met la barre très haut, mais il est aussi maître dans l'art de transmettre ses visée ambitieuses à ses acteurs et à son public : " Je voulais faire un film qui ressemble à un recueil de hiéroglyphes. Le rôle du spectateur est de les déchiffrer jusqu'à la fin du film. " C'est pourquoi Recha, plutôt que de focaliser son attention sur une trame narrative linéaire et logique, préfère se concentrer sur la façon de se mouvoir et de parler de ses acteurs. L'important pour Recha n'est pas le contenu des dialogues ou l'intrigue, ce qui l'intéresse avant tout, c'est de nous faire appréhender l'écoulement du temps, le rythme de la vie quotidienne, que même un mystérieux décès ne parvient pas vraiment à perturber. " Je montre la réalité des personnages au travers de celle de leurs faits et gestes quotidiens ", précise-t-il. Aussi voyons-nous souvent des gens mal réveillés déambuler dans la cuisine en sweat-shirt et culotte pendouillante, dont la seule idée est de prendre leur café et qui pestent en s'apercevant que la bouteille de gaz est vide. Les protagonistes n'ont pas grand-chose à se dire, souvent ils se côtoient en silence, notamment pendant les repas. LES MAINS VIDES est donc aussi un film sur la difficulté à communiquer. Il n'en a pas moins ses côtés comiques, ce n'est pas pour rien si les modèles de Recha sont Jacques Tati et Oser Iosseliani. Il aime leur humour qui jaillit de la situation et paraît toujours parfaitement spontané. L'alternance de paysages de cette région montagneuse et de séquences montrant le passage d'un train génère un rythme qui peut emmener le spectateur attentif et concentré vers un état contemplatif.
Cette sensation est encore renforcée par une façon inhabituelle de traiter le son. Les sources de bruit sont rarement visibles à l'écran, mais Recha aime étoffer les dialogues très laconiques de ses acteurs par un fond sonore de machines à laver, de voitures ou de marteaux piqueurs, eh oui, toujours ce fameux quotidien. Quoi de plus logique donc si LES MAINS VIDES se termine par un gros plan du tambour en marche d'une machine à laver...

Nana A.T. Rebhan

-----------------------

Pau et son frère
De Marc Recha
Avec David Selvas, Nathalie Boutefeu, Marieta Orozco
(Espagne-France)


Extrait de "Pau et son frère"


Synopsis: Pau (David Selvas), la trentaine, apprend le suicide de son jeune frère Alex. Il décide alors de partir avec sa mère vers le village des Pyrénées où le défunt a passé les derniers mois de son existence. Tandis que le spectre d'Alex veille sur la forêt environnante, des liens étranges et profonds se nouent entre les différents protagonistes, chacun cherchant à retrouver, à travers les autres, un peu du disparu.

Critique : Comment survit-on à la perte ? Cette question maintes fois posée au cinéma (et tout récemment, chez nous, par François Ozon ou Orso Miret), Marc Recha y répond de façon éminemment personnelle, s'affirmant comme un passionnant cinéaste du rituel. Pau et son frère ressemble à une suite de cérémonies intimistes, voire intimes, dont on ne perçoit pas toujours la signification mais qui sont autant de gestes destinés (consciemment ou non) au mort. Voilà le meilleur moyen de perpétuer sa mémoire : s'enivrer de l'univers au sein duquel il a vécu, ressentir pleinement la nature qui l'entourait, partager les sentiments les plus intenses avec les personnes qu'il a côtoyées et même aimées. Le film se fait fort de cette construction fragile, de ces séquences que l'on croirait presque improvisées si toutes ne dégageaient pas une impression d'unité métaphysique, de cohérence souterraine, entre, d'une part, ce que l'on imagine d'Alex et, d'autre part, les actes de ceux qui lui ont survécu. Ainsi, les scènes les plus anodines (se tondre les cheveux, vider ensemble une bouteille de vin) prennent valeur de miracles post mortem. Le décès d'Alex aura bouleversé les destinées de sa famille et de ses amis, soudain nourris d'un nouvel élan qui leur permet d'avancer dans le monde avec davantage de sérénité. Et si tous ces choix de vie ne s'avèrent pas forcément judicieux, demeure pour chacun la sensation d'avoir existé pleinement et d'avoir peut-être satisfait les désirs de celui qui, du haut de sa montagne, continue d'observer.

Yann Gonzalez

Critique: Le cinéaste catalan Marc Recha est un autodidacte convaincu comme il en existe peu dans le cinéma d'auteur européen. Il passe son enfance dans un quartier ouvrier d'Hospitalet près de Barcelone, où il commence dès l'âge de 14 ans à tourner des films en Super 8. A peine devenu bachelier, il monte, tout seul ou presque, son premier film " Le Ciel Monte ". Il est ensuite invité à plus de 40 festivals, entre autres ceux de Locarno et de Venise. 1999 marque la sortie de son film " L'Arbre aux Cerises ", un petit chef-d'œuvre qui a été applaudi tant par le public que par la critique pour son originalité à la fois narrative et esthétique. Dans " Pau et son Frère ", Recha affine encore " son " cinéma, qui fait la part belle à la nature, protagoniste à part entière, et à l'improvisation. Il y raconte l'histoire de Pau, la trentaine, qui apprend le suicide de son jeune frère Alex dont il n'avait plus de nouvelles depuis longtemps. Avec sa mère Mercé, il décide alors de partir vers le village des Pyrénées où Alex a passé les derniers mois de son existence. Tandis que le spectre du défunt veille sur la forêt environnante, Pau et Mercé découvrent ceux qui habitaient la vie d'Alex. Dans leur commune affliction, tous les protagonistes cherchent, à travers les autres, à mieux connaître le disparu, et finalement à se retrouver eux-mêmes. Quand le groupe hétéroclite finit par se séparer, la vie de chacun est profondément transformée. Si cette cérémonie intimiste des adieux à un être cher ne sombre jamais dans un sentimentalisme contrefait, elle le doit pour beaucoup au regard subtil de la caméra, qui appréhende les gestes et les émotions des acteurs avec délicatesse et sans autre artifice que la lumière naturelle. Le film se cherche en même temps qu'il avance, et de nombreuses scènes prennent naissance au gré des improvisations des acteurs. Laissant libre cours à l'état d'esprit du moment, Recha laisse au spectateur et à ses personnages le temps de réfléchir en faisant parler à leur place les paysages et les forces de la nature. Certes, la magie éphémère des rencontres déroutantes se dissipe très vite, mais il reste que les personnages accompagnent le spectateur plus longtemps qu'à l'ordinaire dans sa vie de tous les jours, un peu comme le spectre du disparu qui, du haut de sa montagne, continue d'observer ses amis.

Martin Rosefeldt

  • LES BONUS

- Entretien avec Marc Recha d' Alexandre Auque et Eric Munch (extraits):
Marc Recha raconte ses premiers émois à la cinémathèque de Barcelone, de Valence, de Paris, cite Godard, Bresson, Rosselini, Visconti, Eustache, Garel, Cassavetes comme les premiers contacts conscients avec un regard singulier sur la réalité. Le film « Pau et son frère » est inspiré de sa propre vie, de sa mère beaucoup, de sa famille vivant à la campagne, dans la montagne. Dans ce film, Recha imagine la disparition d’un frère mais insite sur le fait de partir de la réalité. Le contact avec les éléments naturels est essentiel aussi.
La façon de mettre en scène en revanche est complexe. Le cinéma est un travail collectif et il faut réussir à obtenir le consentement de toute l’équipe du film. La complicité est le maître mot, vivre et partager avec tout le monde. Marc Recha évoque aussi le fait de travailler avec la lumière du jour qui est selon lui est très riche mais aussi très difficile. Dans « les mains vides » il y a un travail de montage sur l’espace du temps et sur la musique en particulier (Dominique A). Ce fut l’occasion d’un long processus d’assemblage. « Les mains vides » devait être au départ quelque chose de burlesque et la musique de Dominique A a apporté autre chose. De fait, Marc Recha a choisi une transformation du film un peu à cause d’elle,  pour plus de « réalité ».  Au départ, le scénario lui a semblé un peu trop littéraire, un esprit qui vient de la littérature des années trentre, le réalisme social. Il a écrit beaucoup de versions, puis y a introduit un humour noir, un peu brutal, un peu de folie (...)

- Filmographie
- Les bandes-annonces des deux films

-------------------------
"Les mains vides" et "Pau et son frère"
2 films de Marc Recha
ARTE vidéo
DVD 9 /Zone 2 ; Format 16/9 compatible 4/3;format film 1:85; version originale française et catalane

Commander le DVD
-------------------------

Edité le : 08-11-04
Dernière mise à jour le : 08-11-04