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Haro sur l'Euro !

La monnaie européenne, rattrapée par la tourmente des subprimes, vient de frôler la catastrophe.

Haro sur l'Euro !

03/12/10

19 octobre 2009: le jour où la crise grecque a commencé.

Le lundi 19 octobre 2009, au soir, le nouveau ministre des finances grec, le socialiste Georges Papaconstantinou, avoue à ses collègues de l'Eurogroupe que le précédent gouvernement conservateur, qui vient de perdre les élections, a menti sur les chiffres du déficit public.

Jean Quatremer, Libération

Ce sera au moins le double, voir plus, les tiroirs de son ministère débordant de dépenses non comptabilisées. Jean-Claude Juncker, le président de l'Eurogroupe, s'énerve publiquement contre les mensonges grecs, mais personne n'imagine à ce moment là que l'Union va entrer dans une crise dont elle n'est toujours pas sortie aujourd'hui. Voici le papier que j'ai publié sur mon blog le 21 octobre. Vous remarquerez la conclusion plutôt optimiste.

« Je suis très impressionné par le décalage » entre les anciens et les nouveaux chiffres du déficit public grec, a reconnu Jean-Claude Juncker, le premier ministre luxembourgeois et président de l’Eurogroupe, lundi soir à Luxembourg, à l’issue d’une réunion des ministres des Finances de la zone euro. Le gouvernement conservateur sortant avait en effet annoncé un déficit de 6 % en 2009, mais le gouverneur de la Banque centrale de Grèce estime qu’il sera plus proche de 10 % voire de 12 %. Le nouveau gouvernement socialiste parle, lui, d’un déficit de 13 %...

« La partie est terminée, nous avons besoin de statistiques sérieuses », a tonné Juncker. « Ce sérieux décalage va nécessiter une enquête ouverte et approfondie pour comprendre ce qui s’est passé », a ajouté Joaquin Almunia, le commissaire chargé des affaires économiques et monétaires, d’autant que « nous avons connu un épisode similaire dans le passé ».

En effet, le 20 septembre 2004, un audit des finances publiques mené par le nouveau premier ministre conservateur, Konstantinos Karamanlis, a révélé que son prédécesseur socialiste, Costas Semitis, avait maquillé les comptes publics, le déficit réel étant deux fois supérieur à celui affiché : 4,1 % en 2000 au lieu de 2 %, 3,7 % en 2001 et 2002 au lieu de 1,4 %, 4,6 % en 2003 au lieu de 1,7 %, 5,3 % en 2004 au lieu de 1,2 % annoncés. L’explication officielle a été que l’État a « omis » de comptabiliser des dépenses d’investissement militaire... La Commission, à l’époque, n’y a vu que du feu et s’est ensuite contentée de souligner que cet audit accablant ne remettait pas en cause la qualification de la Grèce pour l’euro obtenu sur la base des chiffres de 1997 à 1999. Mais, opportunément, le gouvernement conservateur n’a pas étendu ses investigations sur cette période… De là à penser que la Grèce s’est qualifiée en fraudant, il n’y a qu’un pas.

Manifestement, la leçon n’a pas porté. Cinq ans plus tard, la Grèce est prise de nouveau en flagrant délit de mensonge, même si cette fois il ne semble concerner qu’une seule année, jusqu’à plus ample informé. Or, les pays de la zone euro partageant la même monnaie ils doivent, à tout le moins, pouvoir se faire mutuellement confiance. L’affaire grecque montre qu’il y a un sérieux problème de gouvernance de la zone euro.

On peut néanmoins noter que cette nouvelle vicissitude n’a pas impressionné les marchés : l’euro a de nouveau franchi, aujourd’hui, le plafond de 1,50 dollar (il a atteint 1,60 dollar le 22 avril 2008)… Ce qui pose la question de la pertinence du Pacte de stabilité et de croissance, le non-respect généralisé du plafond des 3 % du PIB de déficit public ne nuisant manifestement pas à la force de la monnaie unique, contrairement à ce que craignait l’Allemagne avant le lancement de l’euro. Manifestement, l’effet de taille permet à une zone économique de faire à peu près n’importe quoi. Rassurant…

Jean Quatremer
Libération

Edité le : 05-11-10
Dernière mise à jour le : 03-12-10