Taille du texte: + -
Accueil > Comprendre le monde > Climat & espèces menacées

Dossier Réchauffement Climatique

Un bilan de santé sans concessions de notre planète. Vidéos, animations, photos, articles, interviews.

> Climat & économie

Dossier Réchauffement Climatique

Un bilan de santé sans concessions de notre planète. Vidéos, animations, photos, articles, interviews.

Dossier Réchauffement Climatique

Réchauffement climatique - 29/08/08

Mobilisation générale pour stopper la dérive

Une planète en péril et des décideurs économiques et politiques bien trop passifs devant l'imminence du danger. Constat peu reluisant alors que la lutte contre le réchauffement climatique s'inscrit au centre de toutes les préoccupations.

Previous imageNext image
Au récent forum économique de Davos, Al Gore prévenait avec fermeté : « Il ne suffit pas de changer les ampoules » pour lutter contre le réchauffement climatique. Au-delà de l'ampoule à incandescence, l'ancien vice-président américain, héraut de la croisade environnementale et co-lauréat du prix Nobel de la paix avec le GIEC – le groupement international d'experts sur l'évolution du climat –, voulait marquer les esprits pour aller plus loin encore dans la batterie de mesures destinées à contenir une catastrophe annoncée.

Objectif énergies renouvelables

Aujourd'hui par exemple, dans l'Union européenne, 8,5% de la consommation totale d'énergie proviennent des énergies renouvelables, un taux qui s'élève à 10 % en France, flirte avec les 6% en Allemagne et ne pointe qu'à 1,3% au Royaume-Uni ; la géothermie constitue une piste prometteuse à explorer tout comme les énergies hydraulique, solaire (avec plus de 20 millions de capteurs solaires effectifs en Europe l'an dernier) ou éolienne dont la production européenne représente à elle seule les besoins en électricité du Danemark et de la Hongrie réunis. Autant d'exemples donc qui font de l'UE le leader mondial dans le développement des énergies renouvelables, avec 350 000 emplois générés et un chiffre d'affaires de 30 milliards d'euros par an.

Cette situation ne dispense cependant pas de se mobiliser face au réchauffe- ment climatique. D'ailleurs, quels en sont les effets ? L'aspect le plus marquant est la fonte de la banquise arctique et le recul constant des glaciers polaires et de montagne. Le niveau des mers ne cesse en outre d'augmenter, plus dix à vingt centimètres au XXè siècle. Quant aux phénomènes à très long terme, le plus important sera l'amplification et la poursuite de l'effet de serre après l'émission de certains gaz tels le dioxyde de carbone. La biodiversité tout entière s'en trouvera affectée.

Dérèglement global

L'industrie vinicole, par exemple, doit faire face à l'anticipation des vendanges, à l'augmentation de la teneur en alcool, à la perte d'acidité, d'arôme et de couleur des vins ainsi qu’aux nouvelles maladies de la vigne. Ce sera le thème de la 2è conférence internationale sur le changement climatique et le vin qui se tiendra du 14 au 16 février prochains à Barcelone.

Une étude de l'US Geological Survey - l'organisme fédéral américain d'étude du climat et de sismographie - parue dans la revue Science en date du 1er février 2008 souligne, elle, que les prévisions de besoins en eau sont totalement remises en cause par le réchauffement climatique. En bref, augmentation du taux d'humidité dans l'atmosphère, des volumes d'eau plus importants mais des risques de contamination des réservoirs d'eau douce par l'eau salée. Les régions concernées par ces augmentations se situent aux latitudes les plus élevées de l'hémisphère nord et dans certaines régions tropicales ; en revanche, sécheresses régulières dans le bassin méditerranéen, l'Afrique septentrionale et le sud-ouest de l'Amérique du Nord, où la famine serait également susceptible de sévir, liée à la disparition de cultures telles le maïs et le riz.

D'après certains experts, cette situation engendrera non seulement des déplacements conséquents de population – les réfugiés climatiques – mais elle pourrait aussi dégénérer en de multiples conflits armés.

De l'accord de principe de Bali au menu vert de Bruxelles

Ces questions, la conférence sur le climat de Bali en décembre 2007 les avait listées. Au forceps, les 187 pays participant à ce sommet de l'ONU ont accepté de lancer dès le mois de mars 2008 les négociations pour conclure, d'ici 2009, un nouvel accord sur la lutte contre le réchauffement climatique. Un « Kyoto 2 » succédant au protocole signé en 1997. Application prévue en 2013.

Parallèlement, l'Union européenne a mis sur rails un train de mesures radicales le 23 janvier dernier. « Un paquet climatique » signé par la commission pour donner l'exemple au monde. Bruxelles, avec son « plan historique à trois euros par personne » d'après le président de la commission José Manuel Barroso, entend imposer de nouvelles contraintes aux industries en produisant au moins 20% d'énergies renouvelables en 2020 (objectif fixé à 23% pour la France et 18% pour l'Allemagne) et en utilisant 10% de biocarburants.

Autre mesure-phare de ce menu vert : le stockage du CO2 dans des réservoirs géologiques (gisements de pétrole ou de gaz épuisés, nappes phréatiques impropres à la consommation humaine), strictement contrôlé. Plusieurs projets de stockage de CO2 ont déjà été lancés, en mer du Nord, en Algérie et dans le sud-ouest de la France. Mais la manœuvre inquiète les associations écologistes : un rapport du GIEC indique que 99 % du gaz seront encore décelables dans les réservoirs après 100 voire 1000 ans.

Financement et conséquences économiques

Le commissaire européen à l'industrie Günter Verheugen refuse le principe d'un « suicide économique » car la conversion de l'économie européenne entraînera des dépenses de 0,5% du PIB de l'UE en 2020, soit 60 milliards d'euros. Le prix de l'électricité, lui, augmentera de 10 à 15% en 2020. En revanche, il faut aussi prévoir des réductions de dépenses : 50 milliards d'euros par an liés aux importations d'énergie, 11 milliards d'euros en moins pour le contrôle de la pollution de l'air et surtout un million d'emplois générés par les secteurs de l'efficacité énergétique et des énergies renouvelables quand l'UE aura renforcé son leadership mondial dans cette branche à l'horizon 2020.
Le changement climatique aura des conséquences très sérieuses sur la croissance et le développement. Sir Nicholas Stern, économiste britannique
Voici peut-être « la réponse urgente et indispensable » que réclamait avec force Nicholas Stern, économiste britannique, ancien vice-président de la Banque mondiale et auteur, en 2006, d'un rapport sur l'économie du changement climatique. D'après lui, « le changement climatique aura des conséquences très sérieuses sur la croissance et le développement » avec des coûts de l'ordre de 7.000 milliards de dollars dans les dix prochaines années ce qui représente un coût plus élevé que les deux guerres mondiales et la crise économique de 1929 réunies.

La FAO (Food and Agriculture Organization – l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l’agriculture) tient le même discours et l'OCDE estime que les pays en développement seront les plus grands perdants de cette conjecture désastreuse. Seule la Chine pourrait tirer bénéfice de la situation en termes économiques puisque sa production céréalière serait favorisée avec une augmentation de 15%.

Autre secteur de l'économie touché par le réchauffement climatique : le tourisme. Limitation des sports nautiques, chaleur étouffante, ou, à l'inverse, un manteau neigeux fortement réduit ou inexistant et une pratique réduite des sports d'hiver. L'habitat, lui aussi, devra évoluer, avec des matériaux encore plus isolants et respectueux des normes environnementales. Enfin, en termes d'énergie, nous en consacrerons désormais peut-être plus à nous refroidir qu'à nous réchauffer, quand les climatiseurs tourneront à plein régime.

Alexis Fricker

Edité le : 08-02-08
Dernière mise à jour le : 29-08-08


+ de Comprendre le monde