Tout ne serait que faux ? Un cimetière plus vrai que nature, et pourtant ce n’est que du plâtre. Un timbre si parfaitement dessiné à la main que la poste l’a oblitéré… Et cette porte en bois de style baroque : encore un faux. Robert Kusmirowski, qui est derrière tout cela, met en scène de façon magistrale sa personne et son univers.
"Ça me plait quand on perd le sens du temps, quand on ne sait plus si on se déplace dans le passé ou dans le présent, quand le réel et le surréel se mélangent."
Le tour d’horizon de son univers commence de manière surprenante et inoffensive. Une bibliothèque avec de vrais livres. Mais déjà dans la pièce suivante commence le jeu des devinettes. Qu’est ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui est faux ? Nous nous retrouvons dans la salle de lecture d’un certain Docteur Vernier, accueillis par un portrait à l’ancienne… de l’artiste. Nous apprenons entre-temps que cette porte est en plâtre et cette vitrine révèle un art consommé de la copie.
Robert Kusmirowsky entend créer des lieux chargés d’énergie, qui nous relient aux époques des grandes inventions, des découvertes et des expériences fondatrices. C’est ainsi que nous nous retrouvons, tout d’un coup, dans l’arrière-boutique du Docteur Vernier, un laboratoire assez épouvantable.
L'artiste trouve ses accessoires au marché aux puces. Ce qu’il ne trouve pas, il le copie lui-même. Petit à petit, nous comprenons pourquoi il appelle ses installations des autoportraits. Ici règne un chaos créatif, l'œuvre de quelqu’un qui a envie de fabuler et d’expérimenter. Il manipule savamment les frontières entre hier et aujourd’hui, sorte de génie universel complètement décalé, à l’image du docteur Vernier qui, comme nous l’apprendrons, est en fait un ange vengeur échappé de la Bible.
"Cet ange n’accepte jamais aucun système, aucune sorte de pression agressive. Cet ange a besoin d’indépendance, et je suis un peu comme lui : j’essaie de combattre le système et de me révolter contre toutes les formes de bureaucratie."
L'oeuvre de Robert Kusmirowski
Robert Kusmirowski propose un travail sur la notion de falsification d'objets appartenant à notre vie quotidienne, mais aussi à des aspects de notre environnement (copies de documents, photos, objets). Extrême dans cette volonté, il est allé jusqu'à recréer la réplique parfaite d'un espace entier, provoquant la sensation d'un vis-à-vis. Lors du projet Paris-Luxembourg-Leipzig en 2003, Robert Kusmirowski a reconstitué une fiction qui aurait pu se passer au début du siècle. L'artiste a effectué le parcours séparant les villes, avec une bicyclette des années 1920, et a réalisé des photos semblant appartenir à la même époque. Sorte d'imitateur-illusionniste, il réinvente ainsi un monde parallèle spatial et temporel pour proposer au spectateur un voyage dans les limites du réel.
Expositions Robert Kusmirowski> encore jusqu’au 25 novembre, à la Galerie Johnen & Schöttle, à Cologne
Maria-Hilf-Straße 17
> Et à partir du 11 novembre jusqu'au 7 janvier 2007 au Migros Museum de Zürich
Limmatstrasse 270







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